Jaurès de Morvan, Voulyzé, Macutay et Duclert

Jaurès couvertureIl y a cent ans jour pour jour, Jean Jaurès était assassiné. Symboliquement, sa mort signe la fin du pacifisme et le déclenchement de la guerre, la victoire des armes. Jean-David Morvan, Frédérique Voulyzé (scénario) – assistés de Vincent Duclert (historien) – et Rey Macutay (dessin) ont choisi de focaliser ce volume de la collection « Ils ont fait l’Histoire » aux derniers jours du grand orateur socialiste.

Jean Jaurès a marqué les mémoires, entre autres par la ferveur et l’ampleur de ses discours. Mettre en bande dessinée des discours-fleuves n’est pas un mince défi : très vite, la case est colonisée par le texte et à l’image, il ne se passe rien. Dessin et scénario doivent trouver une dynamique qui soutienne l’attention du lecteur tout en distillant assez d’information pour que le contexte historique reste compréhensible.

Macutay capture les positions et les mimiques de l’orateur en action, variant les « prises de vue » pour ne pas lasser tandis que les discours succèdent aux discours. Au scénario, l’exercice est plus difficile car la situation politique est pour le moins complexe. Pour que Jaurès ne reste pas l’homme de ses ultimes moments (lutte contre la loi des trois ans de service militaire, pour une solution diplomatique de l’attentat de Sarajevo), Morvan et Voulyzé choisissent d’insérer quelques flash-back qui rappellent les engagements de l’homme tout au long de sa vie : son élection dans le Tarn, l’affaire Dreyfus, la séparation de l’Eglise et de l’Etat…

Jaures vignette

Malgré quelques notes en bas de page, on ne peut à l’évidence pas tout faire entrer dans quarante-huit planches. C’est pourquoi celles-ci s’accompagnent d’un dossier final, quasi indispensable et de plus en plus courant en matière de bande dessinée historique. L’ampleur des engagements de Jaurès y est explicitée de façon didactique. Son humanisme par contre, c’est bien dans quelques détails de la bande dessinée elle-même qu’on le trouve, comme par exemple quand il conseille à la simple standardiste de L’Humanité de ne pas se surmener alors que lui ne ménage pas son temps. Car avant d’être un homme politique, Jean Jaurès est un humaniste, un homme proche des gens, attentif aux autres et sensible à l’injustice. On comprend son attachement à la notion de justice sociale, qui n’est pas qu’un principe mais le fer de lance de la République Jaurès-plancheet du progrès.

L’Histoire par les grands hommes est un angle d’attaque plus que rebattu, qui a depuis longtemps cédé la place à une approche plus sociale, humaine et intimiste. C’est certainement pourquoi cet opus sur Jaurès convainc quand même (malgré la trop grande densité de discours) car c’est avant tout un homme que l’on approche ici, un incorruptible et au final un perdant…

Le mois de juillet 1914 résume la vie de l’infatigable Jaurès, l’homme des discours autant que de l’action, le galvaniseur des foules qui comptait de nombreux opposants. Sa conviction n’a pas suffi face aux nationalismes et sa mort fut aussi celle de la paix.

Et pourtant l´espoir fleurissait
Dans les rêves qui montaient aux cieux
Des quelques ceux qui refusaient
De ramper jusqu´à la vieillesse

 La Première Guerre mondiale sur Tête de lecture

 

Jaurès

Jean-David Morvan et Frédérique Voulyzé (scénario) ; Vincent Duclert (historien) ; Rey Macutay (dessin) ; Walter (couleurs)
Glénat / Fayard (Ils ont fait l’Histoire), 2014
ISBN : 978-2-3440-0110-3 – 48 pages (+ dossier) – 14.50 €

 

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14 commentaires sur “Jaurès de Morvan, Voulyzé, Macutay et Duclert

  1. Quand je pense que Sarkozy citait Jaures, les os de ce dernier devaient se retourner dans sa tombe…

    • Certains sont prêts à tout pour passer pour de grands hommes, surtout les tout petits…

  2. Ce matin sur France Inter ils proposaient une vieille interview du serveur du café, qui était là le jour fatal… (datant des années 60, vivent les archives!)

    • Oui, c’est le jour. Un anniversaire comme celui-là peut sembler artificiel à commémorer (un peu comme toutes les commémorations), mais si on ne se souvient pas aujourd’hui, on ne se souviendra jamais…

  3. J’ai beaucoup lu sur Jaures .je n arrive pas à m intéresser aux BD historiques ‘je m y ennuie ferme.
    Mais je rajoute que la BD n est pas mon genre préféré.
    Luocine

    • Il y a des BD historiques ennuyeuses et il y en a de passionnantes, comme pour les romans…

  4. Même si le genre n’est pas évident, j’aimerais bien lire cette BD ! Vu au JT de la télé belge francophone : Jaurès est venu à Bruxelles rencontrer les socialistes belges, fin juillet et il les a invités à l’Internationale qui devait se tenir à Paris le 9 août 1914…

    • On le voit effectivement à Bruxelles dans la BD, juste avant que l’histoire du monde soit bouleversée et tous les projets de paix et d’entente détruits…

  5. une BD sur Jaurès pourquoi pas, j’ai peu lu sur cet homme et pourtant il mérite qu’on s’y attarde en cette année, par contre j’ai un vrai programme de lecture sur la guerre car (et c’est tout le bien des commémorations) il est sorti et sont réédités une flopée de livres

  6. Tentante cette bd ! mais d’abord, je dois lire la bio de Jaurès de Mona Ozouf achetée au festival du livre à Vannes…

  7. Je n’aime pas trop ce genre de BD mais j’adore Jaurès… Je pense que j’y jetterai un coup d’oeil!

    • Si tu en sais beaucoup sur lui ça m’intéresse de connaître ton avis sur cette BD.

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