A copier 100 fois d’Antoine Dole

A copier 100 foiscoeur animé« Papa, j’suis désolé. J’ai pas choisi, tu sais. J’ai essayé de changer, j’te jure, mais j’arrive pas, m’en veux pas. J’ai pas mérité qu’on me tape, pas mérité les claques. Non, papa, je mérite pas que tu me regardes comme ça, comme si je servais à rien, comme si j’étais pas ton fils, comme si tu regrettais. »

A copier 100 fois, une cinquantaine de pages et Antoine Dole saisit son lecteur à la gorge, au cœur, par la voix de son narrateur de treize ans, un gosse qui ne sait ni ne veut se battre, rendre les coups qu’on lui donne. Il dit les sévices qu’on lui inflige au collège et surtout la honte qu’il ressent parce qu’il a déçu son père. Il n’est pas le fils viril et fort qui rend coup pour coup et c’est ce qui lui fait le plus mal, plus mal encore que tous les maux physiques qu’il endure. Voir l’amour paternel se diluer dans les yeux de son père.

« J’voudrais devenir quelqu’un, que tu sois fier de moi, j’voudrais que t’aies pas honte de dire à tout le monde que oui je suis ton fils et comme je te ressemble. J’voudrais pouvoir me dire que tu seras toujours là, prêt à m’ouvrir la porte, à me prendre dans tes bras. Et le reste on s’en fout papa, hein, dis-moi qu’on s’en fout. »

Le reste, c’est l’homosexualité que père et fils n’arrivent pas à évoquer.

On lit rarement des livres jeunesse aussi percutants. Le style d’Antoine Dole ne laisse place à aucune sensiblerie et pourtant, le lecteur perçoit la détresse et la souffrance de ce jeune adolescent. Pour tout dire, il la partage tellement le ton est juste. Les homophobes bas du front, on les imagine, le père (veuf ? divorcé ?) qui refuse de faire disparaitre l’image du fils idéal au profit du sien, on le comprend parce que c’est dur de renoncer. Et l’immense vide que tous ceux-là creusent à l’intérieur de cet adolescent, Antoine Dole le donne à lire avec justesse

Difficile de ne pas être touché par l’authenticité de A copier 100 fois, certes court, mais bien assez long pour la douleur.

 

A copier 100 fois

Antoine Dole
Sarbacane, 2013
ISBN : 978-2-84865-501-7 – 56 pages – 6 €

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26 commentaires sur “A copier 100 fois d’Antoine Dole

  1. Il est pour moi !!!!

  2. Vendu.

    (Oui, c’est un commentaire super long, mais qui résume bien mon envie de lire ce livre après ton billet. 😉 )

  3. Un livre que j’aimerai beaucoup lire !

  4. Le livre a l’air vraiment pas mal! Sur un sujet essentiel en plus… On oublie parfois que certains romans jeunesse sont simplement tellement bons qu’on pourrait leur ôter l’étiquette jeunesse pour dire qu’ils sont pour tout le monde. (je relis de temps à autre mes vieux bouquins de Marie-Aude Murail avec un plaisir toujours renouvelé 🙂

    • En effet ce livre-là n’a besoin d’aucune étiquette, il est fort tout simplement sur un sujet encore peu traité en littérature jeunesse (même si les choses bougent).

  5. Difficile de ne pas être touché, tu as raison. Un livre que j’ai déjà offert à plusieurs reprises tellement il me paraît essentiel.

    • C’est à toi que je dois cette belle découverte : vivent les blogs !

  6. Je l’ai noté chez Jérôme, ce roman. Je pense bien que je le lirai quand il croisera ma route! Te faire tant d’effet en si peu de pages… ça a du mérite!

    • Je ne sais pas si j’ai assez souligné que c’est un texte vraiment dur. C’est ce que j’ai particulièrement apprécié, qu’il prenne aux tripes aussi efficacement, mais je l’ai fait lire à ma fille aînée (21 ans) qui ne me remercie pas de cette lecture : elle trouve ça trop dur. Il faut dire que c’est souvent le genre de textes que je suggère à mes filles quand je les ai aimés, même si à elle, je lui propose d’autres romans, qui ne me plaisent pas forcément, genre thrillers ésotériques, mais qui lui plairont.

  7. Face à un tel billet, on sait ce qu’il nous reste à faire 😉

  8. On s’en doute un peu que ce texte est dur, mais pas plus dur que la vie elle-même pour certaines personnes à certains moments de leur vie.

    • Certains préfèrent ne pas retrouver d’échos de la vraie vie dans leurs lectures…

  9. Il faut que je le lise !! Antoine Dole, je l’adore ! c’est le créateur de Mortelle Adèle et de Wizz gang, dans un genre totalement opposé bien entendu 😉 Mais depuis ces découvertes, son nom est noté dans ma liste « d’auteurs chouchous » et récurrents du coup.

    • Et moi, il faut absolument que je découvre cette mortelle Adèle.

  10. Un sujet touchant, il faudra que je le lise.

  11. Un livre de jeunesse ? Je n’aurais pas dit.

  12. C’est la première fois que je vois ce titre évoqué, et tu en parles avec beaucoup de beauté. C’est noté !

    • Je l’ai moi aussi découvert sur les blogs, je suis donc ravie de le faire découvrir à mon tour.

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