Les mystères de Pittsburgh de Michael Chabon

Les mystères de PittsburghFin de l’année universitaire pour Art Bechstein, le narrateur du premier roman de Michael Chabon, Les mystères de Pittsburgh. A la bibliothèque, il rencontre Arthur Lecomte, un garçon qui le fascine aussitôt, et la ravissante Phlox. Dans la chaleur du Pittsburgh estival, le cœur d’Art balance entre ses deux nouveaux amis. S’assurant de ce qu’il appelle sa normalité, il sort avec Phlox, mais ne cesse de fantasmer sur Arthur. Cleveland, un ami d’Arthur, exerce sur lui une autre sorte de fascination : celle du mauvais garçon au charisme puissant qui se perd dans l’alcool.

Art n’est pas un jeune étudiant comme les autres. Sa mère s’est suicidée alors qu’il était adolescent et son père est un caïd de la mafia juive locale qui souhaite que son fils réussisse honnêtement. Mais Cleveland se fait encaisseur pour l’oncle d’Art, ce qui conduit celui-ci vers des expériences dangereuses et quelques révélations familiales.

Les mystères de Pittsburgh se présente comme une éducation sentimentale moderne, je dirais même branchée, où le jeune protagoniste expérimente ses tendances hétéro et homosexuelles. Au début des années 80, avant l’invention du sida, la déception est à peu près le seul drame qui peut en découler. Et c’est effectivement déçue que je termine cette lecture laborieuse qui m’a terriblement ennuyée. Un peu de Phlox, et puis Arthur, et puis à nouveau Phlox… je me lasse. Les sentiments ne sont guère explorés, les jeunes gens se contentant plus de postures, parfois assez caricaturales. Faire des choix, les assumer, en être même fier, la leçon est classique mais le propos sans rythme ni originalité.

Il faut dire que la traduction n’arrange rien. Marc Cholodenko a choisi le passé simple pour rapporter les propos d’Art et c’est parfois très lourd. Passe encore à la première personne du singulier, mais la première du pluriel est d’une lourdeur sans pareil : « Nous jetâmes nos petits bateaux à l’eau et les regardâmes monter et descendre jusqu’à ce qu’ils disparussent de notre vue. […] Nous nous accoudâmes au parapet pendant une minute. « Crachons », dis-je. Nous crachâmes. C’était amusant, et nous crachâmes de nouveau. » L’action me semble ainsi dénuée de toute spontanéité. Par ailleurs, certains mots m’ont semblé tout simplement incorrects : « en essuyant de mes lèvres les particules de sucre glacé » (au lieu de « glace ») ou « bien que Cleveland ait dit que son père y allait tous les deux week-ends » (au lieu de « un week-end sur deux » j’imagine) ; « j’ai acheté des ciboulettes fraîches » (?). Ces trois exemples sont pris dans un ensemble de vingt pages consécutives. Au final, ça fait beaucoup de son discordant à mes oreilles. Du bruit. Qui m’a empêchée à nouveau d’apprécier Michael Chabon, dont je n’avais déjà pas pu finir Le club des policiers yiddish. Je crois que je vais m’en tenir là avec cet auteur.

Michael Chabon a aujourd’hui 50 ans.

 

Les mystères de Pittsburgh

Michael Chabon traduit de l’anglais par Marc Cholodenko
Robert Laffont (Pavillons Poche), 2009
ISBN : 978-2-221-11222-9 – 370 pages – 8.90 €

The Mysteries of Pittsburgh, parution aux Etats-Unis : 1987

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16 commentaires sur “Les mystères de Pittsburgh de Michael Chabon

  1. J’avais lu de cet auteur Des garçons épatants : la banqueroute totale !

    • Sandrine

      Bon, on dirait qu’il y a quelque chose qui ne passe pas entre lui et nous…

  2. Aïe, je voulais le lire, cet auteur, vous n’êtes pas encourageantes..;
    D’accord, la traduction m’a l’air peu correcte, parfois je le remarque et hélas oublie de le noter… Ce every two weeks est une plaie quand on traduit mal…

    • Sandrine

      Moi aussi au début, je ne note pas, mais tu vois, arrivée à un certain nombre d’erreurs dans ce genre, je suis gavée, je n’en peux plus. Et c’est pire quand le livre ne me plait pas car même l’intrigue n’a plus d’intérêt et je ne vois plus que les maladresses qui ici, sont franchement nombreuses.

  3. Même sentiment à la lecture de ses « Garçons épatants ». Par contre, j’avais bien aimé « Le club des policiers… ». On m’a conseillé « Les aventures extraordinaires de Kavalier et Clay ». À voir…

    • Sandrine

      Quand j’ai choisi Chabon pour les anniversaires, j’étais partie pour Kavalier & Clay, et puis vu le nombre de pages conséquent, je me suis dit qu’avec ma première déception, il vaudrait mieux que je choisisse plus court, au cas où…

  4. plume/plumisa

    Bon, ce n’est pas un auteur pour moi non plus !
    C’est vrai que la traduction joue un grand rôle. Quand on suit un auteur étranger, on fait vite la différence quand le traducteur a changé…l’esprit n’est tout simplement plus le même, je trouve.
    Bien sûr quand on ne connait pas l’auteur, ou pas bien, c’est un peu frustrant de ne pas savoir si ça vient de lui ou de la traduction, voire des deux ??

    • Sandrine

      Je crois que là, c’est un peu les deux, car même cette éducation sentimentale ne m’a pas intéressée…

  5. Joyeux anniversaire à l’auteur ! Même si hum…au vu de ton avis et de l’enthousiasme débordant des autres, je ne pense pas m’aventurer dans ses romans 🙂

    • Sandrine

      Oui bon, il ne passera pas par là, donc tout va bien, je ne lui gâcherai pas son anniversaire 🙂

  6. Souhaitons lui donc bon anniversaire… sans forcément nous jeter sur ses livres… 😉

    • Sandrine

      Voilà, on va dire ça comme ça…

  7. J’aurais pu être tentée par « Le club des policiers yiddish » mais là mon envie est douchée !

    • Sandrine

      Le but premier était de me réconcilier avec cet auteur mais là, c’est raté…

  8. Un de moins à lire, chouette !

    • Sandrine

      Il doit bien en avoir écrit de meilleurs quand même…

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