Un vent de cendres de Sandrine Collette

Un vent de cendresAprès une entrée remarquée en littérature noire l’an passé avec Des nœuds d’acier, on attendait le deuxième roman de Sandrine Collette à la fois avec impatience et anxiété. Allait-elle concrétiser avec Un vent de cendres, ses débuts si prometteurs ?

On trouve à Un vent de cendres bien des points communs avec le précédent roman, sans pour autant qu’il y ait redondance. On pourrait plutôt parler d’une patte, si ce n’était encore un peu tôt. D’abord la campagne française, ici la Champagne et ses vignes, la nature domestiquée, le terroir soumis à la productivité. Et Sandrine Collette, encore une fois, a la ruralité inquiétante.

Il y a cette conviction dont il sait maintenant qu’elle est stupide, d’une nature immense et sereine dans laquelle il aurait marché longtemps, et dont il serait ressorti changé, purifié, presque heureux. D’un coup de baguette magique ! En entrant dans la forêt il a attendu que ça marche, comptant les secondes. L’espace et le temps suspendus, la présence imperturbable des grands arbres, une certaine tranquillité contagieuse. Des clous tout ça. Les mains sur les hanches, de plus en plus furieux, il observe autour de lui le bois glauque de l’aube et sa lumière triste à crever. Sous l’arche noire des chênes et des charmes, il peine à distinguer le sentier, l’a perdu plusieurs fois.

Quand Malo pénètre dans cette forêt, de nuit, le lecteur a déjà lu environ quatre-vingt-dix pages et il sait que ça va mal se passer pour lui. Car à nouveau, Sandrine Collette distille l’inquiétude, crée une atmosphère qui sous des airs bon enfant (ici les vendanges) se charge peu à peu de doutes et de craintes.

Malo et sa sœur Camille, ainsi que d’autres jeunes gens, arrivent sur le domaine d’Octave et Andreas fin septembre pour une semaine de vendanges. On ne voit pas beaucoup les propriétaires, c’est Lubin le contremaître qui s’occupe de tout. Quelque chose pourtant cette année fait sortir Octave de sa grande maison. Ce quelque chose, le lecteur le sait, c’est Camille, si belle, si jeune. Camille qui ressemble beaucoup à Laure, jeune femme qui mourut décapitée dix ans plus tôt dans un accident de voiture qui laissa Octave défiguré et claudicant et Andréas à moitié fou. Ou complètement. Laure était sa jeune épouse.

Dès lors, entre les deux hommes, la rivalité s’installe, la jalousie s’aiguise : Andreas défend à Octave de s’approcher de Camille, mais comment pourrait-il l’en empêcher lui qui ne sort jamais ? Malo quant à lui ne voit pas d’un bon œil l’attirance incompréhensible de Camille pour Octave : hors de question que sa sœur fricote avec un monstre pareil.

C’est quand les tensions sont à leur comble que Malo entreprend sa virée nocturne en forêt… Un peu comme quand les jeunes écervelés pénètrent de nuit dans la cave dans les films d’horreur…

Sandrine Collette semble entretenir un goût certain pour les perversions humaines en tout genre. Elle sait placer ses personnages dans des situations ultimes, les rendre prisonniers de leurs propres choix. La manipulation est aussi un art qu’elle maitrise. Les meilleurs ingrédients du roman noir donc, pour installer une ambiance oppressante qui va crescendo. Si Un vent de cendres ne provoque pas la terreur intolérable suscitée par son précédent roman, il est certain que c’est un roman qui installe définitivement Sandrine Collette dans le paysage littéraire.

Sandrine Collette sur Tête de lecture

 

Un vent de cendres

Sandrine Collette
Denoël (Sueurs froides), 2014
ISBN : 978-2-20711736.1 – 260 pages – 18 €

 

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29 commentaires sur “Un vent de cendres de Sandrine Collette

  1. Je n’ai pas encore lu son premier roman dont j’ai lu beaucoup de bien mais dont le sujet me fait un peu peur, j’avoue que ce second titre me tente davantage

    • A mon avis, le premier était plus insupportable psychologiquement parlant, voire même révoltant. Celui-ci, je le dirais surprenant, enfin moi, je me suis laissé avoir, comme toujours…

  2. C’est souvent chez toi que je trouve les premières critiques des livres que je repère…J’avais beaucoup aimé Des noeuds d’acier et je me demandais bien ce qu’allait donner ce second titre de l’auteure. Je vois qu’il est de tout aussi bonne facture. Bon ben, noté alors…

    • Eh bien tu vois, je me suis posé aussi la même question, j’ai eu la curiosité impatiente 😉

  3. J’ai eu la surprise de trouver les deux livres dans ma BAL ce matin, je vais donc pouvoir juger sur pièces !

  4. Je ne la connais pas encore mais les bons billets que je lis sur elle me font envie, j’aime bien quand la peur s’instille doucement… mais elle va attendre que je retrouve un rythme de lecture « normal » et que baisse ma PAL… (je note malgré tout^^)…

    • Si tu aimes les ambiances qui s’installent progressivement et efficacement : ce livre est pour toi.

  5. Son premier m’avait littéralement scotchée et j’ai donc hâte de découvrir à mon tour celui-ci !

  6. Syl.

    ce n’est pas un remake de « La belle et la Bête » hein ?! Je note car j’ai déjà les pétoches… j’aime bien !!!

    • Excellente référence car il y a de ça : il est difficile de comprendre ce qui attire Camille dans Octave alors oui, la Belle et la Bête, il peut y avoir de ça…

  7. J’ai hâte de découvrir son deuxième roman ! 🙂

  8. Une auteure qu’il faudrait vraiment que je découvre. Je pense profiter des prochains Quais du Polar (où elle sera)

    • Ça sera certainement très intéressant de l’écouter. De toute façon, édition exceptionnelle : ELLROY !

  9. tu sembles conquise!

    • Eh bien tel que c’est là, je lirai son 3e roman, et puis le 4e, le 5e… 🙂

  10. je n’ai pas lu son premier ( honte à moi !) mais j’en ai tellement entendu parlé que je ne compte pas laisser passer son second sans le lire !! d’autant que ta chronique me donne bien envie encore une fois !

    • Comment ça tu n’as pas lu Des noeuds d’acier ?! Privée de fromage la petite souris, et trois jours de piquet !

  11. Une auteure que je ne connais pas. Je vais aller lire son blog….

    • Ce n’est que son deuxième livre, que je t’engage à découvrir.

  12. J’ai inscrit cette auteure à découvrir il y a quelques jours. J’ai remarqué son 1er titre dans un petit prospectus littéraire

    • Et sur les blogs non ? On en a pourtant beaucoup parlé… comme quoi, il faut toujours répété 😉

  13. Un nom qu’on voit beaucoup mais je ne sais pas si ce genre de roman est pour moi.

  14. Etrangement, ce roman m’a plus accrochée encore que le précédent. Je lui ai trouvé un faux air de Kasischke.

    • Ah oui effectivement pourquoi pas, dans cette ambiance pesante que cette auteur américaine sait si bien mettre en place (mais sans l’omniprésence de la Nature).

  15. Ton article et les différents commentaires (parallèle avec Laura Kasischke) me confirment qu’il va certainement falloir que je le lise ! J’ai lu le mois dernier son premier donc c’est très frais dans mon esprit…

    • Celui-ci se lit très rapidement, parce qu’il est court mais aussi vraiment prenant. Il te plaira sans doute puisque tu as aimé le précédent.

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