Les mystères de sainte Freya d’Armel Job

Les mystères de sainte FreyaPour l’abbé Turquin, c’est une chose faite et bien faite : ancien avocat entré dans les ordres, il a rondement mené la béatification puis la canonisation de soeur Freya. Un succès qui ne pourra lui valoir que de l’avancement au sein de la Prélature. C’est que Turquin est fier d’appartenir à l’Opus dei, presque autant que Van Camp d’être évêque. Alors pas question de se laisser manipuler par un petit maître-chanteur…

Petit mais coriace. A-t-on jamais vu un maître-chanteur refuser de l’argent ? Cent mille euros ? Quoi qu’il en soit, l’Église ne peut pas laisser une toute récente sainte se faire insulter. Comment ça soeur Freya était une salope ? La malheureuse, morte assassinée par une folle, a payé de sa vie son dévouement à l’Église et à la communauté dont elle avait la responsabilité. Certes, ses réformes de l’ordre de sainte Walburge ont pu choquer certains esprits étroits mais enfin, miracle il y a eu, comme nécessaire pour une canonisation, et rien de suspect n’est apparu lors du procès.

On va donc utiliser les compétences de Martin, employé de banque et informaticien de métier et catholique très pratiquant depuis le cancer de sa petite Céline. Il promet de se dévouer corps et âme à sainte Freya, celle-ci ne pouvant manquer, en retour, de sauver son enfant. Il va donc docilement faire ce que l’Église lui demande. Et l’Église ne peut le pousser à pécher, n’est-ce pas… même si Turquin lui demande de forcer une serrure, de porter une arme, d’espionner. Il découvrira qui est le calomniateur qui veut faire croire que sainte Freya a eu un amant après sa conversion, et qu’avant, elle a même subi un avortement.

A l’évidence, Armel Job se fait plaisir en dénonçant les manigances de l’Église catholique. Il serait en effet catastrophique que Freya ait mené une vie dissolue puisqu’elle a été déclarée sainte par le pape et que le pape ne peut se tromper… Tout ce petit monde est prêt à tout pour ne pas avoir tort. Intransigeance, aveuglement et intolérance sont donc de rigueur. On oublie dès lors que Freya de son vivant s’est consacrée aux plus démunis, aux pauvres, aux prostituées : on oublie l’être humain au profit de la sainte. Car appartenir à l’Église exclut du genre humain : comme le pape qui devient infaillible du jour au lendemain en devenant pape ; comme les prêtres qui ne doivent plus avoir de relations sexuelles en devenant prêtre ; comme Marie, éternellement vierge bien que mère… autant de blabla inutile qui ne fait que discréditer une institution sur le déclin.

Le ton d’Armel Job est léger et pourtant incisif. Il faut moins d’une centaine de pages pour comprendre qui est Corax, le maître-chanteur. Je ne sais si c’est volontaire, ce n’est en tout cas pas explicite, mais on peut dès lors observer son manège. L’Église est à l’évidence démunie devant le féminin : Freya en tant que femme est un mystère et au final une menace, bien sûr. Pour sauver ce qui peut l’être encore, ces ecclésiastiques ont abandonné la compassion au profit de leurs carrières. La sainteté est un business.

Armel Job sur Tête de lecture

 

Les mystères de sainte Freya

Armel Job
Robert Laffont, 2007
ISBN : 978-2-22110955-7 – 281 pages – 19 €

 

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14 commentaires sur “Les mystères de sainte Freya d’Armel Job

  1. C’est un auteur que j’ai envie de découvrir. Celui-ci me paraît tout indiqué.

    • Sandrine

      Tout à fait : on ne perd pas le sourire de toute la lecture et on n’en réfléchit pas moins à l’état de l’Eglise aujourd’hui. Et réfléchir en souriant, ça me plait 🙂

  2. je ne sais trop s’il s’agit d’humour ou d’une critique sérieuse , ton billet m’a fait sourire.

    • Sandrine

      Armel Job démontre, si nécessaire, qu’on peut manier efficacement humour et critique…

  3. Très tentant ! Un titre qui semble plutôt drôle : « humour belge » ?

    • Sandrine

      Je ne saurais pas vraiment définir l’humour belge, ici, le propos est pertinent et ironique et ça fonctionne.

  4. Oh que je suis tentée !!
    Dire qu’il ne figure pas sur la liste de la bibliothèque

    • Sandrine

      Ce n’est pas le titre d’Armel Job que je voulais emprunter à la bibliothèque, mais Dans la gueule de la bête ne figurait pas au catalogue. Comme j’avais apprécié ma première lecture de cet auteur, j’avais quand même envie de renouveler l’expérience et ce titre choisi plus au hasard m’a tout à fait réjouie.

  5. un livre qui devrait m’amuser, j’aime bien qu’on titilles les églises et les dogmes
    je note

    • Sandrine

      Et c’est très intelligemment fait donc oui, il te plaira.

  6. Pas mon genre de prédilection, mais on voit que tu as aimé 🙂

    • Sandrine

      Alors j’espère convaincre 😉

  7. Oh ben tiens, il me tente bien, ce livre. Merci !

    • Sandrine

      Il fait partie de mes rares lectures « légères de l’été jusqu’à présent…

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