Mourir, la belle affaire de Alfredo Noriega

Mourir, la belle affaireAmateurs de polars hors du commun, Mourir, la belle affaire d’Alfredo Noriega est fait pour vous. Dépaysant à plus d’un titre, ce « premier roman policier équatorien publié en France » étonnera le lecteur, le malmènera peut-être au rythme d’une narration originale, mais lui ouvrira les portes d’un pays méconnu et de sa capitale, Quito.

On en apprend beaucoup sur l’Equateur, notamment en matière de conduite automobile : les Equatoriens conduisent vite et mal, le nombre d’accidents recensés dans le roman le prouve. C’est d’ailleurs sur un accident de la circulation que s’ouvre Mourir, la belle affaire. Trois jeunes dont la Subaru est percutée par une Cherokee : María del Carmen est la seule survivante et le chauffard s’est enfuit. Deux ans plus tard, le corps de María est retrouvé : suicide, meurtre, accident ? L’inspecteur Heriberto Gonzaga s’interroge, fouine, et découvre que l’enquête sur l’accident a été bâclée. Sans grandes difficultés, il retrouve le propriétaire de la Cherokee, un certain architecte nommé Ortiz  impliqué dans le blanchiment d’argent.

Ce résumé ne rend pas justice à l’exubérance du roman d’Alfredo Noriega. C’est qu’en lisant Mourir, la belle affaire, on est rapidement emporté par un rythme d’écriture, un flot d’actions et des personnages qui retiennent l’attention par leur originalité. Au premier rang desquels l’inspecteur Gonzaga aux méthodes pour le moins expéditives. Il n’hésite pas à frapper et menacer de mort un témoin pour obtenir des renseignements, à tuer le coupable présumé (l’architecte Ortiz), puis à s’enfuir pour échapper à la police (dont il fait partie et non sans être retourné sur ses pas pour tuer aussi le témoin…). Étonnant. Et détonnant.

D’autant plus que la narration part dans tous les sens, revenant régulièrement à un narrateur à la première personne, médecin légiste de son état entre les mains duquel les nombreux cadavres de Mourir, la belle affaire vont passer. L’occasion pour Alfredo Noriega de tracer de multiples micro-portraits d’une grande efficacité romanesque, donnant au roman le rythme de ces vies fracassées et à la ville un fourmillement de vitalité. Avec le sens de la formule et un minimum de mots.

C’est que si Quito est « la ville de la spiritualité sud-américaine », c’est aussi une ville violente aux « maux incurables » dont la logique s’enchaîne irrémédiablement. La police y est inefficace et corrompue, laissant fleurir règlements de compte personnels et crime organisé.

Les mœurs des Quiténiens sont exposées sans aménité par Alfredo Noriega tout comme la situation géographique de la capitale aux conditions naturelles exceptionnelles : perchée à plus de deux mille huit cents mètres d’altitude, la ville se développe au pied d’un volcan dont la dernière éruption date de 1999. Vivante et exigeante, elle oblige ses habitants à vivre avec le froid, la pluie, la boue et les glissements de terrain. On ne la dirait pas faite pour les hommes, qui pourtant s’accrochent.

Il fait parfois beau à Quito, il y a même un très beau centre historique colonial, mais pas dans le roman d’Alfredo Noriega.

Quito a cessé d’être la jolie capitale coloniale, paisible et douce, suspendue à ses tâches quotidiennes et empêtrée dans sa politique nationale, comme une mariée à laquelle on a mis un voile trop grand et trop clinquant. Personne ne regarde en arrière, vers ces décennies de croissance urbaine, cette époque om on aurait pu faire quelque chose et où on n’a rien fait pour que la ville s’épanouisse harmonieusement et sans mettre en danger la vie de ceux qui allaient s’y installer.

Une présentation de l’auteur sur le site de son éditeur français.

 

Mourir, la belle affaire

Alfredo Noriega traduit de l’espagnol par Nathalie Lalisse-Delcourt
Ombre Noires, 2013
ISBN : 978-2-0812-7796-0 – 243 pages – 19 €

Tan solo morir, parution originale : 2010

 

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19 commentaires sur “Mourir, la belle affaire de Alfredo Noriega

  1. Salut, celui là fait partie de mes prochaines lectures car je suis poussé par la curiosité. ton billet ne fait qu’ajouter à mon envie ! Amitiés

    • Moi aussi j’étais bien curieuse de la version équatorienne du polar. Il y a bien sûr un fond commun de violence urbaine dans ces villes jadis coloniales, mais en plus la voix est originale. A lire donc.

    • Alfredo Noriega sera chez Filigranes (Avenue des Arts à Bruxelles) le lundi 2 décembre à partir de 20 h pour dédicacer: « Mourir, la belle affaire » lors d’une nocturne organisée au profit du Fonds Erasme pour la recherche médicale.
      Merci à lui d’être présent! Une belle occasion de le rencontrer.
      Geneviève Fonds Erasme

  2. Aifelle

    Intéressant, je le note. Un de mes anciens collègues avait fait de l’humanitaire 1 an en Equateur, il m’avait parlé de la conduite ultra-dangereuse des Equatoriens.

    • Cette fiction repose donc bien sur des faits concrets !

  3. Oooh alors là, je note ! Jamais rien lu côté Equateur, c’est l’occasion !

    • C’est exactement la réflexion que je me suis faite 😉

  4. Une tentation de plus ! Le roman policier est souvent idéal pour découvrir des coins méconnus !

    • Islande, Scandinavie, Amérique latin : que de voyages !

  5. Bonne occasion d’élargir mes lectures.
    Plus dramatique : deux ex collègues étaient profs au lycée de Quito, accident de voiture, bilan, lui et le bébé morts. Elle survivante….

    • C’était un peu une boutade ma phrase, parce que je trouvais qu’il y avait vraiment beaucoup d’accidents de voitures dans ce roman, mais c’est sans doute une réalité vraiment dramatique…

  6. Bonjour Sandrine, je le note car j’aime bien lire les romans policiers autres qu’américain, scandinaves et français. Bon dimanche.

  7. Narration qui part dans les sens, étonnant, détonnant, exubérance … Rien que des mots qui me tentent. Surtout que la littérature sud américaine, je connais peu, sauf les classiques étiquetés « réalisme magique », mais là on en semble loin.

    • Pas de réalisme magique ici, mais d’une certaine façon, c’est flamboyant.

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