Comment (bien) rater ses vacances de Anne Percin

Maxime, dix-sept ans, a décidé qu’il ne partirait pas en vacances d’été avec ses parents. D’ailleurs, sa petite sœur d’à peine dix ans est du même avis : la randonnée en Corse en famille, non merci ! Alice s’arrange pour partir en colo avec sa copine Lou, tandis que Maxime signe pour un séjour au Kremlin-Bicêtre, à quelques kilomètres de chez lui, chez Mamie Lisette, soixante-quinze ans. Pas de prise de tête, des crêpes à volonté, la vieille guitare de papa : tout baigne.

Sauf que non, cette année, tout ne baigne pas. Car mamie s’offre un infarctus et que Maxime va devoir tout gérer seul : ses angoisses d’abord, puis les visites à l’hôpital, les flics, les cerises à l’eau de vie et l’absence des parents, injoignables, comme avalés par le GR20. Il est seul Maxime sur ce coup-là, une solitude bien différente de celle qu’il affiche d’habitude dans son rôle de misanthrope fort en gueule.

Sur internet, il rencontre l’énigmatique Pika à la répartie cinglante et dont l’humour est au moins aussi acéré que le sien. Car j’oubliais ce qui caractérise Maxime : humour et sens de la répartie, certitudes en pagaille et chevelure abondante pour cacher tout ça. On ne s’ennuie pas avec lui, on rigole même plutôt bien à lire les lettres qu’il écrit à ses parents et autres réflexions sur la vie :

« Chers parents,
Mon stage de survie en milieu hostile se passe bien, merci. J’espère que vous êtes pas trop morts, rapport aux frais de rapatriement qui doivent coûter bonbon, depuis la Corse. Sinon, moi ça va, j’ai mangé Hector [le chat de sa mamie] mais pas tout d’un coup, j’en ai congelé un bout pour le mois prochain. Heureusement que j’ai l’eau-de-vie de Mamie, ça m’aide pour tenir. Si jamais vous ne reveniez pas, ce serait sympa de m’envoyer un mandat parce que la prostitution masculine, ça marche pas trop dans le quartier. Bon, ben je vous laisse, c’est l’heure de ma piqure d’héroïne.
Gros bisous, votre fils-aimé,
Maxime ».

Comme bien des enfants et ados, il a tendance à penser que ses parents et grands-parents ont toujours été tels qu’il les voit : vieux et parents. Il va tomber de l’arbre en comprenant qu’ils ont eu une vie avant lui et que les gens ne rentrent pas forcément dans les cases qu’il leur a attribuées.

Un roman à l’humour aiguisé, souvent ironique, qu’en tant que parent d’ados on lit avec un sourire constant tellement il sonne juste. Mais ne vous empressez pas pour autant de faire des enfants, sous prétexte que les ados comme Maxime, c’est vraiment cool : Maxime ne représente pas le tout-venant des adolescents. J’en ai personnellement trois, plutôt sympathiques, mais je suis toute prête à en adopter un quatrième comme celui-là. Il faut dire que Maxime est plus cultivé que la moyenne et que ses références musicales (constantes) emportent l’adhésion. L’auteur a pris soin de ne pas faire de lui un enfant de profs ou d’intellectuels, mais ses piques et remarques sur le monde qui l’entoure témoignent d’un esprit critique qui n’est pas à la portée du premier adolescent venu.

Rien d’autre, dans la communauté virtuelle, que le désolant spectacle des bogosses autoproclamés qui filaient des rencards débiles à des filles qui ne l’étaient pas moins, à grand renfort de Ase soiiiiiiiiiir, jte kiff ou de G troooooop hâte d’y eeeeetre.
Non, je ne les enviais pas. Passer la soirée dans un parking à écouter du rap pourri dans des enceintes hypertrophiées, une main sur la bouteille de Despé, l’autre sur les cuisses d’une fille en mini-jupe assise sur le capot d’une Renault 19 immatriculée dans le 95, merci bien… Malgré tout, je ne pouvais pas m’empêcher de me dire qu’eux, au moins, on ne les emmerdait pas avec leur solitude. Le nombre de leurs amis était inversement proportionnel au nombre de leurs neurones en fonctionnement. Leur life n’avait aucun intérêt, mais eux-mêmes étant intimement persuadés du contraire, ils passaient leur temps sur SpaceBook©à se la raconter. De mon point de vue, ils étaient mille fois plus pathétiques que moi.

Maxime est certes caustique, parfois méprisant, mais enfin, il a un cerveau, c’est rassurant. Donc on l’adopte d’emblée et on le suit sans difficulté du début à la fin. Car le rythme ne faiblit jamais, tant pour ce qui est de l’intrigue que de la verve narrative.

 

Comment (bien) rater ses vacances

Anne Percin
Le Rouergue (doAdo), 2010
ISBN : 978-2-8126-01910-0 – 186 pages – 11.50 €

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Comment (bien) rater ses vacances de Anne Percin

42 commentaires sur “Comment (bien) rater ses vacances de Anne Percin

    1. Je l’ai emprunté pour mon fils et c’est mon mari qui l’a lu en premier, il l’a commencé à la bibliothèque et rigolait tellement que quand il l’a reposé, c’est moi qui m’en suis emparé…

  1. C’est aussi la remarque que je me suis faite à propos des ados, comme j’aimerais que mes troisièmes soient un peu (ne serait-ce qu’un peu) comme ça!!! J’ai beaucoup aimé cette lecture que j’ai aussi trouvé très drôle.

    1. Je me suis souvenu de ton coup de gueule concernant un des romans suivants. Ce qui fait le charme ici, c’est la verve de Maxime, il est très fin mine de rien. Si ça disparait, c’est dommage…

    1. Il vient enfin de finir L’écume des jours (faut qu’il fasse sa fiche maintenent, le plus pénible de l’affaire…). Il le lira après je pense, s’il en a envie. J’essaierai de le pousser un peu quand même et reviendrai sur ton blog te livrer les impressions qu’il aura laisser filer.

  2. Acheté au salon du livre de jeunesse , il a trouvé preneur chez les parents mais pas encore chez les ado de la maison. Ils sont plongés dans Lovecraft, on peut pas tout lire en même temps…

    1. Ah Lovecraft, c’est excellent : ils sont bien inspirés les ados chez toi. Tiens, je vais en poser un à côté du Percin, on va voir…

  3. Un peu freinée par le fait qu’il s’agisse d’un roman ado, mais comme tout le monde s’accorde à dire qu’il vaut le coup, je le lirai.
    De l’auteur, j’ai beaucoup apprécié « Le premier été ».

  4. décapant ! j’ai passé un bon moment à sa sortie. Je l’ai repioché à la bibli pour le passer à ma fille la semaine passée. Elle a dévoré les trois d’une traite.

    1. Ah oui ? je n’ai pas eu cette impression, je trouve qu’elle a su ne pas faire trop long, elle a plutôt choisi d’écrire des suites avec le même personnage si j’ai bien compris. Mais tous les goûts sont dans la nature… bienvenue ici.

    1. Non, je vais essayer de garder celui-là un peu plus longtemps. En fait, il y a vait des choses impossible à modifier avec le thème précédent, même en allant bidouiller le code, ou alors ça demandait des connaissances que je n’ai pas. Et comme ça concerne essentiellement le classement, les recherches par tags sur ce blog, ça m’énervait parce que j’aime bien que les choses soient rangées comme je veux…voilà, c’est la bibliothécaire en moi qui sommeille 😉

  5. Moi je trouve que il est juste génial se livre je devais le lire pour le collège et demain j’ai mon contrôle je suis un peut stresser mais cava je le trouve mais vraiment fantastique mdr mais bon je suis un peut en compàie de la boule au ventre pour le contrôle

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Bonjour,
voici un article à lire sur Tête de lecture : http://yspaddaden.com/2013/02/21/comment-bien-rater-ses-vacances-anne-percin/