La valise mexicaine

L’exposition intitulée « La valise mexicaine » porte bien mal son nom puisqu’il n’y a ici pas plus de valise que de Mexique. C’est pourtant ainsi que l’on appelle ces trois boîtes, elles-mêmes exposées, contenant des négatifs. Ils proviennent de photos prises par Robert Capa, Gerda Taro et David Seymour dit Chim. Tous trois nés au début du XXe siècle, tous trois juifs ayant quitté leur pays (Hongrie, Allemagne et Pologne) pour fuir le fascisme. Ce sont de jeunes photo-journalistes partis photographier et filmer la guerre civile espagnole. A eux trois, ils rendent compte des diverses batailles, de l’arrière, des populations sinistrées, exilées. Ils vont s’avancer jusqu’à très près des combats, Gerda Taro y laissera la vie en 1937 à Brunete.

L’exposition présente de nombreuses planches-contacts agrandies (ce qui nécessite une bonne vue, et qu’il n’y ait pas trop de monde afin de pouvoir s’approcher). Quelques photos ont été développées et sont affichées, mais le plus intéressant se trouve dans les reproductions en fac similé de journaux de l’époque qui utilisent les photos en question. Ainsi comprend-on comment les journaux du monde entier utilisaient les photos prises durant le conflit : lesquelles étaient choisies, comment elles étaient mises en page et pour véhiculer quel message.

Les trois jeunes photographes travaillaient pour la presse internationale, y compris française et des journaux comme « Ce soir », journal du parti communiste, suivaient l’actualité de la guerre, donnaient à connaître l’intensité des combat, la détresse de la population, alors que le gouvernement français n’aidait pas les républicains.

Ces photos montrent la destruction et la douleur, mais aussi l’humanité, la tendresse, l’espoir et même parfois la joie. Certains visages et regards saisissent immédiatement le spectateur parce qu’ils semblent leur être adressés. Ce sont les yeux d’un soldat, ceux d’une mère, ceux d’un vieil homme fatigué qui vous regardent et vous interrogent sur tant de souffrance. Alors qu’ils ont été pris dans l’action, le danger parfois, certains clichés semblent étonnamment travaillés. Mais peut-être la vérité touche-t-elle plus que n’importe quelle composition….

En regardant les photos des exilés sur la plage d’Argelès-sur-Mer en 1939, me revient à l’esprit le livre de Jordi Soler, Les exilés de la mémoire, il ne m’a à vrai dire jamais quittée. J’avais plus encore présent à l’esprit celui de Sebastia Alzamora, Memento mori qui traite des exactions républicaines à l’encontre du clergé espagnol. Si l’on voit quelques prêtres et hommes d’Eglise dans cette exposition, ils font partie du clergé basque, le seul à soutenir la république qui promet l’indépendance au Pays basque. Jamais on ne voit ces républicains iniques et sanguinaires qui firent régner la Terreur rouge. Aussi journalistes et engagés soient-ils, Capra, Taro et Chim ne montrent pas tout et par conséquent, les médias étrangers qui s’appuient sur leur travail ainsi que leurs lecteurs ignorent ces républicains-là. Il est clair qu’on ne pouvait pas défendre la cause républicaine et dénoncer les horreurs commises dans ses rangs.

 

La valise mexicaine. Les négatifs retrouvés de la guerre civile espagnole
Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, rue du Temple, Paris
Du 27 février au 30 juin 2013

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10 commentaires sur “La valise mexicaine

  1. Quelle tragédie… une période sombre, et pourtant, à l’époque, l’on n’était qu’au début de l’horreur… le pire restait à venir!

    • Sandrine

      Oui c’est vrai. Et à travers ces photos qui saisissent les gens sur le vif, dans leur quotidien de souffrance, de résignation, on voit vraiment le poids de la guerre sur l’être humain.

  2. ça a l’air intéressant, j’ai vu plein d’affiches pour cette expo dans le métro. Mais euh alors pourquoi ça s’appelle la valise mexicaine?

    • Sandrine

      Parce que ces négatifs ont été perdus de vue pendant très longtemps, et qu’après un long périple elles ont refait surface au Mexique il y a moins de dix ans. Je trouve qu’un titre plus explicite aurait permis à des gens qui s’intéressent à la guerre d’Espagne de ne pas passer à côté de cette exposition…

  3. Si j’avais habité Paris (ou pas trop loin) je serais allée voir l’expo. J’ai lu et beaucoup aimé « En attendant Robert Capa » de Suzana Fortes. Un livre très romancé mais qui se lit d’une traite et donne envie de s’intéresser au couple Capa/Taro et à leur travail de photographe.

    • Sandrine

      J’espère un jour mettre la main sur le livre de Suzana Fortès que cette exposition m’a donné encore plus envie de découvrir. Je n’habite pas Paris non plus, mais à la faveur d’un déplacement en train, je m’étais concocté un petit emploi du temps où cette expo figurait en incontournable.

  4. J’avais vu cette expo il y a deux ans à New York, et c’est ce qui m’avait donné envie de lire ensuite « En attendant Robert Capa » que Sylire cite au-dessus.

    • Sandrine

      Ben ça, c’est un com’ hyper chic… 😀

  5. Des choix difficiles que ceux du photographes, finalement.

    • Sandrine

      Des choix idéologiques aussi…

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