Monstres à l’état pur de Miguel Ángel Molfino

Monstres à l'état purLe titre annonce la couleur : pas d’enfants de chœur dans Monstres à l’état pur, le premier roman de Miguel Ángel Molfino, mais des êtres durs, façonnés par la misère et un territoire hostile. Miro, adolescent un peu simplet, a toujours vécu à Estero del Muerto, province de Chaco, bout du monde et de l’espoir. Il passe sa vie sur le toit du hangar de la maison paternelle. C’est de là qu’il voit surgir deux inconnus qui une fois à l’intérieur tuent son père et sa mère : trois coups de feu et les Hordt ne sont plus. Avec l’aide d’un employé indien, il enterre les corps et prend la fuite. Pour la police, les trois membres de la famille sont portés disparus.

C’est alors que la route de Miro croise celle d’Hansen, un violent qui fait du trafic d’armes. Il prend le jeune garçon en stop  et flairant la situation difficile dans laquelle il se trouve, fait en sorte de se l’attacher pour qu’il serve ses plans au moment de rencontrer ses acheteurs paraguayens.
De loin en loin, le lecteur de Monstres à l’état pur suit aussi Maciel, un avocat véreux qui avec l’aide de deux acolytes organise l’attaque d’un fourgon, ainsi que le commissaire Velarde qui mène l’enquête sur la disparition  de la famille Hordt.

N’allez cependant pas croire qu’il existe une justice dans cet univers-là ou même que la loi y ait le moindre sens. Non. L’enquête du commissaire Velarde n’est rien d’autre qu’une façon de se désennuyer et passe par le meurtre et le viol de témoins. L’avocat quant à lui n’hésite pas à tuer le journaliste qui en sait trop sur son cas. Car tous sont des « monstres à l’état pur », tous sauf Miro qui se trouve à un moment charnière de sa vie où il peut encore choisir entre être un hors-la-loi ou un … un quoi au fait ? Miro a supporté durant son enfance la violence de son père qui le guide sur la voie d’une lubricité bestiale. Avec Hansen, il goûte à la liberté, la vie facile, la violence propre des armes à feu, l’argent à portée de main : une éducation criminelle qui transforme un adolescent rêveur en orphelin tueur.

Miguel Ángel Molfino tourne pour son lecteur un film de gangsters version argentine, sans rédemption ni retour en arrière. A Miro qui espère qu’« il doit bien y avoir une main capable de fermer les paupières du mal et de les faire se rouvrir sur une autre terre plus douce et meilleure » on peut répondre que non, que cette Argentine de la fin des années 60 n’a rien à apporter à quiconque. Car si quelques-uns des personnages décrits par Molfino ne sont pas des « monstres à l’état pur », ils n’en sont pas moins d’une façon ou d’une autre désespérés.

Entre marginaux, violence et Ford Falcon, Miguel Ángel Molfino s’impose dans le roman noir porté par un territoire extrême et une écriture sèche. La tension s’articule autour d’une économie de mots et de quelques scènes très visuelles. Un brin de poésie aussi, celle de la désespérance au bout du chemin.

 

Monstres à l’état pur

Miguel Ángel Molfino traduit de l’espagnol par Christilla Vasserot
Ombres noires, 2013
ISBN : 978-2-0812-8265-0 – 277 pages – 20 €

Monstruos perfectos, parution en Argentine : 2010

 

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10 commentaires sur “Monstres à l’état pur de Miguel Ángel Molfino

  1. ouh la! ça n’a pas l’air de tout repos, ça… je passe mon chemin.

    • Ça n’est pas une lecture de tout repos, en effet…

  2. La poésie de la désespérance ne me tente pas trop.

    • Il y a pourtant de bien beaux passages dans ce roman.

  3. Un peu noir de noir pour moi je crois 🙂

  4. Je suis preneuse, de temps en temps, de ce genre de livres…

    • Ah merci, je commençais par croire que j’avais effrayé tout le monde 😉

  5. Après avoir lu récemment Compagnie K de W. March (conseillé par un de mes libraires) et que tu as lu également, j’ai besoin de légèreté!

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