A l’irlandaise de Joseph O’Connor

O'Connorcoeur animéPeut-être Bill Sweeney, héros de Joseph O’Connor, est-il authentiquement irlandais, comme le suggère le titre français, en tout cas, il est authentiquement humain : pas du tout un héros, juste un type avec une bonne dose de malheurs, quelques joies et un passé qu’il ressasse.

Bill Sweeney, narrateur, écrit pour sa fille Maeve qui probablement ne le lira jamais. Suite à une agression dans une station-service où elle travaillait, la jeune femme est plongée dans le coma depuis des mois, sans aucun signe d’amélioration. Il assiste au procès des agresseurs, mais l’un d’eux, Donal Quinn le principal responsable, parvient à s’échapper avant d’être jugé. Bill décide de le retrouver pour faire justice lui-même. Commence alors une traque au cours de laquelle il retrouve puis piste sa cible pendant des semaines. Il engage un type bas du front via un autre type bas du front pour le tabasser. Mais les choses se passent autrement : Bill kidnappe ce Quinn agressif et provoquant et l’enferme chez lui, dans une maison isolée. Commence alors un face à face entre le père et l’agresseur, face à face entre hommes des plus inattendu.

Entre le récit que fait Bill de la détention de Quinn, s’inscrit son histoire à lui et celle de Grace sa femme, de Lizzie, fille de Grace et bientôt de Maeve, leur fille à tous deux. Une vie de couple irlandais dans les années 60 qui devient vite impossible en raison de l’alcoolisme de Bill qui perd jusqu’à son métier d’enseignant et fait plusieurs cures de désintoxication, en vain.

Tout au long des pages de la longue confession de Bill, on comprend comment un homme peut se détruire et détruire son bonheur, sa famille. Il n’a pas beaucoup de volonté Bill, voyageur de commerce, et il faudra le désir de vengeance pour le faire agir par lui-même. Pourtant, la confrontation entre les deux hommes ne prend pas du tout le tour attendu. Quinn est un autre écorché, un violent, un homme sans plus rien, comme Bill. Les deux hommes vont donc rapprocher leur solitude.

Le lecteur de Joseph O’Connor, impuissant suit Bill pas à pas et son humanité bouleverse. Il est tellement commun, tellement proche de n’importe qui qu’on n’a aucun mal à le connaître, même si on ne comprend pas toujours ses réactions (voire « parce qu’on ne les comprend pas toujours »). Un père aimant, meurtri, solitaire mais qu’on n’aimerait certainement pas faire sien tant il a aussi de contradictions et de défauts. On a envie de le secouer, de lui dire de ne pas faire ça, bref, on vit à ses côtés le temps de quelques pages irlandaises et tristes mais où l’humour n’est pas absent. Car le roman offre aussi un point de vue social sur l’Irlande, point de vue qu’il vaut mieux aborder avec humour sous peine d’écrire une longue lamentation.

On était à Dublin, là où j’habitais. Aucune célébrité ne se déplaçait jamais à Dublin… je vivais dans un endroit qui n’existait pas. Mais les Beatles étaient là, dans le même pays et dans la même ville – dans le même lieu – que Grace Lawrence et moi ! La seule autre célébrité à être apparue en Irlande avant eux, c’était la Sainte Vierge. Mais cela se passait à Knock. Je l’ai donc ratée.

Logo anniversaire

Joseph O’Connor a aujourd’hui cinquante ans.

 

A l’irlandaise

Joseph O’Connor traduit de l’anglais par Isabelle D. Philippe
Robert Laffont (Pavillons), 1999
ISBN : 2-221-08853-0 – 353 pages – 21 €

The Salesman, parution en Irlande : 1998

 

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27 commentaires sur “A l’irlandaise de Joseph O’Connor

  1. Encore une tentation… tu exagères!

    • J’en ai bien conscience… mais je suis aussi contente de choisir des livres qui me plaisent beaucoup…

  2. O’Connor est un très grand auteur!!

    • Dire que je ne m’en rends compte que maintenant…

  3. ça a été le roman de ma découverte de Joseph O’Connor, et j’ai aimé beaucoup de ceux que j’ai lu ensuite. Pas « Muse » à ma grande déception… attendons le prochain !

    • C’est le premier pour moi et vraiment pas le dernier, je me demande même comment je ne l’ai pas lu avant…

  4. Je n’ai encore honoré aucun anniversaire, shame on me, et en plus j’ai adoré ce que j’ai déjà lu de joseph O’Connor (ionishowen…) J’avais l’intention de lire Muse, c’est raté pour cette fois, et A l’irlandaise a failli me sauter dans les mains en librairie. Ce n’et que partie remise…

    • Il reste encore bien des auteurs, et je vais me mettre à en chercher pour 2014 : tu seras la bienvenue, je me sens un peu seul à porter le gâteau 🙂

      • J’aimerais être au rendez-vous pour Morpurgo et Maynard, quand même !

  5. J’aime bien l’extrait que tu cites, plein d’humour.

    • Il y en a d’autres comme ça, mais celui-ci est une perle, je m’en souviendrai.

  6. Tu es gâtée en ce moment niveau lectures !! J’ai repéré ce titre depuis longtemps mais je ne me suis pas encore plongée dans la découverte de cet auteur.
    Comme je suis très sage, j’ai quand même entamé « Bent Road », et pour l’instant ce n’est que du bonheur.

    • Je ne lis pas tout exactement dans l’ordre où je publie, mais globalement, j’ai enchaîné pas mal de bonnes lectures. Ce qui me donne envie de lire encore et encore !

  7. Tout à fait d’accord avec toi : A LIRE ABSOLUMENT !
    C’est le titre avec lequel j’ai découvert O’Connor, il reste à ce jour mon préféré, et aurait une place de choix si je devais établir un « Top » de mes lectures les plus marquantes.
    Personnellement, j’ai adoré Muse, contrairement à Kathel, et je viens de publier un billet sur Redemption Falls, qui est aussi un coup de cœur…

    Ce que je trouve de remarquable, avec cet auteur, c’est qu’il est capable d’atteindre l’excellence dans des registres différents.

    • Le titre que j’avais noté en priorité c’était L’étoile des mers mais il n’était pas à la bibliothèque. Après cette enthousiasmante lecture, je sais que je lirai à nouveau cet auteur, en tout cas ce père, je ne suis pas prête de l’oublier.

  8. C’est aussi le titre avec lequel j’avais lequel jamais découvert cet auteur : sans modération, à lire absolument avec plaisir et délectation. « L’étoile des mers » dans un genre complétement différent, est un régal de roman d’aventure, « Muse » encore autre chose, mais tout aussi bien. Je rejoins Ingannmic, O’Connor semble écrire chaque fois dans un genre romanesque différent, et à chaque fois tombe dans le meilleur ( même si j’ai bloqué sur « Rédemption falls » !) Bonne suite de découvertes.

    • Les auteurs qui se renouvellent à ce point ne sont pas si courant. Je suis à 100% pour le roman d’aventure, je relirai donc O’Connor, en m’en réjouissant d’avance.

  9. 2 coeurs bondissants à la suite ? N’abuserait-on pas de son pouvoir de coeurisation ? Tu sais que je ne résiste pas à ces petits coeurs….

    • Tu as de la chance, je ne les vois pas bouger ces cœurs… 🙂

  10. Ce n’est pas banale comme histoire. Sans ton commentaire je ne me serai jamais tournée vers un livre comme celui-ci.
    Sinon quelque chose qui t’attend sur mon blog. Mais tu en fais ce que tu veux.

    • Il est certain qu’on ne s’attend pas du tout au tour que prend la rencontre entre les deux hommes…

  11. Après un tel avis, comment résister. Ça semble être une lecture dont on sort difficilement indemne.

  12. J’aime beaucoup ses nouvelles mais n’ai jamais réussi à accrocher à ses romans.

    • Et moi je ne lis guère de nouvelles, mais avec un tel auteur, ça pourrait venir.

  13. Phileascode

    Je viens de découvrir cet auteur avec « Maintenant ou Jamais ».
    J’ai beaucoup aimé au point de m’offrir à ma fille.
    Ce que je viens de lire sur vos commentaires l’indique que cet écrivain va revenir entre mes mains sous peu!

    • Sandrine

      Bienvenue et merci pour ce commentaire. Qui me fait regretter de ne pas avoir lu Maintenant ou jamais cet été : ce roman était dans mes bagages, malheureusement, comme chaque été, j’ai emporté bien plus que je n’ai pu lire… mais ce n’est que partie remise !

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