Des fleurs à l’encre violette de Gilles Laporte

Des fleurs à l'encre violetteAvec Des fleurs à l’encre violette, le Lorrain Gilles Laporte entame une saga familiale, celle des Delhuis, qui comme son nom l’indique doit beaucoup à sa propre famille. Sur un siècle, elle nous fera traverser plusieurs guerres dont nous suivrons les répercutions au sein des générations successives. Les simples hommes et femmes de la famille se tailleront une stature de héros en luttant pour la République, contre l’obscurantisme et l’ignorance qui asservissent le peuple.

Dans un petit village vosgien, Justin et Hermance ont eu deux fils : Jules, mort à la guerre de 1870 et Aimé qui obtient son certificat d’études primaires et se fait cantonnier : une réussite ! Mais il n’est pas encore assez bien pour Honoré Dieudonné, maire d’Aydoilles et père de Rose-Victoire. L’homme est monarchiste, réactionnaire, autoritaire et misogyne.

« Monsieur Dieudonné, maire d’Aydoilles, paysan repu qui se voyait toujours plusieurs coudées au-dessus de sa pauvre réalité, qui faisait de tous les membres de sa famille et de ses « amis », du métier et de son mandat de maire, des marchepieds destinés à sa seule élévation sociale, qui rêvait d’un temps proche encore où ses exploits de petit potentat local lui auraient valu reconnaissance royale, peut-être même un blason avec, pour le moins un titre de baron… n’avait eu de cesse de voir sa fille épouser un jour l’un de ces rejets d’arbres abattus ou, pour le moins, entrer au couvent comme jadis les filles de grande famille, tandis que le fils prendrait du galon dans l’armée.« 

Quand Rose-Victoire tombe enceinte d’Aimé, c’est la rupture. Elle se réfugie chez sa tante, puis chez les parents d’Aimé qui lui s’est engagé dans la marine pour fuir la colère du père outragé. Il restera trois ans au Tonkin, durant lesquels Rose-Victoire et le petit Victor lient les liens très forts avec Justin et Hermance. De retour, il donne un frère à Victor : Clément, né en 1888, et épouse Rose-Victoire. Mais ce mariage tardif n’arrange en rien les relations familiales. Puis Aimé est nommé cantonnier, Rose-Victoire éclusière à Igney, elle qui rêvait de devenir institutrice. C’est bien plus tard Clément qui réalisera le rêve de sa mère. Victor lui s’éloignera considérablement de ses parents et de son frère en épousant une ci-devant de Saint-Prancher, réalisant ainsi ses rêves d’ascension sociale. Qui lui permettront de plus de passer la Grande Guerre dans les bureaux tandis que Clément se battra à Verdun, y laissant sa santé.

Tous doivent se construire contre un modèle social hérité de siècles de soumission : le peuple doit servir les riches et les femmes leur mari. Aimé et Rose-Victoire sont convaincus que c’est l’instruction qui donnera leur liberté aux opprimés. En ces temps de Troisième République, c’est par l’École publique qu’elle passe, cette École en balbutiante qui bouscule tous les conservatismes.  Au jour le jour, simplement mais avec conviction, ils luttent pour la laïcité et la République. Liberté, égalité, fraternité ne sont pas que des mots mais le ciment de la famille (notion qui leur est chère à tous) et de la vie sociale.

Ce sont de beaux personnages que nous propose Gilles Laporte, des hommes et des femmes de convictions, comme lui. Sans être exaltés, ils sont fiers des savoirs acquis, fiers de construire la société nouvelle. Ils n’incarnent cependant pas que des idéaux, ils sont aussi amants, parents, fils et filles : ils peinent et se réjouissent, vivent une vie de travail souvent difficile. Ils traversent l’Histoire discrètement et leur vie s’inscrit dans les événements petits et grands : guerre de 1870, découverte d’un cadavre dans la forêt de Fontenay, catastrophe du barrage de Bouzey, séparation de l’Église et de l’État, Première Guerre mondiale… Les Delhuis sont là, acteurs oubliés de l’Histoire et Gilles Laporte les rappelle à notre souvenir. D’autres, plus secondaires, ne sont pas moins incarnés, comme le Tusse, considéré par tous comme le simplet du village.

Logo anniversaireDes fleurs à l’encre violette ouvre une trilogie, que je qualifierais de familiale, dont j’ai déjà lu les deux tomes suivants. Je tenais aujourd’hui à chroniquer ce premier tome pour vous faire découvrir cette saga, peut-être cet auteur qui fête aujourd’hui même ses 70 ans. Bon anniversaire monsieur Delhuis/Laporte !

Gilles Laporte sur Tête de lecture

 

 

Des fleurs à l’encre violette

Gilles Laporte
Presses de la Cité (Terres de France), 2013
ISBN : 978-2-258-09702-5 – 372 pages – 20 €

 

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14 commentaires sur “Des fleurs à l’encre violette de Gilles Laporte

  1. Je ne connaissais pas du tout mais j’aime beaucoup ce genre de saga familiale historique, je note !

    • Sandrine

      Ravie de te faire découvrir celle-ci !

  2. j’ai déjà un certain nombre de « sagas » familiales dans mes lectures passées, je ne suis pas certaine de vouloir en rajouter , mais je sais que si je me laisse séduire ce que tu en dis me plaira … Alors!

    • Sandrine

      Je ne suis pas forcément adepte du genre, mais ces personnages-là incarnent aussi des convictions idéologiques qui me plaisent bien.

  3. J’adore la couverture. Rien que pour ça je pourrais me laisser tenter.

    • Sandrine

      Ça m’arrive aussi de craquer sur une couverture. Celle-ci correspond bien au contenu, sois sans crainte !

  4. Je n’ai pas lu de saga depuis longtemps. Pourquoi pas celle-ci, les thèmes évoqués sont intéressants.

    • Sandrine

      Je crois que le tome 2 a ma préférence. Je crois même possible de le relire pour le chroniquer ici…

  5. Je ne connaissais pas du tout cette saga familiale. C’est bien de commencer par nous allécher avec le tome 1 😉

    • Sandrine

      J’ai lu le troisième en mai dernier, en me disant qu’il n’était pas raisonnable de le chroniquer en premier. Même si l’auteur prend bien soin de recaler tous les personnages, ce qui fait qu’on n’y est pas perdu et qu’il peut se lire indépendamment. Mais ce serait dommage car voilà une belle saga.

  6. Je ne connais et j’aime le genre alors je le note .

    • Sandrine

      Je ne doute pas que tu seras séduite par cette histoire, et que tu auras envie de continuer avec les autres volumes. Le 2e est mon préféré.

  7. Merci, Sandrine, du fond du coeur, pour cette présentation chaleureuse de mes livres et de mes personnages qui me touche. Le fils d’ouvriers de filature que je suis, devenu ouvrier des Lettres… en est profondément ému. Je vous souhaite le meilleur, tant en littérature que dans la vie. A bientôt. Très cordialement. Gilles

  8. Ton billet donne envie de découvrir ce titre, j’aime beaucoup les sagas familiales 🙂

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