Le secret de l’empereur d’Amélie de Bourbon Parme

Le secret de l'empereurAlors qu’il cherche un texte qui pourrait lui servir d’exemple au moment de rédiger celui de Charles Quint, Martin de Gatzelù, son secrétaire se désole : « Je crains que vous ne soyez le seul empereur, Majesté… à vous défaire ainsi de vos charges ». Et en effet, à moins de remonter à Dioclétien en 305, jamais aucun monarque de son envergure n’avait renoncé au pouvoir. Roi d’Espagne (et donc des terres américaines nouvellement découvertes), de Naples, de Sicile et de Jérusalem, duc de Bourgogne et empereur du Saint-Empire romain germanique, Charles Quint n’étonna pas que son secrétaire lors qu’il décida en 1555 de finir sa vie dans le monastère perdu de Yuste en Estrémadure. Il était le souverain le plus puissant du monde.

L’empereur renonce au profit de son fils et de son frère à tous ses titres, les uns après les autres, s’en défaisant comme d’oripeaux devenus trop lourds. Sa décision est irrévocable, mais la procédure traine en longueur, tout en bureaucratie. Même le vent qui ne se lève pas semble vouloir contrarier les plans du monarque fatigué. Le pouvoir s’éloigne, les visites s’espacent et le lecteur s’ennuierait avec Charles Quint si celui-ci ne consacrait ses dernières forces à percer le mystère de l’horloge noire.

C’est que depuis qu’il a hérité de la collection d’horloges de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, Charles Quint se passionne pour ces objets aussi luxueux que complexes. Leurs mécanismes fascinants marquent l’essor de l’orfèvrerie et de l’horlogerie. L’empereur souffre beaucoup de ne plus pouvoir, en raison de crises de goutte, monter et démonter celles qu’il possède et chérit.

Le secret de l’empereur mène le lecteur au chevet d’un empereur qui peu à peu redevient un homme. Le lent processus d’humanisation ne prendra fin qu’au moment de mourir, chaque geste, chaque pas se vivant comme une épreuve. Amélie de Bourbon Parme a eu raison d’agrémenter ce glissement vers la mort d’un mystère lié à une incompréhensible horloge. Celle-ci ne marque pas le temps, le temps qui passe ou qui reste, elle se dérobe à toute interprétation. Pourtant, on s’en inquiète en plus haut lieu puisque le pape lui-même la fait chercher. C’est qu’à cette horloge astronomique il manque la Terre, qui aurait dû se trouver au centre, et le Soleil…

Un livre lent dont la majesté est relevée par un suspens qui retient l’attention du lecteur comme il donne à l’empereur malade la force d’attendre encore un peu la réponse à ses questions.

 

Le secret de l’empereur

Amélie de Bourbon Parme
Gallimard, 2015
ISBN : 978-2-07-076784-7 – 318 pages – 20 €

 

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17 commentaires sur “Le secret de l’empereur d’Amélie de Bourbon Parme

  1. j’ai entendu une émission où on parlait de ce roman, depuis ce titre trotte dans ma tête, mais comment le cacher , j’ai vraiment peu de sympathie pour le personnage historique, une façon de mieux le connaître ?

    • Sandrine

      Peu de grands hommes de pouvoir sont sympathiques… celui-ci décide de le quitter, ce qui lui donne un léger atout sur les autres, au final…

  2. Je rigole, je viens de m’apercevoir que l’auteur était à la forêt des livres…

    • Sandrine

      Ce qui n’est pas très étonnant…

      • J’ai dû éliminer inconsciemment tous les gens à particule… (oups, j’ai acheté le bouquin E de turckheim)

  3. J’aimerais tellement le lire celui-ci !! 😀

    • Sandrine

      Toi, tu as un coeur d’artichaut ! 🙂

  4. Encore un à rajouter à ma PAL. Merci pour ce joli conseil lecture.

    • Sandrine

      Un roman historique mélancolique qui tranche avec le reste de la rentrée littéraire, je trouve…

  5. Ca a l’air vraiment bien, je prends note !

    • Sandrine

      Bonne lecture !

  6. Celui là je note car cet homme m’a toujours fasciné, maître de l’Europe ou presque et se retirer du monde !

    • Sandrine

      Finalement, c’est un événement relativement peu connu et une très bonne idée romanesque.

  7. Celui ci fait doucement son chemin vers ma possible Pal rentrée littéraire.

    • Sandrine

      C’est un peu un outsider ce roman : on n’en parlait pas beaucoup puis il fait doucement son chemin.

  8. Je l’ai lu et en attendais plus (mais je suis tout de même ravie de la lecture). Il faisait partie du top 5 de ceux que je voulais lire.
    J’ai beaucoup aimé Charles Quint dans ce roman.

    • Sandrine

      L’auteur parvient en effet à donner beaucoup d’humanité à cet homme qui semble a priori loin de nous. Ce qui le rend plus proche, plus fragile aussi.
      Bienvenue ici.

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