Homesman de Glendon Swarthout

HomesmanOn leur a promis des terres cultivables, une maison et de quoi élever décemment leurs enfants. Alors les pionniers sont partis, ils ont labouré la terre, creusé, planté, sué, travaillé et encore travaillé. Leurs femmes faisaient de même, et en plus elles cousaient, cuisinaient, tenaient la maison, enfantaient tous les ans. Au milieu des loups et des Indiens, à l’abri de la neige et du vent dans des maisons en terre. Certaines n’ont pas supporté.

Il y a celle qui est morte de peur, celle que la perte de tous ses enfants a achevé, celle qui a tué un des siens, celle qui n’en a jamais eu… elles ont tenu autant qu’elles pouvaient, certaines très longtemps, d’autres étaient trop frêles pour supporter cette vie-là. Elles sont toquées, dit-on…

Dix-neuf ans ! A cet âge, elle avait déjà vécu une vie entière. Mariée à seize ans, trimballée sur le long chemin épuisant qui menait dans l’Ouest depuis l’Ohio avec une poupée en guise d’enfant et un garçon en guise d’époux, créant un foyer dans un abri de fortune, mettant au monde trois bébés en trois ans et les regardant périr, impuissante, l’un après l’autre en moins de trois jours.

Quatre femmes folles, de bonnes chrétiennes, et pas d’asile pour les accueillir. Leurs maris ne peuvent plus s’occuper d’elles, il faut les convoyer dans un autre état, passer la Platte River et le fleuve Missouri. C’est un des quatre maris qui, suite à un tirage au sort, doit faire le voyage. Mais il refuse. Mary Bee Cuddy, ancienne institutrice célibataire, décide qu’elle ira elle-même, par charité chrétienne. C’est alors qu’elle rencontre celui qui se fait appeler Briggs : corde au cou, il est assis sur son cheval qui, s’il bouge, tuera son cavalier.

Tommy Lee Jones adapte le roman de Swarthout dans un film où il tient le rôle de Briggs
Tommy Lee Jones adapte le roman de Swarthout dans un film où il tient le rôle de Briggs

Mary Bee propose à Briggs de le libérer s’il l’accompagne dans son voyage. Lui, qui vient d’être pratiquement lynché par les gens du cru pour s’être installé sur les terres d’un fermier momentanément absent, accepte la proposition. Contre trois cents dollars. Il est donc le homesman, le rapatrieur, celui qui ramène ces femmes chez elles.

Lisant ce roman, j’avais en tête La Petite maison dans la prairie, cette série qui nous montrait comme elle était belle la vie de pionniers. Avec ses petits rideaux blancs aux fenêtres, ces bonnes épouses attentives et souriantes, les enfants toujours proprets. Où étaient la crasse, la faim, le froid, la peur ? Quel rapport avec le quotidien de ces gens pour lesquels chaque jour était un nouveau défi ?

Avec Homesman, Glendon Swarthout cerne au plus près le quotidien des pionniers américains. Avec réalisme et sans qu’aucun pathos soit nécessaire, il décrit comment s’est construite l’Amérique, au prix des rêves, de la sueur et du sang. Et parce que ce monde est avant tout hostile, même Briggs, voleur et profiteur ne s’en sort pas : il ne parvient pas à voler les biens du fermier absent et il ne parviendra pas à profiter de son argent bien acquis. Parce qu’au-delà des éléments fondamentalement hostiles, il y a un système qui finit par broyer l’individu trop confiant. Il n’y a pas de place dans ce monde-là pour qui fait preuve de faiblesse, de bonté ou de compassion.

Voir aussi l’avis d’Hélène de Lecturissime

 

Homesman

Glendon Swarthout traduit de l’anglais par Laura Derajinski
Gallmeister, 2014
ISBN : 978-2-35178-076-3 – 280 pages – 23,10 €

The Homesman, parution aux Etats-Unis : 1988

 

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29 commentaires sur “Homesman de Glendon Swarthout

  1. Un roman marquant !

    • Sandrine

      Il me reste à vois le film : je ne doute pas qu’il me plaira.

  2. oui, j’avais beaucoup aimé, le livre et puis le film aussi. Très juste portrait de ces femmes folles de solitude

  3. J’hésitais un peu, même si j’aime beaucoup cette maison d’édition, je crains parfois l’overdose de western, et je ne voudrais surtout pas m’en dégoûter en abusant de titres trop moyens. Donc merci pour ta note, du coup, je retiens le « à lire ».

    • Sandrine

      Aucune crainte : celui-là n’est pas un titre moyen. Ce que je crains parfois moi dans le genre western, c’est le trop plein de nature.Mais là encore, aucun abus.

  4. J’avais tellement aimé « Le tireur », il faut absolument que je poursuive ma découverte de cet auteur !

    • Sandrine

      Je le découvre avec ce titre et ne doute pas de prolonger cette découverte avec Le Tireur. C’est étonnant comme malgré quelques traductions (dans les années 60 et 70 notamment), cet auteur était peu connu avant les parutions chez Gallmeister…

  5. Un titre à noter, donc !

  6. A l’opposé des Hingalls, alors.

    • Sandrine

      Rien à voir, en effet..

  7. keisha41

    Je confirme pour Le tireur (garanti sans nature excessive) (pas de nature du tout je crois même)

  8. Il a tout pour me plaire celui-ci, je le note.

    • Sandrine

      C’est ce que je pense aussi : bonne lecture !

  9. Je tombe parfois en overdose de ce type de roman… on dirait que j’en ai teeeellement lu à un moment donné que je n’ose plus. Mais bon, si tu dis que c,est plus que moyen… why not.

    • Sandrine

      J’imagine que c’est comme pour toutes les bonnes chose : il ne faut pas en abuser…

  10. luocine

    déjà noté et demandé à ma médiathèque, donc je le trouverai à la rentrée , j’ai apprécié tous les commentaires sur ce livre, (je me doutais que « la petite maison dans la prairie » n’était qu’une partie de la vérité, j’ai toujours été étonnée qu’elles ne salissent jamais leurs robes , même après une journée à courir dans la campagne!!!)

    • Sandrine

      Je raloche avec les Ingals, mais quand même, qu’est-ce que j’aimais ça quand j’étais petite !

  11. eimelle

    très loin de la petite maison dans la prairie en effet!

    • Sandrine

      En lisant, je voyais le générique avec tous les enfants qui dévalent la colline en se roulant dans l’herbe… à peine une natte de travers…

  12. J’ai vu le film que j’ai vraiment beaucoup aimé, j’ai trouvé la fin assez affreuse!

    • Sandrine

      J’imagine donc qu’elle est assez fidèle à celle du livre…

  13. Je suis dans cette période avec « la dernière fugitive », moins noir mais tout aussi dérangeant.
    Le Papou

    • Sandrine

      De Tracy Chevalier ? Il a l’air très bien ce roman, je pense le lire.

  14. Une lecture marquante. Et un film tout aussi splendide. J’ai adoré. « Le tireur » m’attend.

  15. Bonjour Sandrine, c’est vrai que l’on est loin de la famille Ingalls. En plus du film de Tommy Lee Jones, je te conseillerais aussi le film La dernière piste de Kelly Richardt, film âpre où l’Ouest, le vrai est hostile. http://dasola.canalblog.com/archives/2011/07/02/21517025.html Bon dimanche.

    • Sandrine

      Merci pour le conseil !

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