En attendant Robert Capa de Susana Fortes

En attendant Robert CapaIl y a la fiction et il y a la réalité, nous dit-on. Certains êtres pourtant semblent vivre des vies si pleines et héroïques qu’ils ressemblent à des héros de romans. Gerda Taro et Robert Capa sont de ceux-là, elle moins connue que lui, parce que l’Histoire est machiste et que vingt-sept ans est un âge bien trop tendre pour mourir.

Susana Fortes saisit les deux photographes alors qu’ils ne sont encore que Gerta Pohorylle et André Friedmann. Elle Allemande, lui Hongrois, tous deux Juifs. Ils ont vingt ans ou un peu plus et ont fui l’Est de l’Europe qui tremble et saigne déjà des persécutions. A Paris, ils tirent le Diable par la queue, elle faisant des petits boulots de secrétaire, lui photographiant, déjà. La capitale grouille d’artistes et d’intellectuels : Man Ray, James Joyce, André Breton, Henri Cartier-Bresson… mais aussi de révolution.

Elle rencontre le ténébreux Hongrois, ils deviennent amants et il l’initie au photojournalisme. Ce n’est qu’en 1936 qu’ils obtiennent un permis de travail qui leur permet de régulariser leur situation. Et c’est le départ pour l’Espagne, ce pays dont parle le monde entier, l’endroit où il faut être quand on est reporter. Pour être plus bankable, ils ont pris des noms d’emprunt : « Robert Capa », ça en impose quand même auprès de la communauté internationale. Un nom, associé à une photo qui fera le tour du monde et qu’il détestera, se sentant responsable de la mort qu’il y saisit.

Mort d'un soldat républicain
Mort d’un soldat républicain par Robert Capa

En attendant Robert Capa fait figure de biographie romancée d’une jeune femme exceptionnelle de vie et d’envie. Elle ne s’est pas contentée de rester dans l’ombre du Grand Homme, elle a foncé seule selon ses désirs sans jamais prendre compte le danger. Son appareil photo était devenu son arme, son filtre aussi pour oser affronter la violence et la mort.

Nul romantisme exacerbé ici, la vie de ces deux aventuriers se suffisant à elle-même. Leur intimité est imaginée sans excès romanesque. C’est la découverte en 2008 de la fameuse « valise mexicaine » qui contenait les négatifs de Gerda Taro, Robert Capa et leur ami Chim qui est à l’origine de ce roman. Émue par une photo de la jeune femme endormie, Susana Fortes est partie à sa rencontre, par-delà le temps.

Gerda Taro endormie par Robert Capa
Gerda Taro endormie par Robert Capa

 

En attendant Robert Capa

Susana Fortes traduite de l’espagnol par Julie Marcot
Héloïse d’Ormesson, 2011
ISBN : 978-2-35087-153-0 – 256 pages – 19 €

Esperando a Robert Capa, parution en Espagne : 2009

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21 commentaires sur “En attendant Robert Capa de Susana Fortes

  1. J’ai vu l’expo sur la « valise mexicaine » (après avoir lu le roman ou avant, je ne sais plus, misère !) en tout cas l’expo comme le livre étaient chargés d’émotion.

  2. J’ajoute, d’après mon commentaire de 2013, que j’avais vu l’expo avant… 😉

    • Sandrine

      Et moi je le lis maintenant car j’irai voir l’expo Capa au château de Tours et je trouve que ce roman remet bien en place contexte et protagonistes.

      • J’allais te signaler cette expo (photos couleurs!) mais je vois que tu es au courant.

  3. Je l’ai abandonné à mi-parcours, le mélange fiction-réalité me dérangeait.

    • Sandrine

      J’aime bien les biographies romancées mais je comprends qu’on ne soit pas à l’aise avec le mélange des genres.

  4. j’avais beaucoup aimé ce livre, et j’étais ensuite allée voir l’expo au MAHJ que j’avais trouvée passionnante

  5. Il m’attend sagement dans la PAL, ce livre… 🙂

    • Sandrine

      C’est un bon livre, il pourrait te plaire.

  6. j’ai vu ,il y a quelques années , une expo sur le montage des photos , dont celle de Capa , qui est donc un montage mais je ne sais plus expliquer pourquoi , cela ne m’empêche pas d’aimer ce photographe , évidemment!

    • Sandrine

      Avec ce genre de photo reportage, ce qu’il est difficile d’appréhender c’est le contexte immédiat de la phot et ce qu’elle évoque pour celui qui la regarde. On imagine les circonstance dans lesquelles elle a été prise, on fantasme je dirais, mais la réalité n’est pas toujours exactement celle-là. Capa, comme bien d’autres photreporter a été rongé par le remords toute sa vie…

  7. Si je le trouve à la biblio., je le prends, je suis très intéressée

    • Sandrine

      Et si tu viens en Touraine, n’hésite pas à passer voir l’expo au château de Tours (et à me prévenir de ton passage !).

      • Je te remercie de ton invitation… Qui sait !
        Je vais quelques fois à Valencay

  8. Intéressant ça, je connais mal Capa, même si j’ai forcément vu certaines de ses photos 🙂

    • Sandrine

      Et un aventurier, un vrai : il te plairait 😉

  9. L’expo était très belle, mais le roman encore mieux ! J’avais vraiment beaucoup aimé le lire et j’en garde un souvenir très précis.

    • Sandrine

      Eh bien à toi comme aux autres : si tu viens à Tours à la nouvelle expo Capa, n’hésite pas à me faire signe.

  10. Billet très intéressant, je ne connaissais pas Robert Capa jusqu’à l’an dernier, un élève de 3e a présenté cette photo justement à l’oral d’histoire des arts.

    • Sandrine

      Mes filles n’ont pas eu cette matière mais mon fils oui et j’ai adoré ! Bien plus que lui ! J’avais plein d’idées de sujets et c’était stimulant ce mélange des approches. On avait notamment monté un dossier sur Boris Vian et Le Déserteur. Mon fils est tombé sur les buildings de New York, une thématique qui m’avait semblé originale et que lui a appréciée aussi.

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