Le tueur hypocondriaque de Juan Jacinto Muñoz Rengel

Le tueur hypocondriaqueLa littérature espagnole traduite en France nous donne rarement l’occasion de rire. Aussi profitons sans hésiter d’un roman, noir à la base mais rapidement loufoque, qui décline les tracas et malheurs d’un assassin aussi consciencieux que malade : le tueur hypocondriaque.

M.Y. est argentin, comme sa victime Eduardo Blaisten. Depuis un an et deux mois, il le suit, traquant ses habitudes et cherchant le moment propice pour commettre son crime. Il connait à la minute près son emploi du temps, anticipe ses déplacements. Alors quoi ? Depuis plus d’un an, pourquoi n’est-il toujours pas passé à l’acte (pour lequel il a déjà été payé) ?

C’est que M.Y., le tueur hypocondriaque et narrateur, a plusieurs problèmes dans la vie dont la malchance. C’est à cause d’elle n’en doutons pas qu’il souffre d’un nombre incalculable de maladies, extrêmement rares pour la plupart : malédiction d’Ondine, aphasie de Wernicke, syndromes de Proteus, de Moebius, du spasme professionnel. Sans compter qu’il louche, souffre de gigantisme du pied droit, d’une insuffisante bande de gencive kératinisée et transporte dans une excroissance de son cou son frère jumeau tué in utero.

Cet incroyable catalogue de maladies toutes plus loufoques les unes que les autres pourrait s’avérer laborieux si Juan Jacinto Muñoz Rengel n’ajoutait à cette complainte une réjouissante érudition. Car M.Y. ne cesse d’invoquer les grands malades de la littérature et de la philosophie. Kant, Voltaire, Poe, Proust, Tolstoï : tous ont été de grands malades mais aussi de grands génies dans leur genre. Et le narrateur de tisser liens et comparaisons entre tous ces hommes illustres et souffrants et lui-même. Ils sont morts dans la solitude, comme lui demain. Car M.Y. est certain de ne pas passer la journée, ses battements de cœur, sa température, sa tension le lui confirment.

Le samedi matin, je me suis réveillé mort finalement. J’ai appelé les secours, pourtant, lorsqu’ils sont arrivés, par l’oeuvre d’un puissant miracle, mon cadavre a montré une nette amélioration. En ouvrant les yeux, comme dans un rêve, j’ai vu un pâle infirmier aux gestes douteux, agenouillé près de celui à qui il avait rendu la vie.

Pour un petit break potache en apparence mais fourmillant d’anecdotes littéraires, on lira avec plaisir Le tueur hypocondriaque qui est au roman noir ce que La soupe au chou est au roman de science-fiction…

 

Le tueur hypocondriaque

Juan Jacinto Muñoz Rengel traduit de l’espagnol par Catalina Salazar
Les escales, 2013
ISBN : 9782365690447 – 240 pages – 21,50 €

 

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21 commentaires sur “Le tueur hypocondriaque de Juan Jacinto Muñoz Rengel

  1. j’avoue m’être beaucoup ennuyée à la lecture de ce roman,le procédé très drôle au début devient trop vite pour moi, répétitif , pourtant j’étais conquise car j’avais lu de bons billets sur les blogs
    Luocine

    • Ah bon ?! J’ai trouvé justement que le fait d’impliquer tout un tas d’auteurs et philosophes célèbres dans cette histoire permettait d’éviter l’ennui en s’attachant à d’autres qu’au narrateur…

  2. Très convaincant ! Ça devrait me plaire ça à 100% ça ! Litté étrangère, loufoque, ça a l’air effectivement drôle et original. Noté !

  3. keisha

    Je suis passée à côté, ennui à partir d’un certain moment, donc, abandon.

    • Eh bien j’ai vraiment eu de la chance avec ce livre, ce doit être tout à fait mon genre d’humour car je ne me suis pas ennuyée une minute…

  4. Rien que le titre (génial), je me dis « ce texte doit être quelque chose ! » (bon, ok ma réflexion n’est guère éloquente) et à te lire, je pense aussi que ce n’est peut-être pas le roman du siècle mais qu’il est là pour nous faire passer du bon temps (et rien que pour cette qualité, je dis un grand OUI !). Bisous

    • C’est tout à fait ça : pas un roman inoubliable mais de ceux avec lesquels on passe un bon moment et qui n’est pas complètement crétin…

  5. j’e, garde un très bon souvenir !

    • Tu me rassures, les autres lectrices semblent vraiment négatives.

  6. Dans le genre il y a aussi les polars de Carlos Salem : Aller simple par exemple…

    • Oui, le plus espagnol des Argentins et vraiment loufoque ce Salem !

  7. Pas pour moi, j’aurais peur d’attraper ses malades…..

  8. Ta dernière phrase me fait un peu peur !

  9. Je suis en train de le lire … enfin de le finir, et je passe un bon moment !

    • j’irai lire ton billet avec plaisir, contente de constater qu’il n’ennuie pas tout le monde 😉

  10. Tenté, le titre déjà, les allusions littéraires ensuite et le côté potache…

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