Fleur de tonnerre de Jean Teulé

Fleur de tonnerreMaman Jégado avait bien raison de surnommer sa petite Hélène, sept ans, Fleur de tonnerre, car telle la foudre, elle frappera partout où elle passera. A commencer sous son propre toit, puisque c’est à l’âge précoce de huit ans que la petite fille, belle comme un ange, empoisonne sa mère. Et le meurtre maternel :

C’est comme la naissance d’une vocation. Posant ses phalangettes sur une joue brûlante de sa génitrice, on dirait Mozart enfant écrasant pour la première fois les touches d’un clavecin .

Le ton est donné, du pur Teulé : ses lecteurs ne seront pas déçus. Le sujet est tellement taillé pour lui qu’on pourrait croire qu’il a tout inventé. Or non, pas du tout, Hélène Jégado a bien existé et a bien tué des dizaines de personnes dans la Bretagne du XIXe siècle. Commencé à Plouhinec dans le Morbihan, son périple meurtrier s’achève quarante ans plus tard à Rennes, sur l’échafaud. Elle fut la première tueuse en série française.

L’adaptation de Stéphanie Pillonca : ratée…

Mais bien sûr, Jean Teulé n’écrit pas la version dramatique de cette histoire empoisonnée. Si le roman suit Fleur de tonnerre pas à pas, la narration ne s’arrête qu’aux moments cruciaux des meurtres, donnant l’impression d’un enchaînement vertigineux. C’est que la méthode Jégado est imparable : elle se fait engager comme cuisinière, sa réputation est d’ailleurs excellente, et empoisonne le moment venu qui bon lui semble. Elle est si succulente, sa soupe aux herbes…

Jean Teulé ne fait guère de psychologie, il ne cherche pas à interpréter les meurtres, ni même à les comprendre. Il met cependant l’accent sur un contexte qui semble essentiel : la Basse-Bretagne du XIXe siècle. Les paysans ignares sont superstitieux et leurs croyances païennes mêlées de catholicisme mal assimilé font des dégâts. Imaginez qu’il existait des chapelles dédiées à Notre-Dame-de-la-Haine et des statues de saints qu’on frappait et insultait… Hélène, parfois montrée du doigt à force d’accumuler les cadavres autour d’elle est tantôt vue comme une sainte qui échappe à l’épidémie, tantôt comme une envoyée du Diable qui sème la mort dans son sillage. Elle-même qui prétend parler à l’Ankou n’est pas loin d’incarner une Jeanne d’Arc maléfique.

L’humour macabre qu’affectionne l’auteur est on ne peut plus présent. Il parvient à ne pas trop verser dans la vulgarité inutile, comme il le fait parfois. Au contraire, la scène paroxystique mêlant sexe et mort, est des plus réussies : alors qu’elle fait la pute dans une taverne bordel militaire, Hélène Jégado parvient à fait mourir quatre soldats pendant qu’ils lui font l’amour en lui racontant des scènes de guerre atroces. C’est un mauvais goût absolu et maîtrisé.

La voix du narrateur qui intervient parfois fait aussi partie du ton humoristique propre à ce roman, mais comment ne pas évoquer les récurrentes apparitions de deux perruquiers normands qui suivent de loin en loin la route de Fleur de tonnerre… Pour les deux compères venus acheter des cheveux, la Bretagne c’est la décadence, l’arriération voire l’aliénation. Petit à petit, ils perdront tout dans une déchéance aussi tragique que drôle. « Mais qu’est-ce qu’on est venus foutre dans cette Bretagne de merde ! ». Allez savoir…

Jean Teulé sur Tête de lecture

 

Fleur de tonnerre

Jean Teulé
Julliard, 2013
ISBN : 978-2-260-02042-4 -282 pages – 20 €

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53 commentaires sur “Fleur de tonnerre de Jean Teulé

  1. Après avoir lu « Je François Villon » que j’ai bien apprécié (bien qu’ayant été bien secouée), je n’ai plus envie de lire Teulé car j’ai l’impression qu’il reste toujours dans le même registre d’humour macabre. Dommage car il a une très bonne plume.

    • Sandrine

      Tu as raison, il reste dans son registre et c’est pourquoi ceux qui l’apprécient sont contents de le retrouver.

  2. Rien à faire, cet auteur ne m’attire pas. Pourtant, je ne suis pas du genre à faire la fine bouche dans le filon farce macabre mais là, j’ai l’impression que trop c’est trop. Je n’arrive pas à mettre des mots sur ce qui ne m’attire pas. J’ai l’impression qu’il exploite un filon jusqu’à la caricature.

    • Sandrine

      Oui, je suis d’accord, il y a quelque chose du trop dans cette écriture, dans cet humour-là, et c’est ce qui fait qu’on reconnait tout de suite un roman de Teulé. C’est son style, on aime ou pas…

  3. Je pense que je ne vais pas rater ce dernier roman de Jean Teulé.

    • Sandrine

      Si tu aimes son style, tu te régaleras.

  4. je n’ai pas du tout accroché à cet auteur pourtant souvent chaudement recommandé, je crois que ce que je n’aime pas c’est son esprit de système , il a trouvé un ton, un style, qu’il répète tout le temps.
    Luocine

    • Sandrine

      Ce qu’il m’arrive de ne pas apprécier dans ses romans, c’est la vulgarité. Un peu ça va, mais à la louche, c’est trop. Ici, je trouve qu’il a très bien dosé son affaire, on dirait même qu’il s’est retenu durant tout le livre car il se lâche un peu à la fin…

  5. Malika

    Pourquoi cet auteur ne m’attire-t-il pas ??

    • Sandrine

      Je fais pourtant ce que je peux 😉

  6. Pour l’instant, je n’ai encore lu que « Les Lois de la gravité » de Teulé mais j’en ai plusieurs dans ma PAL et celui-ci me tente plutôt.

    • Sandrine

      Tiens, je ne connais pas ce titre-là…

  7. J’ai beaucoup de mal avec le ton de Jean Teulé, et avec ses prétentions d’historien alors qu’il ne fait souvent que véhiculer des clichés. Je passe mon tour…

    • Sandrine

      le pauvre… moi, rien que de l’entendre en interview me fait déjà sourire…

  8. J’hésite à le lire. Il y a certains bouquins que j’aime bien, et puis d’autres franchement gores.

    • Sandrine

      Celui-là ne l’est pas trop, promis, l’empoisonnement n’est guère sanglant.

  9. Je n’aime non plus ses livres, le choix volontairement morbide de ses sujets et le « racolage dans le gore » dans lequel il se complait. Je trouve que tu décris très bien son style, qui ne me va pas du tout, même si je dois reconnaître qu’il a une jolie plume.
    Et, comme mrs pepys, j’ai énormément de mal avec ses prétentions d’historien. Je crois que ce qui m’a le plus atterrée dans Charly 9, c’est d’avoir vu ensuite des interviews de lui et de m’être rendu compte qu’il pensait sincèrement avoir compris l’époque et l’avoir retranscrite. Je serais curieuse de savoir ce qu’il avait lu pour se documenter…

    • Sandrine

      Je n’ai pas lu Charly 9 et ne pense pas avoir lu ou entendu les interviews dont tu parles. Je ne sais pas s’il se prend pour un historien. En fait, c’est quoi exactement ? Moi, j’ai une maîtrise d’histoire et je ne me sens pas historienne pour autant, car je n’ai qu’une maîtrise et que je ne pratique plus. Par contre, quelqu’un sans diplôme d’histoire et qui passe son temps dans les archives à déterrer des documents pour, par exemple, écrire l’histoire de sa ville, pour moi est un historien. Pas un universitaire certes, mais il fait d’œuvre d’historien à sa mesure. Comme en musique il y a Mozart et Francis Cabrel (bon ok, l’exemple est mal choisi…).
      Alors pour un livre comme Fleur de tonnerre Jean Teulé a fait à mes yeux œuvre d’historien en allant chercher dans les archives judiciaires, municipales, dans les anciens journaux tout ce qui avait rapport avec Hélène Jégado. Pour le XVIe siècle, c’est bien sûr différent, ça n’est pas donné à tout le monde d’aller fouiller dans ces archives-là et même de lire dans la langue les documents. J’imagine qu’il a dû lire des ouvrages d’histoire et se faire son idée de l’époque. Qui n’est apparemment pas la tienne 😉

      • Moi aussi j’ai une maîtrise d’histoire, et moi non plus je ne me considère pas comme historienne. Et, comme toi, je considèrerais quelqu’un qui n’a pas de diplôme et qui passe ses loisirs dans les archives comme un historien.
        J’ai simplement paraphrasé ce que disait Mrs Pepys, qui me semblait bien choisi. Ce que j’entendais par là, c’est que je pensais qu’il avait voulu écrire une farce, une caricature, en rédigeant Charly 9 et que je me suis rendu compte en voyant des interviews de lui ensuite, qu’il pensait avoir été fidèle à la réalité historique.
        Evidemment, son interprétation n’est pas la « mienne », ce qui me fait réagir. Mais ce n’est pas important. Ce qui m’a chiffonnée c’est, d’une part, qu’il a axé son récit sur de vieilles légendes noires, ce qui me fait douter qu’il ait lu aucun essai historique qui ait été publié depuis moins de 50 ans, et d’autre part, que ses connaissances sur le sujet sont très sommaires et très lacunaires. Je serais bien en peine de juger du fond historique de ses autres oeuvres, même si du coup j’ai des doutes, mais il se trouve que là c’est ma période de prédilection et que ça m’a sauté aux yeux. Une blogueuse historienne de profession l’avait lu et s’était arraché les cheveux en le lisant. Peut-être pourrais-tu le lire, si tu en as l’occasion, pour te faire ta propre opinion?

        • Sandrine

          Merci Marie, je te comprends mieux. Je crois que dans son cas, ces « vieilles légendes noires » sont ce qu’il affectionne et si ça se trouve, il n’a même lu que ça. A partir du même où ça a un fondement, même dans l’imaginaire (voire surtout dans l’imaginaire), il est preneur. C’est un peu comme la différence entre médecins et charlatans : les deux peuvent soigner, certains avec plus ou moins de chance ou de connaissances. Je ne dis pas que Jean Teulé est un charlatan de l’Histoire, plutôt un clown qui travaille sur une base connue et en rajoute. C’est sûr que ça peut agacer les professionnels 😉
          Pour Fleur de tonnerre, je pense que le travail de recherche à été plus profond, parce que plus accessible. Mais je comprends la blogueuse historienne qui s’est arraché les cheveux. Moi mon rayon, c’était le Moyen Age, alors les clichés sur l’époque, on n’en est pas encore sortis !

  10. Je n’ai encore jamais osé lire Jean Teulé, de crainte que ce soit trop violent, mais comme tu le fais remarquer les empoisonnements, ce n’est pas sanglant, il faudrait que j’essaye avec ce dernier roman, donc ! (à moins que tu ne m’en recommandes un autre ?)

    • Sandrine

      Mon préféré jusqu’à présent est Mangez-le si vous voulez, mais certaines scènes sont assez dures (suivant le degré avec lesquelles ont les lit…).

  11. Ah je pourrais me laisser séduire, j’ai arrêté avec Teulé après une dizaine de pages du Montespan alors que j’aimais bien jusque là et même mieux que bien pour certains livres…

    • Sandrine

      J’ai trouvé Le Montespan inutilement vulgaire, c’est ce Teulé-là qui me plait le moins, celui qui fait rire vulgairement…

  12. Je n’ai pas lu Teulé depuis son roman sur Villon masi je crois que celui-la me plairait bien.

    • Sandrine

      Oui, le Villon était bien, dans le même genre, je pense, il y a aussi le Verlaine.

  13. je n’avais pas apprécier le style de Jean Teulé…

    • Sandrine

      Alors celui-ci n’est pas pour toi.

  14. C’est un auteur avec lequel j’ai du mal! Et c’est vrai qu’il est parfois vulgaire dans sa manière de traiter les sujets. Et bien vrai aussi qu’il est parfois racoleur comme dans Mangez-le si vous voulez.

    • Sandrine

      Ah, tu l’as trouvé racoleur ? Bon, ça n’est pas très fin, mais cet humour-là me fait vraiment rire pendant tout ma lecture…

      • Pa srire dut tout et non seulement cela ne fait pas rire mais ça m’énerve cette façon de se délecter du scabreux, d’insister sur le gore. Pour avoir une indigestion, il ne m’a fallu qu’un livre, un seul!

  15. J’ai essayé mais je n’ai jamais accroché. Je vais donc passer mon chemin…

    • Sandrine

      Ses livres se ressemblent beaucoup, dans le ton et le genre d’humour, alors si tu n’apprécies pas, effectivement, mieux vaut ne pas insister.

  16. Il écrit bien mais certains de ses livres ne m’ont absolument pas plu. Je te surconseille les lois de la gravité (peut-être celui que j’ai le plus aimé de lui). Bon dimanche, Ys.

    • Sandrine

      Alors je surligne 😉

  17. Je suis un peu déçue de Teulé. Son seul roman qui m’ait emballée est Le Magasin des suicides.
    Je n’aime pas ses dérapages dans le gore et ton billet, qui pointe un manque de profondeur des personnages au profit des meurtres seuls, me conforte dans l’impression que ce titre n’est pas pour moi.

    • Sandrine

      La psychologie n’est pas le fort de Teulé, il ne cherche pas à expliquer une attitude, il met en scène des actes abérants. S’il tentait d’expliquer, ça serait beaucoup moins drôle, tragique même…

  18. Je suis d’accord avec Sylire. C’est la même chose pour moi. Les avis sur cet auteur sont forcément tranchés il me semble. Quant à moi sa quête des histoires à gorifier que dégoûte un peu.

    • Sandrine

      Je comprends tout à fait que cet humour-là ne soit pas partagé par tous, c’est quand même très particulier. Même quand on apprécie, il ne faut pas en faire une surconsommation au risque d’indigestion : un par an, c’est un bon rythme pour moi…

  19. *me dégoûte un peu

    C’est bizarre c’est impossible de modifier ses messages sur ton blog, je veux dire de se relire et de modifier en allant mettre son curseur ailleurs qu’à la dernière lettre tapée…

    • Sandrine

      je ne sais pas, je crois que c’est un petit bug qui s’est installé en même temps que le pluggin empêchant de copier les textes de ce blog, c’est à ce moment-là qu’on me l’a signalé… désolée.

  20. J’avais aimé « O, Verlaine », « Je, François Villon » et « Le magasin des suicides ». J’ai dans ma PAL « Charly 9 » mais celui-ci me fait le même effet que « Mangez le si vous voulez » : une histoire qui est connue et dont le récit n’apporte rien qu’une plongée dans le macabre et la grossiereté assumée de l’auteur (qui fait son style si reconnaissable, je suis d’accord). Je trouve que c’est assez facile du coup et je ne suis pas trop attirée. J’aime davantage lorsque Teulé s’intéresse à des personnages littéraires.

    • Sandrine

      Moi je crois que je préfère le Teulé « historien ». Pour ma part, je ne connaissais pas cette Hélène Jégado. Quand je vois ce qu’il fait de cette histoire, à partir de sources accessibles par tous (en archives, certes), ça me donne très envie de m’emparer d’un cas et de le traiter à ma façon moi aussi. C’est mon âme d’historienne qui fait des siennes parfois 🙂

  21. J’ai beaucoup de mal avec l’humour macabre de Jean Teulé. Et même si il se passe dans ma ville, je crois que je ne franchirais pas le pas !

    • Sandrine

      En plus, il n’est vraiment pas tendre avec les Bretons…

  22. J’ai beaucoup de mal avec Teulé, mais peut-être celui-ci pourrait me réconcilier avec lui

    • Sandrine

      Pas sûr si tu n’aimes pas, car c’est vraiment du pur Teulé.

  23. viens de le lire ce week-end, et franchement je suis déçue. A ne pas tenter l’interprétation, la psychologisation (?), on tombe dans la liste de crimes. Certes il remet en contexte, mais c’est bien tout. Moi qui avait adoré Je François Villon, je suis déçue.

    • Sandrine

      Une liste oui, mais une liste noire et rigolote quand même… et moins gore que le Villon, l’empoisonnement au moins, c’est propre 🙂

  24. Asya88

    Bonjour, je suis une étudiante italienne et j’ai lu ce livre car je suis en train d’en traduire un extrait pour mon examen. Je vous écris car voudrais savoir…. quelle est la vrai signification de « Fleur de tonnerre »? c’est quoi en fait une « fleur de tonnerre »? Vous pouvez m’aider?
    Merci beaucoup!

    • Sandrine

      Je n’avais jamais entendu cette expression avant e roman. Je n’en sais donc que ce que Jean Teulé en dit au début : c’est une fleur qui pousse au bord des chemins (en Bretagne certainement). Il faut y voir une image : Hélène Jégado tue là où elle passe aussi certainement que la foudre.

  25. Asya88

    En fait, le roman commence avec cette phrase :  » Ah mais ne cueille pas ça, Hélène, c’est une fleur de tonnerre. Tiens, c’est ainsi que je devrais t’appeler dorénavant « Fleur de tonnerre ». »
    Hier, j’ai trouvé, grace à des « amis » français 🙂 que « fleur de tonnerre » est le nom qu’on utilisait pour décrire le coquelicot.
    Merci pour votre aide aussi!
    🙂

  26. Johann

    J’ai découvert Jean Teulé avec Fleur de tonnerre, un auteur assez mystèrieux avec un style très à lui, je serais curieux de lire d’autres livres de lui.

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