La marquise de Brinvilliers de Alexandre Dumas

BrinvilliersLa terrible marquise de Brinvilliers a inspiré Alexandre Dumas pour une série de romans consacrés à des assassins ayant défrayé la chronique, intitulée Crimes célèbres. Et célèbres ils le furent ses crimes, et ce dès son époque, tant on s’offusqua de ces empoisonnements répétés seulement dictés par le profit.

Le roman s’ouvre sur une scène d’embarras parisien, une rue animée, un carrosse coincé et voilà le lecteur plongé dans Alexandre Dumas. Un exempt vient arrêter le chevalier de Sainte-Croix par lettre de cachet. On le jette à la Bastille où il ne se fait pas les meilleures relations puisqu’il y rencontre celui qui fera de lui un grand empoisonneur, un certain Exili, Italien dans la pure veine des Borgia, précise Dumas (qui n’aime pas les Italiens…). Un an plus tard à sa sortie, il retrouve celle qui fut la cause de son emprisonnement : sa maîtresse la marquise de Brinvilliers. Car c’est son père à elle qui fit enfermer le jeune homme pour tenter de mettre un terme à leur odieuse relation. Mais les deux amants s’aiment toujours et fomentent leur vengeance : ils empoisonnent donc le père, puis les deux frères de la marquise, la plaçant ainsi en position d’héritière. Mais rien n’arrête Sainte-Croix qui se plait à empoisonner ses semblables avec le souci de passer inaperçu. Il travaille à perfectionner ses poisons, mais par un coup du sort s’empoisonne en en respirant les émanations dans son cabinet maudit. Les documents qu’on y découvre par la suite conduisent à la poursuite puis à l’arrestation de sa maîtresse, la marquise de Brinvilliers.

Arrestation remplie de péripéties et de ruse de la part de l’enquêteur qui en est chargé et doit la faire sortir du couvent liégeois où elle s’est réfugiée. A partir de là, La marquise de Brinvilliers ralentit et change de ton. La marquise est enfermée, son procès a lieu, elle est torturée, et elle montre toujours le même visage impassible, la même absence d’émotion. Mais Dumas fait pénétrer le lecteur dans sa cellule et lui permet d’assister aux échanges qu’elle entretient avec un homme, l’abbé Pirot, venu recueillir sa confession. Il a aussi pour mission de lui faire dire qui étaient ses complices et quelle est la composition des poisons et leur antidote possible (elle ne dira rien, même sous la torture). Il est en fait question d’âme, de salut, de purgatoire de « Ah Madame ! » et de « Ah Monsieur ! » qui sont terriblement longs et répétitifs. Elle s’inquiète pour son âme la marquise de Brinvilliers, Dieu lui pardonnera-t-il, n’est-elle pas pire que tous les autres criminels, et si elle va au purgatoire, combien de temps y restera-t-elle… etc. ? Tellement confite en dévotion la marquise qu’on dirait une sainte.

J’ai cru à une exagération de Dumas, toujours prêt à tordre notre vision des choses, quitte à inventer, mais en fait, la marquise de Sévigné elle-même, contemporaine des faits a écrit « Le lendemain, on cherchait ses os parce que le peuple disait qu’elle était une sainte ». De fait ses derniers jours ressemblent à ceux d’une martyre injustement emprisonnée.
Ah, les vertus de la religion catholique et du repentir ! La confession fait de la marquise de Brinvilliers un être tout neuf aux yeux de Dieu et elle ose dire à son confesseur sur le chemin qui la mène place de Grève : « Monsieur, voilà un chapelet que je serais bien aise qu’il ne tombât pas entre les mains du bourreau ; ce n’est pas que je ne croie qu’il en ferait un bon usage, ces gens-là sont chrétiens comme nous, mais enfin j’aimerais mieux le laisser à quelque autre. » Chrétien comme elle ? Qui a tué père et frères ? Qui testait l’efficacité de ses poisons sur les malades de l’hôpital qu’elle prétendait visiter par charité (chrétienne justement) ? C’est une femme avant tout cynique et froide, faible devant la mort.

D’après ce qu’on lit ici et là, Dumas aurait fait un gros travail de recherches pour écrire sa série de Crimes célèbres. N’en doutons pas, le récit est renseigné dans ses moindres détails, il cite d’ailleurs dans le roman les minutes du procès et s’inspire des écrits du confesseur de la marquise de Brinvilliers. La partie spirituelle m’a agacée mais la valeur documentaire de cette biographie romancée semble avérée. Il n’est d’ailleurs nulle part fait mention de la fameuse Affaire des Poisons qui survint à la cour à la même époque, ce qui prouve que Dumas ne s’est pas laissé emporter par sa veine romanesque.

.

La marquise de Brinvilliers
Alexandre Dumas, 1839-1840
Version audio téléchargée ici

..

20 commentaires sur “La marquise de Brinvilliers de Alexandre Dumas

  1. Tiens donc, un Dumas qui n’a pas inventé les détails historiques ? (j’aime Dumas, même si je connais son imagination fertile). Remarque, la réalité est telle qu’elle n’a pas besoin d’^tre embellie (ou enlaidie)

    • Sandrine

      je crois que là en effet, il n’a pas eu de mal à s’en tenir au strict nécessaire.

  2. Il cite les minutes du procès : pas trop ennuyeux ?

    • Sandrine

      C’est un peu aride en effet…

  3. je ne le lirai pas , mais j’ai adoré ton billet
    merci
    Luocine

    • Sandrine

      hum, je finirai bien par te convaincre…

  4. Pas lu ce Dumas mais il pourrait bien me plaire.

    • Sandrine

      Il y en a beaucoup… et l’écouter n’est pas mal non plus…

  5. Je le note! J’aime beaucoup DUmas, mais j’ai lu « les Borgias » de lui (qui fait partie aussi des crimes célèbres) que j’ai trouvé assez raté, cela m’avait refroidi pour les autres. Peut-être qu’il n’a pas honoré toutes les commandes avec la même application…

    • Sandrine

      Evoquer toute une famille, en tout cas plusieurs personnes, est aussi plus délicat que de traiter d’une seule personne, je pense.

  6. J’ai aimé tout ce que j’ai lu de Dumas mais celui-ci, bizarrement, ne me tente pas.

    • Sandrine

      C’est moins romanesque, moins dans la veine aventure, mais à moins avis à découvrir pour prolonger la connaissance de cet auteur.

  7. Margotte

    Et moi qui sort juste d’une période XVIIe siècle… si j’y retourne, je vais peut-être me laisser tenter par ce livre !

    • Sandrine

      N’hésite pas !

  8. Oh, Dumas qui ne s’est pas laissé emporter! Du coup, je suis super curieuse!

    • Sandrine

      Il semble qu’il a été assez rigoureux, du fait qu’il s’inspirait de textes existant, mais il y a bien sûr du Dumas, notamment dans les descriptions.

  9. Il faut dire qu’au 17e siècle le poison ou poudre de succession était un vrai fléau. On empoisonnait à tour de bras et surtout dans la noblesse qui seule avait les moyens de payer des alchimistes suffisamment habiles pour trouver des poisons indétectables…

    • Sandrine

      D’où l’inévitable référence aux Borgia, et l’initiation de Sainte-Croix par un Italien…

  10. Tu me donnes envie de découvrir ce roman ! Merci pour le lien !

    • Sandrine

      C’est là que je m’approvisionne en cas de long voyage en voiture.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *