Le dernier Juif de Noah Gordon

Le dernier JuifLe dernier Juif est de ces romans historiques qui convoquent la grande Histoire, celle des événements clés aux conséquences majeures. Il s’agit de l’expulsion des Juifs d’Espagne, concomitante de celle des musulmans. En 1492, tous les non chrétiens du royaume ont dû se convertir (les Marranes) ou partir. Certains se convertissent uniquement pour rester, continuant à pratiquer en secret leur religion. D’autres sont sincères. Tous sont traqués par l’Inquisition, certains sur dénonciations fallacieuses de leurs voisins qui cherchent à se débarrasser simplement d’un concurrent.

C’est ainsi qu’Helkias Toledano doit fuir au plus vite. Orfèvre réputé, il ne veut renoncer ni à son métier, ni à la foi de ses ancêtres. De peur d’être lynché, il quitte précipitamment Tolède et l’Espagne. Quelques années auparavant, son fils ainé Meïr a été assassiné alors qu’il livrait une magnifique chasse en or au prieuré de l’Assomption. Assassiné et violé, certainement par un moine au visage d’ange aperçu sur les lieux du crime peu de temps auparavant : fray Bonestruca, l’inquisiteur. Son second fils, Yonah, ne suit pas Melkias dans sa fuite. Il choisit de rester en Espagne, sans se convertir. Risquant à tout moment d’être reconnu et dénoncé, il décide de vivre sous une fausse identité, au gré des emplois qu’il trouve. Ouvrier agricole, berger, marin : il vit au jour le jour et fuit quand il le doit. Car sa route croise plusieurs fois celle de Bonestruca et autres trafiquants de reliques dont il a tout lieu de se méfier. Il se fait apprenti dans une armurerie à Gibraltar, puis apprenti d’un médecin à Saragosse. Ses maîtres sont toujours très satisfaits de lui, mais lui doit souvent fuir, parfois même se battre et tuer pour sauver sa vie. Jamais il ne renonce à sa foi, même si peu à peu, les mots et les rites s’estompent de sa mémoire. Il est le dernier Juif d’Espagne.

Le roman commence comme un roman policier à la manière des « Grands détectives » : le médecin Bernardo Espinosa enquête sur la mort de Meïr Toledano. Mais le vent de l’Histoire précipite les événements et lui imprime le rythme d’un roman d’aventure : il faut fuir, encore et toujours, échapper au bûcher. Le picaresque s’en mêle puisque Yonah passe d’un maître à l’autre, laissant derrière lui villes et amis d’un moment. Il lui est impossible d’avoir confiance car l’Inquisition tient le royaume dans son poing de fer et de douleur.

Le dernier Juif est un bon roman historique, « l’un des dix romans les plus vendus dans le monde » nous dit la quatrième de couverture, ce qui m’étonne tout de même. Le destin de Yonah Toledano aurait à mes yeux mérité plus d’ampleur psychologique. Mais Noah Gordon excelle à expliciter une situation historique complexe, une époque à la fois fascinante et effrayante.

 

Le dernier Juif

Noah Gordon traduit de l’anglais par Emmanuelle Farhi
J’ai Lu, 2003
ISBN : 978-2-290-32417-5 – 412 pages

The Last Jew, parution aux Etats-Unis : 1999

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15 commentaires sur “Le dernier Juif de Noah Gordon

  1. Deux des grandes peurs de ma vie : l’inquisition et l’expulsion des juifs d’Espagne! je ne sais pas si j’aurais le courage de lire ce livre . Dans mes cauchemars l’inquisition et la Gestapo se mélangent . alors peut être que je vais attendre pour me replonger dans cette époque.

    • Sandrine

      Si ça peut te rassurer, on n’assiste pas à des scènes violentes ou difficiles à supporter : ce roman est avant tout un divertissement, les aventures d’un jeune homme qui va malgré tout réussir à s’en sortir.

  2. A noter, ne serait-ce que pour le contexte historique.

    • Sandrine

      C’est ce qui m’a fait choisir ce livre. Et aussi parce qu’il est écrit par un Américain et que généralement, je n’ai pas une haute opinion des romans historiques américains (mais je me soigne, comme tu vois…).

  3. Peut-être, mais ton com n’est pas trop enthousiaste

    • Sandrine

      Ma petite déception vient du manque d’envergure psychologique des personnages. C’est un roman plaisant, bien mené, solide historiquement. Je pense juste qu’écrit par un Espagnol, il aurait compté au moins 300 pages de plus (et j’aurais été preneuse).

      • J’aime les auteurs qui sont capables, en peu de mots, de décrire, d’écrireun bouquin où tout est présent

  4. Pour le contexte historique, également.

    • Sandrine

      C’est un thème qui n’est pas souvent abordé (en tout cas dans les romans disponibles en français) aussi faut-il en profiter.

  5. J’ai plutôt lu un bouquin de non fiction là dessus, ou alors la vie de ces Juifs avant expulsion…

    • Sandrine

      Intéressant aussi, je peux lire les deux, selon l’envie…

  6. je le note celui là et vu son année de parution je dois le trouver à la médiathèque

    • Sandrine

      Il me semble oui, d’autant plus qu’il a eu beaucoup de succès.

  7. J’ai tellement aimé Le médecin d’Ispahan que je me suis toujours promise de revenir un jour vers cet auteur…
    Bonne journée

    • Sandrine

      Bonjour Nadine. Je n’ai pas encore lu Le médecin d’Ispahan, mais il est bien noté dans ma liste. Noah Gordon donne dans le grand roman historique, celui qui emporte, la fresque et on a vraiment envie de retrouver ses univers. J’ai lu celui-ci cet été : c’était parfait !

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