Bent Road de Lori Roy

Roycoeur animéVoulez-vous du grand roman américain ? Voilà Lori Roy qui pour son premier roman, Bent Road nous offre toute la noirceur et la grandeur de l’âme humaine déclinées au gré d’une famille dans les vastes plaines du Kansas.

Fin des années 60 : les Scott quittent Detroit et la présence des Noirs dans la ville pour retourner sur les terres familiales du père, Arthur, simple ouvrier. Sa femme Celia ne se réjouit pas du tout à l’idée de s’enterrer dans un trou et les trois enfants suivent : Elaine l’aînée, Daniel et Evie, belle poupée de neuf ans. Ils emménagent non loin de chez Reesa, la mère d’Arthur et de Ruth, la sœur d’Arthur et de son mari Ray. Il y avait une autre sœur, Eve, morte vingt-cinq ans auparavant.

Peu après l’arrivée des Scott, la jeune Julianne Robison disparait. Tout le monde participe aux recherches, en vain. Et tout le monde pense que Ray l’a enlevée et tuée, comme il l’a jadis fait avec Eve, dit-on. Mais Eve était la fiancée de Ray, il l’aimait, elle l’aimait, et elle est morte.

Bent Road s’articule autour de la disparition de la jeune Julianne Robison en toile de fond et autour de l’absence d’Eve, la sœur morte mais si présente. Bientôt, pour échapper à la violence de Ray, Ruth emménage chez son frère, ce qui ne fait qu’aviver la colère de Ray, souvent ivre. La jeune Evie se crée tout un monde autour de la tante dont elle porte le prénom : c’est qu’on ne lui a pas dit qu’elle était morte et elle l’attend. Daniel quant à lui a du mal à se faire à cette vie, il n’a pour ami qu’un adolescent difforme qui se plait à colporter des histoires sur des fous meurtriers échappés de l’asile pénitentiaire tout proche.

Il ne faut bien sûr pas en dire trop, car Lori Roy soigne sa progression narrative, ne dévoilant que très progressivement certains éléments essentiels du passé de cette famille. Le lecteur est à peu près dans la situation de Celia Scott qui n’était pas présente au moment des faits et à qui on n’a rien raconté. On ne sait que tard ce qui est arrivé à Eve, car ce qui importe, ce sont les relations des personnages entre eux, comment le passé à travers le désir d’oubli, de pardon, de vengeance, les lie par la culpabilité. La présence d’un kidnappeur d’enfants, potentiellement meurtrier et la mort mystérieuse d’Eve exaltent les peurs, le sentiment d’insécurité : les ombres inquiètent, les bruits font sursauter. Avec la disparition de Julianne les habitants se demandent si celui qui a tué Eve n’a pas récidivé… L’atmosphère inquiétante fonctionne a plein sur ces personnages fragiles.

Tous sont juste parfaits. De Celia la mère qui ressent son arrivée au Kansas comme une régression, à la grand-mère, présence muette emmurée dans ses secrets. En passant par Daniel l’adolescent qui voudrait devenir un homme et apprend à tirer, la petite Evie qui voudrait être sa tante Eve parce qu’elle souriait et semblait heureuse sur les photos alors qu’elle est petite et seule. Et le père, Arthur, tout en failles et en remise en cause, qui doit protéger sa famille de la violence de son beau-frère.

J’ai pensé à Seul le silence de R.J. Ellory ainsi qu’à Les lieux sombres de Gillian Flynn en lisant ce roman, ce n’est pas peu dire…

Lori Roy sur Tête de lecture

 

Bent Road

Lori Roy traduite de l’anglais par Valérie Bourgeois
Le Masque, 2013
ISBN : 978-2-7024-3904-3 – 317 pages – 19.50 €

Bent Road, parution aux Etats-Unis : 2011

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55 commentaires sur “Bent Road de Lori Roy

  1. je le veux !!!!!

  2. Tu te montres très convaincante!

    • J’espère bien convaincre tout le monde avec ce titre !

  3. Il a tout pour me plaire aussi !

  4. je n’ai pas été fan « des lieux sombres » je n’arrive plus à me souvenir pourquoi .
    Mais tu me donnes envie de me plonger dans ce roman.
    La solitude de la campagne ,la force des rancœurs et des ragots terrifient la citadine que je suis.
    Luocine

    • L’Amérique profonde crée tout de suite une ambiance des plus pesante…

  5. je suis tentée aussi !

    • Les amateurs de littérature américaine devraient être comblés avec ce titre.

  6. Comment oses-tu commencer un billet par « Voulez-vous du grand roman américain ? »
    Forcément que j’en veux et que je m’empresse de le noter, tu penses bien !

  7. Si tu fais référence aux « lieux sombres » et à « seul le silence », je ne tergiverse pas, je note 🙂

    • J’aurais même bien pris quelques pages de plus…

  8. M’enfin, tu as écris tous les mots déclencheurs pour moi??? ^_^

  9. Après un tel billet, comment ne pas noter ?

    • Oui, il le faut, d’autant plus que je n’ai pas lu beaucoup de choses au sujet de ce livre dans la presse ou sur les blogs : c’est bien dommage.

  10. Je n’avais pas aimé « Seul le silence » mais beaucoup « les lieux sombres ». Mais devant ton coup de coeur, je note.

    • Il y a donc des gens qui n’ont pas aimé Seul le silence… mince alors, je croyais que ça n’existait pas…

  11. Dans tes références, je n’ai lu qu’Ellory mais cela suffit à déclencher le besoin de noter 😉

    • Je te comprends, cet auteur est vraiment addictif. Un autre livre sort ces temps-ci, je n’ai pas encore lu le précédent malheureusement, il me faudrait deux vies !

  12. Décidément, en ce moment, tu lis les romans dont j’ai envie avant moi ! Celui là m’attend bien sagement et j’en attends beaucoup. On m’a parlé aussi de Ron Rash pour la comparaison ! Amitiés

    • Je n’ai lu qu’un roman de Ron Rash, c’est-à-dire pas assez, mais oui, je pense que cette comparaison est possible aussi.

  13. Je l’ai !!

  14. Oh là, oui, ce n’est pas peu dire !

    • J’aime bien sortir les références impressionnantes de temps en temps 🙂

  15. Je n’ai vraiment pas été super enthousiaste avec Seul le silence et d’expérience, j’ai l’impression que ce type de récits ne me correspond pas trop, où alors il faut que mon esprit soit disponible et disposé, du coup, je suis dubitative.

    • C’est un roman d’ambiance très sombre, j’imagine bien que ça ne peut pas plaire à tout le monde.

  16. Je ne connaissais pas. ça met en appétit pour une belle lecture.

    • Tant mieux car je trouve qu’on n’a pas beaucoup parlé de ce roman, pas encore en tout cas.

  17. Anthracite

    J’ai craqué, il est sur ma pile, tu en parles tellement bien et comme j’ai adoré « un pied au paradis » de Ron Rash… Alors hier soir mes pas m’ont emmenée à la librairie.

  18. J’ai trouvé la mise en place très très longue qui m’a découragé très vite…

    • Il est certain que c’est un roman d’ambiance et que les choses se mettent en place tranquillement. Tu aurais dû persévérer…

  19. tu as le don de savoir convaincre…

  20. Oh que je suis contente de lire un tel billet ! Il m’attend !!!

  21. Tu es très persuasive et je note avec plaisir.

    • Tu m’en vois ravie car je suis certaine que tu ne le regretteras pas.

  22. Bon, que puis-je faire d’autre que noter ?

  23. Stephie

    Trop bien, il est sur ma PAL et je suis en manque d’un bon polar, dans mes lectures ces temps-ci 😉

  24. Un grand roman américain, comment résister ?

  25. Repéré aussi et un de ceux que j’ai noté pour cette rentrée… Ton billet m’enchante et me dit qu’il devrait faire parti des élus ;0)

    • J’espère achever de te convaincre qu’il faut vraiment le lire celui-la.

  26. Moi aussi, je note… Pas le choix.

  27. Je viens de le terminer. C’est un excellent roman. Je ne suis pas trop polar (et n’en lis que très peu d’ailleurs), mais Bent Road nous plonge dans une atmosphère très particulière à laquelle j’ai totalement adhéré. Merci pour cette recommandation.

    • Ravie qu’il t’ait plu. L’ambiance est effectivement vraiment très prenante et réussie. Et cette histoire de famille, vraiment sombre, comme on aime 😉

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