Les mille mots du citoyen Morille Marmouset de Frédéric Cathala

Morille MarmousetOn nous cache des choses. Oui, on nous cache des choses. Par exemple les livres de Frédéric Cathala que je découvre ici. Et puis que la Terreur était une de ces périodes si drôles qu’il est facile d’en tirer un roman comique.

Le citoyen Marmouset, Morille de son prénom révolutionnaire, est un grammairien patriote. Il entend purger la langue française de tout ce qui peut l’embrouiller : métaphores, synonymes, et autres subtilités que le sans-culotte de base ne saisit pas. Et justement, le citoyen Marmouset est sollicité par deux fiers représentants de ces nouveaux citoyens, prêts à tirer profit de tout mauvais coup : peut-il écrire une lettre pour eux, analphabètes ? Ils ignorent que solliciter Morille Marmouset ne va pas sans discours et bavardages. Et réciproquement.

Tout embrouillés qu’ils sont par la verve révolutionnaire de Marmouset, ils comprennent que celui-ci cache un trésor. Et de fait, il s’agit de son onomasticon, de son thésaurus, du Trésor de la langue française auquel il travaille sans relâche. La quintessence de la langue, mille mots soigneusement choisis, définis par des quatrains rimés que sans cesse ce Condorcet de la grammaire remet sur le tapis. Moins de mots pour plus de clarté. Une règle à laquelle Marmouset lui-même peine à se soumettre puisqu’il ne fait que noyer son auditoire, quel qu’il soit.

Cet hurluberlu naïf et repoussant va se trouver pris dans des situations plus rocambolesques les unes que les autres : un complot contre Robespierre se trame dans sa propre maison ! Mais le plus terrible, c’est qu’il tombe amoureux d’une ci-devant Sidonie, sœur de la jeune orpheline dont on lui a confié l’éducation. Aglaé est le nom de la sœur. Ce qui nous donne Aglaé et Sidonie. Si l’on considère que celui que Sidonie fait passer pour son frère (pour que Marmouset le fasse sortir de prison) s’appelle Casimir, on comprend que Frédéric Cathala joue l’humour sur tous les tableaux.

Et ça n’était bien sûr pas gagné, la Terreur et même la Grande terreur, n’étant pas la période la plus rigolote de notre histoire. D’ailleurs, charrettes et têtes coupées ne manquent pas. Car si le propos est de distraire, l’auteur n’en perd pas moins de vue le contexte, l’énorme gâchis idéologique et humain né de la Révolution et des Lumières. On comprend, par l’exemple, comment un mot engendrant un sens puis une interprétation, l’esprit tourmenté et paranoïaque du révolutionnaire de base peut imaginer les pires excès et donc au mieux légiférer (la maladie du moment), au pire sanctionner (c’est-à-dire raccourcir…).

Imaginez un peu : qu’est-ce qu’un savant compromis ? Tout change selon qu’on fait de l’un ou l’autre mot un adjectif ou un nom…

Aussi drôle que tragique, Les mille mots du citoyen Morille Marmouset fait bien des fois rire son lecteur tout en lui rappelant le pouvoir des mots et les excès qu’ils permettent à ceux qui savent les manipuler.

 

Les mille mots du citoyen Morille Marmouset

Frédéric Cathala
Albin Michel, 2006
ISBN : 2-226-16977-6 – 404 pages – 21,50 €

 

 

Pour recevoir le dimanche des nouvelles de Tête de lecture…

Les mille mots du citoyen Morille Marmouset de Frédéric Cathala

18 commentaires sur “Les mille mots du citoyen Morille Marmouset de Frédéric Cathala

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut
Send this to a friend