Il pleuvait des oiseaux de Jocelyn Saucier

Il pleuvait des oiseauxIl pleuvait des oiseaux, voilà un titre étrange qui attire l’attention par sa singularité et sa poésie. C’est que Jocelyne Saucier raconte là une histoire originale tant par son sujet que par sa langue. Il est question de vieillards, d’amour et de Grands Feux.

La photographe n’est pas de celles qui renoncent à s’enfoncer dans la vaste forêt de l’Ontario pour retrouver celui qu’elles cherchent : Boychuck. Il est âgé, très âgé même, il faut faire vite. Quand au tout début du roman elle se rend enfin chez lui, il est trop tard : ses deux vieux amis et compagnons viennent de l’enterrer. Il n’y a donc plus qu’eux deux pour lui parler de cet homme, le miraculé des Grands Feux de Matheson, celui qui, jeune homme et aveuglé, survécut à l’incendie de 1916. Ed, ou Ted ou Edward, on ne sait pas bien, « le garçon qui marchait dans les décombres fumants ».

La photographe a entrepris de photographier tous les survivants des Grands Feux qui ne sont plus nombreux. Elle écoute Charlie et Tom parler de leur camarade aussi vieux qu’eux. Mais ils sont du genre taiseux, car tapis au fond des bois sous de fausses identités. Ils ont tout quitté et vivent là depuis des années grâce aux cultures de marijuana d’un certain Bruno, qui les ravitaille en échange de l’entretien de ses plants. Steve, le gérant d’un hôtel voisin à l’abandon est aussi de mèche dans le trafic.

Tout se passe pour le mieux dans l’anonymat, loin du monde, au contact de la très rude nature.

Après les patates aux lardons et un thé sucré vient la première cigarette et, avec elle, la première véritable pensée de la journée. Avant, il n’y a eu que de vagues remuements de cerveau. Il leur faut une poussée de nicotine pour ouvrir les vannes de l’esprit et distinguer ce qui vient en tête.

Depuis la mort de Boychuck, leur première pensée du matin est pour leur vieux compagnon…

Jusqu’à ce que Bruno arrive aux cabanes avec sa vieille tante Gertrude, bientôt rebaptisée Marie-Desneige. Elle a passé soixante-six ans en institution psychiatrique bien qu’elle ne soit pas folle. Elle est comme un petit animal blessé et apeuré. La communauté des cabanes décide de s’occuper d’elle. C’est alors que Tom et Charlie découvrent les trois cent-soixante-sept tableaux peints par leur ami Ted : ils ont tous pour sujet le Grand Feu de Matheson.

Il pleuvait des oiseaux est un roman qui ne s’inscrit dans aucun courant ni aucune tendance, une sorte de parenthèse bienvenue. Il y est question du temps qui passe, de la nature, de la mort, de l’amitié, de l’amour. Un roman apaisant mais aussi grave. Il s’appuie sur des événements tragiques peu connus de notre côté de l’Atlantique à savoir les grands incendies qui ont ravagé le Canada au début du XXe siècle. Ils ont semé l’horreur et la désolation, et durablement marqué un territoire et ses habitants. La belle couverture de l’édition française de ce roman donne un avant-goût d’apocalypse et suggère bien la dévastation semée par les Grands Feux, leur empreinte durable sur le paysage comme au cœur des êtres.

Au final, ce livre sur la vieillesse exhale une intense vitalité.

 
 Il pleuvait des oiseaux

Jocelyne Saucier
Denoël, 2014
ISBN : 978-2-207-11610-4 – 202 pages – 16 €

 

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Il pleuvait des oiseaux de Jocelyn Saucier

29 commentaires sur “Il pleuvait des oiseaux de Jocelyn Saucier

    1. Je crois qu’elle résume bien l’ambiance de ce livre. On a eu pas mal de livre sur la vieillesse ces derniers temps, des choses souvent comiques ou nostalgiques ; là, c’est tout simplement beau, poétique et apaisant.

    1. Je t’avoue que quand j’ai découvert le sujet du livre pour le débat, j’ai eu peur. Mais dès les premières pages, toutes mes appréhensions se sont envolées devant cette si belle écriture.

  1. J’ai adoré cette lecture pour son regard sur la vieillesse, pour avoir découvert un pan de l’histoire québécoise, pour son imagination, son écriture .. bref pour tout. J’ai envie de dénicher un autre titre de l’auteur, mais j’ai un peu peur de ne pas retrouver le même enthousiasme, tu vois ce que je veux dire ..

    1. Je n’ai lu que celui-là et ne sais pas si d’autres titres sont disponible en France. Avant de paraître chez Denoël, celui-ci était déjà disponible ici sous son édition originale chez XYZ, mais il n’a pas eu ainsi beaucoup d’audience. Ceci dit, maintenant qu’on la connait et qu’on l’apprécie, je pense qu’on peut retenter l’aventure, quel que soit l’éditeur, et lui faire confiance pour nous séduire…

  2. Une belle histoire qui se lit avec plaisir et qui procure du bonheur. Peut-être à cause de cette vision positive de la vieillesse, ou parce que ces personnages ont choisi de vivre avec « rien » et ils sont heureux. En tout cas ce roman a un truc!

  3. Je suis super contente que tu aies aimé, va savoir pourquoi! J’ai aussi été très touchée par ce texte, sa vision de la vieillesse.

    1. J’ai noté récemment, sur le thème de la vieillesse mais dans un registre tout à fait différent Bravo de Régis Jauffret : ça doit faire grincer les dentiers !

  4. J’ai adoré ce roman d’une auteure de chez moi. Comment ne pas s’attacher à ces vieillards, d’ailleurs je n’oublierai jamais Marie Desneige 😉

    1. Merci Nadine pour ce commentaire. Oui, ces petits vieux sont attachants. Et Jocelyn Saucier parvient très bien à ne pas donner dans le cliché abêtissant du gentil vieux. C’est aussi un livre intelligent qui parle à chacun de nous.

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Bonjour,
voici un article à lire sur Tête de lecture : http://yspaddaden.com/2014/09/25/il-pleuvait-oiseaux-jocelyn-saucier/