Blanche Maupas de Macha Séry et Alain Moreau

Blanche MaupasIl est des destins qui se prêtent au romanesque. Celui de Blanche Maupas est tellement symbolique qu’elle est devenue une icône, « la veuve de tous les fusillés » comme le souligne le sous-titre de ce livre.

Sous-titre qui laissait augurer du pire quant au ton de cette biographie romancée. Heureusement, les auteurs ne sont pas tombés dans le grandiloquent qui fait parfois sombrer les meilleures intentions dans un grandiose de pacotille. Le ton reste sobre, proche des faits, même si les auteurs prêtent parfois à Blanche Maupas des pensées ou intentions à l’évidence fictionnelles. C’est ce que permet la biographie romancée.

La première partie s’intéresse moins à Blanche Maupas qu’à Théophile Maupas, instituteur normand mobilisé en septembre 1914 malgré ses quarante ans. On suit rapidement ses premiers jours, semblables à ceux de tant d’autres, pour arriver à Souain en mars 1915. C’est là, dans une tranchée, après deux jours sans dormir ni manger, que le caporal Maupas refuse de sortir avec ses soldats pour aller se faire pilonner par l’artillerie allemande et l’artillerie française à la fois. Il est absolument impossible d’obéir à l’ordre de cisailler les barbelés sans se faire tuer. Quelques heures plus tard, à peine quelques jours, Maupas et trois autres caporaux sont fusillés pour lâcheté face à l’ennemi.

Pour Blanche, désormais seule institutrice du village, tout bascule. Elle se retrouve non seulement seule avec deux enfants et sans pension de guerre, mais elle doit affronter le mépris des habitants qui n’ont pas de mots assez durs pour la famille d’un traitre à la patrie en ces temps belliqueux. La jeune femme refuse de croire ce que l’armée dit de son mari et décide de comprendre ce qui s’est vraiment passé à Souain.

Avant même la fin de la guerre, elle rencontre des soldats en permission ou démobilisés. Sur son vélo, elle parcourt des kilomètres pour les rencontrer. Mais ils ont peur, craignent des représailles de l’armée (des semaines en première ligne) et lui promettent de témoigner après la guerre. Une fois la guerre terminée, ils tiennent leur promesse mais on cherche à la décourager : mieux vaut profiter de la victoire que ressasser des horreurs. Mais Blanche ne désarme pas et bientôt, elle entraine des milliers de personnes dans son sillon, jusqu’à la Ligue des Droits de l’Homme. Si l’opinion publique la soutient, son dossier de réhabilitation est sans cesse rejeté, tandis que les officiers responsables des fusillades sommaires telles celle de Souain sont disculpés.

Blanche vivra et vieillira pour cette cause qu’elle finira par emporter, en « hussarde de la république ». Le combat de Blanche c’est celui d’une femme contre l’injustice, mais aussi celui de la chair à canons contre les généraux planqués et intouchables : « c’était la guerre des gradés contre les sans-grade, des pommadés contre les bêtes de somme, de ceux qui décidaient contre ceux qui exécutaient ».

Humphrey Cobb, écrivain américain s’est engagé dès 1916 dans l’armée canadienne pour combattre en France. En 1935, il publie Path of Glory (dernière édition en français : 1968) sur l’affaire des caporaux de Souain, qui deviendra un film de Stanley Kubrick en 1957. Il faudra attendre 1975 pour qu’il sorte en France.

La ville de Satilly (où vécut Blanche Maupas) présente un document sur les quatre caporaux de Souain.

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Blanche Maupas, la veuve de tous les fusillés

Macha Séry et Alain Moreau
L’Archipel, 2009
ISBN : 978-2-8098-0232-0 – 236 pages – 17.95 €

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9 commentaires sur “Blanche Maupas de Macha Séry et Alain Moreau

  1. L’histoire m’intéresse beaucoup, preuve que dans n’importe quelles circonstances, des êtres courageux tiennent tête, je le note.

    • Et pour tenir tête à l’armée française, il en faut du courage…

  2. je ne connaissais pas du tout cette femme bien courageuse, son mari l’a été aussi tout comme ceux qui ont refusé les ordres absurdes et qui l’ont payé de leur vie

    • Il y a eu un film, ou téléfilm (que je n’ai pas vu) sur sa vie. Et Alain Moreau a tourné un documentaire sur les fusillés.

  3. Je note aussi… Il me sembla avoir entendu il y a peu un reportage télé sur d’autres familles qui tentent de faire réhabiliter leurs ancêtres.

    • Malheureusement, certains cas ne sont pas encore réglé. On comprend très bien dans le livre la vie d’infamie que mène la famille de ceux qui ont été fusillés…

  4. Passionnant destin de femme ! Comme Aifelle et Anne, je note.

    • Tout à fait. Je n’aime pas en général les portraits de femmes, toujours engagés ou démonstratifs, mais là…

  5. je note mais pas pour tout de suite.

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