La dynastie des Weber de Geneviève Senger

La Dynastie des WeberQue les amateurs de saga familiale se réjouissent : sur près de huit cents pages, Geneviève Senger raconte l’histoire de la famille Weber, depuis la guerre de 1870 jusqu’aux années 1960. Cinq générations, une branche alsacienne, une autre américaine et de très nombreux personnages qui traversent trois guerres et bien des mutations.

Tout commence alors que la jeune Louise Heim est sur le point d’épouser Lazare Weber : tout le monde se réjouit, sauf elle. Ce mariage arrangé pour donner un successeur à la manufacture de tissage Heim fait enrager Louise : c’est sa sœur aînée Lucille qui aurait dû épouser ce polytechnicien protestant et fade, pas elle. Mais Lucille est partie, elle s’est laissée enlever par un Juif américain qui lui a fait traverser l’Atlantique. Ce coup de foudre et cette fuite alimenteront la rancune de Louise sa vie durant. Ainsi que les fantasmes de Lazare qui aimait sincèrement la fille aînée des Heim.

La dynastie des Weber débute par la déception et la rancune. Elle s’inscrit également sous le signe de la guerre car Lazare doit quitter bien vite sa jeune épouse pour se battre contre le Prussien. Ce que feront ses enfants et petits-enfants. Louise, tout en cherchant l’amour, donnera quatre enfants à Lazare, deux filles et deux garçons, de quoi asseoir la lignée. Lazare Weber développe son activité, se met au tissage, obsédé qu’il est par la poursuite du fil d’or, ce fil d’un jaune unique, rappelant les blonds cheveux de Lucille. Il recrute un Irlandais qui grâce aux techniques modernes qu’il importe d’Angleterre fait prospérer la manufacture. Même si les syndicats ouvriers se développent et que les mouvements ouvriers revendiquent et grondent.

C’est grâce à la famille Ziegler, très proche des Weber (et même apparentée d’une certaine façon), que le lecteur suit mieux l’évolution de ces mouvements ouvriers. Ainsi La Dynastie des Weber ne se concentre pas sur la seule bourgeoisie alsacienne mais suit à tous les niveaux le développement de l’industrie manufacturière.

L’abondance d’enfants permet l’abondance de destins particuliers quand surviennent les grands moments de l’Histoire : Clara épouse un banquier juif et s’installe à Berlin, Victoria épouse l’Irlandais qui a repoussé sa mère, Jean aura un fils collabo qui fuira en Amérique latine après la Libération. La situation très particulière de l’Alsace donne un point de vue unique sur ces conflits puisque le moment venu de se battre, il faut savoir si sa fidélité va à l’Allemagne ou à la France.

La branche américaine de la famille, installée en Louisiane, n’apparait qu’à la moitié du roman. Elle n’est pas à proprement parler Weber puisque Lucille a épousé un Edelsteim, mais le silence autour de cette faute primordiale est tellement pesant qu’elle est présente bien avant.

Si certains personnages sont prévisibles, d’autres sont forts et originaux. Les femmes surtout, qui ne sont pas des femmelettes. Comme elles appartiennent à la bonne bourgeoisies, elles ne vont pas toutes se révolter et passer l’Atlantique avec le bien-aimé qu’elles se sont choisies. Non. Elles restent socialement dans les clous, elles tiennent leur rang tout en se permettant certaines incartades. C’est en fait la grande hypocrisie bourgeoise, qui sauvegarde les sacro-saintes apparences. Sauf qu’ici, il s’agit plutôt des femmes, de Louise en particulier qui trouvera enfin l’amour qu’elle cherche et qu’elle mérite.

Tous les personnages ne sont pas développés. On suit Louise, son fils cadet Ambroise, Taddeuz au premier plan, d’autres se dessinent au second, certains plus loin encore. On peut de fait avoir le regret de la trop grande discrétion  d’un Hippolyte, frère de Lazare, d’une Barbara von Trott et de bien d’autres. Malgré un nombre de pages déjà conséquent, on en aurait apprécié plus encore pour approfondir ces protagonistes dont on se sépare parfois trop vite. On regrette par exemple qu’il n’y ait pas plusieurs volumes. Ce qui est certainement gage de qualité…

Le site de Geneviève Senger.

 

La dynastie des Weber

Geneviève Senger
Calmann-Lévy (France de toujours et d’aujourd’hui), 2015
ISBN : 978-2-7021-5467-0 – 799 pages – 23,90 €

 

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18 commentaires sur “La dynastie des Weber de Geneviève Senger

  1. J’ai un petit problème avec les sagas de « grandes » familles. Cela se ressemble souvent

    • Sandrine

      Je ne me rends pas bien compte, je n’en lis pas assez pour me lasser, en particulier sur des familles françaises. L’intérêt ici est bien sûr que la famille soit alsacienne et donc tiraillée entre France et Allemagne. J’ai trouvé que ça fonctionnait bien, en tout cas ça ne m’a pas lassée.

      • C’est le but de nos lectures : ne pas se lasser

  2. Je ne connaissais pas ce titre mais il me paraît très tentant, je note !

    • Sandrine

      Si tu aimes les grandes sagas familiales aux multiples personnages, il devrait te plaire.

  3. je vais le mettre dans ma liste , mais tant lu de saga familiale que je ne suis pas certaine de m’y mettre . Entre les Thibault et les Boursabel toute mon adolescence a été bercée et nourrie par les rancoeurs de la bourgeoisie du début du XX° siècle.

    • Sandrine

      En matière de saga en plusieurs tomes (mais pas familiale), j’ai envie de Jean-Christophe en ce moment. J’ai vu qu’il existait en audiolivre, je tenterais bien… L’as-tu lu ?

      • souvenirs souvenirs oui il y a très longtemps , je me souviens encore du texte ou son père alcoolique le torture pour qu’il joue au piano et aussi le texte où il rêve qu’il est le chef d’orchestre des nuages , mais je l’ai retrouvé dans un livre pour élèves de 3° je crois

  4. de la saga pure et dure apparemment 🙂 En livre audio, ça passerait peut-être bien? mieux?

    • Sandrine

      Je l’ai lu et c’est très bien passé : il y a du souffle dans cette histoire, c’est prenant.

  5. Tu réclames plusieurs volumes ? Mais c’est sans doute parce qu’il n’y a pas de longueurs.

    • Sandrine

      Et plusieurs personnages dont j’aurais aimé suivre le destin…

  6. cela pourrait m’intéresser !
    bonne journée!

    • Sandrine

      Un roman pour les vacances quand on aime ce genre…

  7. Tu veux lire Jean Christophe? je crains que ça n’ait un peu vieilli?

    • Sandrine

      C’est bien possible… c’est Romain Rolland qui m’intéresse… je tenterai le premier volume en audio, ça me donnera une idée.

  8. J’aime de plus en plus ce genre d’histoires, je note donc!

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