Un enfant pour un autre de Ruth Rendell

Un enfant pour un autreLe décès de Ruth Rendell m’a rappelé que j’avais beaucoup aimé ses romans il y a une vingtaine d’années. C’était une époque post Agatha Christie où je dévorais aussi P.D. James. Aucune de ces trois grandes dames du roman policier et du suspens britannique n’est plus. Restent leurs livres : alors lisons !

Benet, jeune auteur d’un premier roman à succès, vit seule avec son fils James d’à peine deux ans. Elle a choisi d’être mère célibataire, ce qui n’est pas encore si simple dans la Grande-Bretagne des années quatre-vingt. Quand s’ouvre Un enfant pour un autre, elle attend sa mère, Mopsa, à l’aéroport et se répète cette phrase, comme un mantra : « il ne faut pas haïr sa mère ». Car Benet doit se persuader de ne pas en vouloir à sa mère qui, alors qu’elle était adolescente, s’est barricadée puis précipitée sur elle avec un couteau pour la tuer. Mopsa n’a jamais été une mère aimante et de plus, elle est folle, c’est du moins ce dont Benet veut se persuader. Elle doit pourtant l’accueillir dans son appartement londonien, cette mère partie vivre en Espagne, mais qui doit subir des examens liés à son état, encore largement non identifié.

Comme prévu, Mopsa ne s’intéresse pas à James, à peine à Benet. Mais voilà que le petit garçon tombe malade et que Benet doit l’emmener à l’hôpital où on le soigne pour le croup. Elle voudrait rester avec son fils comme l’établissement l’autorise mais Mopsa a peur, elle ne veut pas rester seule dans un appartement inconnu. Bref, elle fait un caprice, capitalisant sur elle l’attention de sa fille, la culpabilisant. Mais James va mal, de plus en plus mal, jusqu’au drame. Comment Mopsa va-t-elle faire pour une fois, une seule fois dans sa vie, être une mère aimante et soulager sa fille de son chagrin ?

Le lecteur en a une petite idée puisque certains chapitres s’intercalent dans l’histoire de Benet et lui permettent de faire la connaissance de Barry. C’est un jeune homme de vingt ans fou amoureux d’une femme de vingt-huit prénommée Carol et mère de trois enfants. Elle est veuve, très frivole et immature. Ses deux aînés lui ont été retirés et elle vit avec le petit dernier, Jason qu’elle néglige pour s’adonner à sa passion pour Barry, qu’elle fait pourtant passer pour son locataire. Le petit garçon est gardé tantôt par sa tante, tantôt par sa grand-mère, parfois par une voisine. Aussi ne s’alarme-t-on pas tout de suite de sa disparition. D’ailleurs, Carol ne s’alarmera pas longtemps : il y a eu Jason, il n’y a plus Jason, voilà tout. Ça lui laisse plus de temps pour sortir, voler, mentir. Et puis Barry est là pour s’inquiéter, car Barry est une vraie mère poule, un bon larbin. C’est pourtant lui que la police soupçonne d’avoir tué puis enlevé Jason, pour mieux profiter de Carol…

Mais le lecteur lui sait très bien que Jason n’est pas mort.

Plus de vingt ans après lecture, ayant tout oublié de l’intrigue pour ne me souvenir que du plaisir inquiétant alors ressenti (j’étais toute jeune maman), me voilà à nouveau comblée par la lecture d’Un enfant pour un autre. Le suspens psychologique fonctionne parfaitement, d’abord focalisé autour de l’imprévisible Mopsa, puis du devenir de Benet : comment va-t-elle se sortir de cette situation ? Le lecteur s’intéresse également au sort du pauvre Barry, amoureux naïf et à celui plus marginal de Terence, séducteur de riches veuves que Barry soupçonne être le père de Jason.

L’intrigue n’est donc pas à proprement parler policière : elle tourne autour du devenir des personnages aux personnalités ambigües qui, précipités dans une situation de crise, gèrent comme ils peuvent leurs émotions. Peu à peu, la tension dramatique augmente, enchaînant le lecteur aux pages.

Et pour que le suspens fonctionne pleinement, Ruth Rendell ne néglige pas le contexte : la Grande-Bretagne des années quatre-vingt, les années Thatcher, la pauvreté et misère sociale, la délinquance qu’elles engendrent, les punks et leurs crêtes colorées.

Un roman adapté au cinéma (2001) par Claude Miller avec Nicole Garcia, Sandrine Kiberlain et Mathilde Seigner sous le titre Betty Fisher et autres histoires.

 

Un enfant pour un autre

Ruth Rendell traduite de l’anglais par Philippe Noble
in Oeuvres, Robert Laffont (Bouquins), 1992
ISBN : 2-221-07257-X – p. 247 à 446 – épuisé dans cette édition

The Tree of Hands, parution en Grande-Bretagne : 1984

 

 

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6 commentaires sur “Un enfant pour un autre de Ruth Rendell

  1. Vous me donnez envie de relire Ruth Rendell dont j’ai appris le décès il y a quelques jours. J’ai toujours aimé ses livres, en particulier L’analphabète.

    • Sandrine

      Merci de ce conseil. Je ne sais plus si j’ai lu L’Analphabète ou non, il faudrait que j’en lise les premières pages : le temps passe et je ne sais plus…

  2. Je ne l’ai pas lu, celui-ci, mais ton billet est tentant et Rendell, c’est à coup sûr une bonne lecture. Mais pas tout de suite, toutefois, car je viens d’en lire un.

    • Sandrine

      Tu as raison : dévorer est le meilleur moyen de se dégouter, mieux vaut savourer 😉

  3. Je n’ia jamais lu Ruth Rendell, faut-il que je commence par celui-ci ?

    • Sandrine

      Je n’ai pas tout lu mais celui-ci est incontestablement un de mes préférés 😉

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