Naissance des fantômes de Marie Darrieussecq

Naissance des fantômesL’Europe des écrivains nous propose aujourd’hui de nous intéresser à la France. Trois auteurs au programme, trois auteurs très productifs parmi lesquels choisir un roman pour la chronique du jour : Christine Angot, Jean-Christophe Bailly et Marie Darrieussecq. Je ne les avais jamais lus pourtant tous trois écrivent depuis plusieurs dizaines d’années. De nombreux ouvrages se proposaient donc à mon choix, mais aucun ne m’attirait. Sans doute ces écrivains sont-ils d’éminents représentants de la littérature française actuelle ; sans doute ont-ils quelque chose à dire sur l’Europe. Je ne peux parler de ce que je ne connais pas, juste constater que ces univers étriqués, dénués d’humour, minimalistes dans le style et l’ambition ne m’intéressent pas a priori.

Naissance des fantômes donc, faute de mieux.

« Il est sorti acheter le pain et n’est jamais revenu » : cent cinquante pages sur une femme qui attend, essaie de comprendre et donc ratiocine. Elle travaille à ce point du chapeau qu’elle finit par voir des fantômes. Comme annoncé dans le titre.

Bon.

Je lis trop.

Je m’attendais à ce que peut-être, ledit mari n’ait même jamais existé. Ou qu’il soit mort depuis quinze ans. Mais non (je tue le suspens, oui). Le type est juste parti. Ce qu’on comprend en fait. Car si le récit de la femme abandonnée a pour but de nous faire ressentir sa peine, sa douleur, ses émotions suite à l’épisode de la baguette, c’est raté. Ce qu’on comprend par contre très bien c’est pourquoi le type est parti. C’est bien simple ces deux-là n’étaient pas faits l’un pour l’autre. Pensez donc, elle veut des tabourets de cuisine jaune vif et lui les veut en bois naturel. Pire : elle ne connait pas la couleur de sa brosse à dent. On en vient à se demander comment il a pu passer sept ans avec elle. Mais elle elle elle elle elle elle ne comprend pas, souffre, souffre soufffffffffre. Physiquement et psychologiquement bien sûr, le mental, le corps, tout ça marche ensemble dans la plus grande confusion. La pauvre elle souffre. Elle souffre la pauvre, oui, elle souffre.

Ce qui se traduit par soit des phrases d’une banalité quotidienne, soit des paragraphes sans fin aux images étranges, on va dire personnelles, issues d’une fantasmagorie littéraire régurgitée mal digérée.

Le jour pointait une langue blanche à la lèvre des toits, il faudrait désormais, comme les prisonniers, que je tienne sur les murs le compte exact de mon attente. Déjà je me tendais vers la cage d’escalier, n’était-ce pas le pas de mon mari qui montait, la serrure allait cliqueter, la moquette allait chuinter (allais-je, moi, passer encore la journée à dresser l’oreille à chaque frissonnement du bois, de l’acier et du feutre ?). L’aube était une insulte au manque de sommeil, mes yeux cillaient dans la blancheur pénible. A chaque angle  de rue battait la cape d’un vampire, les ombres épouvantées se glissaient sous les porches, se coulaient de plus en plus minces et noires dans les murs, et il me semblait entendre, par toute la ville, des froissements, des envolées de linge, des glissements aux marches des églises, des portes rabattues sur des caves.

Je n’aime pas ce style maniéré qui manque d’élégance, les métaphores ridicules et toutes ces afféteries qui tentent d’exprimer l’absence. Ces personnages, sans même un prénom pour les désigner, sont vides. Ni la narratrice ni son mari ne s’incarnent jamais. Beaucoup de mots dans de savants agencements dont aucun ne transmet la moindre émotion.
Je lirai sans doute Christine Angot, mais certainement plus Marie Darrieussecq…

 

Naissance des fantômes

Marie Darrieussecq
P.O.L., 1998
ISBN : 2-86744-613-9 – 157 pages – 13,75 €

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33 commentaires sur “Naissance des fantômes de Marie Darrieussecq

  1. Ah la vache ! Comme j’aime tes articles ! Rien à rajouter, mais celui-ci je le partage !

    • Sandrine

      J’en conclus que toi non plus, tu n’apprécies pas beaucoup Marie Darrieussecq ?

      • bah non ! comment veux-tu ? tout m’y ennuie, thèmes, écriture, suffisance…

  2. Côté images , ça fait penser au premier truc de Del Amo, une éducation libertine, qui croulait sous le poids de ce genre de métaphores à la noix. Ce livre, encensé, m’avait mise dans une colère noire…en dans un ennui mortel

    • Sandrine

      Ah mais Une éducation libertine, c’était bien ! Ecriture certes étouffante mais au moins, du romanesque en veux-tu en voilà !

  3. Pfiou… Je suis passée à côté du pire ! Quelle triste sélection d’auteurs français tout de même…savamment réductrice il me semble. 🙁

    • Sandrine

      Ce que je me dis, c’est puisque c’est en fait une émission sur l’Europe, c’est que peut-être, ils ont des choses intéressantes à dire sur le sujet…

      • Oui pourquoi pas… On verra ça ce soir. 😉

  4. Désolée, je ne suis pas du tout cette émission, ni tes lectures associées, alors que j’en avais au l’intention au début… Il faut dire que si les choix peuvent être intéressants pour les « petits » pays (Grèce, Irlande…) ils sont étranges lorsqu’on regarde les représentants de la littérature française, et plus encore la littérature anglaise il y a peu de temps…

    • Sandrine

      Justement, je n’ai pas eu de déceptions avec les « petits » pays, j’ai découvert avec plaisir bien des auteurs que je n’aurais jamais lus si je ne m’étais pas imposé de vraiment suivre ces émissions. Mais pour la Grande-Bretagne, je n’ai même pas lu de titre de Amis à l’époque (j’en avais déjà lu un qui m’avait peu enthousiasmée, et dernièrement j’ai lu La zone d’intérêt qui m’a carrément atterrée ; et pour les Français voilà, grosse déception… Tout ça pour dire que je suis d’accord avec ton commentaire.

  5. Bonjour! Voilà pourquoi, à part Houellebecq, je ne lis que des anglophones traduits. Avec autant de choix sur le marché du livre, cela fait plusieurs années que je me limite aux auteurs que j’aime.

    • Sandrine

      Bonjour et bienvenue. Bon, je ne voudrais pas contredire ce premier commentaire mais enfin, si j’avais à choisir un écrivain français, ça ne serait pas Houellebecq… plutôt Antoine Bello par exemple…

  6. Marie Darrieussecq moi je me suis arrêtée au premier, truismes, que j’avais lu à sa sortie, la curiosité attisée par le battage médiatique. Très surfait.

    • Sandrine

      Il n’y avait pas Truisme à la bib’ sinon j’aurais certainement essayé celui-là. Je pensais aussi lire peut-être Rapport de police, son essai sur le plagiat, mais j’ai manqué de temps.

  7. Effectivement, à choisir entre les trois auteurs, j’aurais moi aussi été bien embêtée… Pour le coup, tu confirmes ce qui me freinait pour Darrieussecq et je pense pas me lancer de sitôt. Par contre, j’ai Une éducation libertine dans ma PAL, alors j’espère être moins déçue que Simone.

    • Sandrine

      Très bon souvenir pour ma part.

  8. Ton billet m’a fait rire .. drôle de choix en effet. Le seul que j’ai envie de lire c’est Bailly. Marie Darieussecq, je n’ai jamais réussi à m’y intéresser. Je dois en avoir un dans ma PAL, « le bébé », je crois qu’il va définitivement y rester.

    • Sandrine

      Pauvre gosse, je vais appeler la DDASS 🙂

  9. je me dis en lisant ton billet que j’ai bien raison de ne suivre que mes penchants, mes blogs amis, et mon club de lecture. Je n’ai plus envie de faire partie de l’agitation littéraire, et cette auteure en fait est un membre éminent depuis « Truisme » qui ne m’avait guère émue juste étonnée.

    • Sandrine

      Moi, j’ai envie de découvrir. Pas forcément des auteurs français, mais comme c’était le tour de la France…

  10. Le seul que j’aurais lu, c’est Bailly car j’ai dans ma PAL Le dépaysement, Voyages en France, donc de la non fiction (eh oui). Acheté à Noirlac (je trouve le moyen d’acheter des bouquins même quand je visite une abbaye cistercienne, lamentable ^_^)

    • Sandrine

      Eh ben ça, tout juste le genre de titre que je n’ai pas envie de lire, sur la France profonde…

  11. Je n’ai lu qu’un livre de cet auteur, le premier, Truisme, lorsqu’il était sorti. On ne peut pas dire que ton billet ni surtout ta citation m’invitent à réitérer l’expérience… Tu résumes assez bien – bien qu’avec sévérité – l’impression que m’avait laissée cette lecture…

    • Sandrine

      Je suis un peu sévère parce que je trouve injuste que des auteurs qui écrivent comme ça monopolisent les médias…

  12. Je rejoins complètement Kathel (y compris dans mon envie de participer mais ma gestion catastrophique du temps et des envies, mais bon je ne me referai pas…) Je n’ai jamais eu envie de lire ni Angot ni Darrieussecq, et je ne connaissais même pas de nom le troisième ! Et comme d’habitude quand tu n’aimes pas, j’adore ton billet, j’ai bien ri !

    • Sandrine

      Je n’exclus pas de lire Christine Angot, surtout parce que je m’intéresse à l’écriture du Moi… mais je ne suis pas sûre du tout que son style me plaise, va falloir que je me fasse violence 🙂

  13. Chouette , un livre à ne pas noter, c’est bon pour ma LAL ça !

    • Sandrine

      Oui, mais ça ne va pas durer !

  14. J’ai énormément aimé « Il faut beaucoup aimer les hommes
    ¨Par contre Angot, je ne peux pas

    • Sandrine

      Ah, ben voilà, je me disais bien que l’admiratrice de Marie Darrieussecq allait sortir du bois 😀

  15. Voilà que tu abandonnes carrément l’auteure !

    • Sandrine

      Il y a suffisamment de lecteurs pour s’occuper d’elle 😉

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