Le secret de Tristan Sadler de John Boyne

Le secret de Tristan SadlerTristan Sadler quitte Londres pour se rendre à Norwich où il doit rencontrer une jeune femme. Il n’a que vingt-et-un ans et pourtant, il a déjà beaucoup vécu : en cette année 1919, il est un des rares jeunes hommes à être sorti physiquement intact des tranchées de la Première Guerre mondiale. S’il a donné rendez-vous à Marian Bancroft, c’est pour lui rendre les lettres que pendant la guerre elle a écrites à son jeune frère Will, décédé.

Le secret de Tristan Sadler se construit sur une alternance de chapitres : Marian et Tristan en septembre 1919, les tranchées en 1916. On comprend très vite les liens qui unissaient Will et Tristan : ce dernier a été chassé de chez lui quand son père a découvert qu’il était homosexuel. Il s’est tout de suite senti attiré par Will, qui lui lutte plus ou moins consciemment contre son penchant, accordant parfois ses faveurs à son ami qui ne sait comment interpréter ses sautes d’humeur.

D’une part donc la difficile homosexualité du narrateur, d’autre part le mystère planant sur la mort de Will. Le jeune homme n’est pas mort en brave, sur le champ de bataille. Il a connu une mort ignominieuse en temps de guerre qui a jeté l’opprobre sur toute sa famille au pays, y compris donc sa soeur. Et parce que John Boyne est un écrivain fin qui ne tombe pas dans la facilité psychologique, les raisons de sa mort sont plus subtiles qu’on ne croit.

John Boyne va jusqu’au bout de ses personnages, il les sonde et expose leurs tourments les plus profonds. Avec Marian, on appréhende la vie d’une famille britannique dont l’enfant s’est engagé en Europe, la vie des femmes (et même d’une féministe) pendant la guerre puis la honte et ses conséquences. Le sujet principal est bien sûr l’homosexualité à l’époque, la stigmatisation qui en découlait et le douloureux vécu des hommes ainsi mis au ban de la société. Si Tristan a survécu à la Grande Guerre, s’il deviendra un écrivain célèbre, un dernier chapitre en 1979 nous le donne à voir définitivement seul et incapable de s’apprécier. Être revenu vivant de la guerre ne lui aura valu aucun bien et toute considération lui aurait été ôté s’il avait affiché ses préférences sexuelles.

Il est aussi question de pacifisme avec des objecteurs de conscience qui refusent de porter les armes alors que la guerre a besoin de toujours plus de jeunes soldats et que des voix britanniques célèbres comme celle de Siegfried Sassoon se font entendre pour protester contre la prolongation inutile des combats. Le sujet a été abordé par Pat Barker dans son roman Régénération.

Un roman très psychologique, comme sait les écrire cet Irlandais qui décidément manie le thème de la guerre avec beaucoup de délicatesse.

John Boyne sur Tête de lecture.

La thématique Première Guerre mondiale sur Tête de lecture

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Le secret de Tristan Sadler

John Boyne traduit de l’anglais par Cathie Fidler
L’Archipel, 2015
ISBN : 978-2-8098-1657-0 – 327 pages – 21 €

The Absolutist, première parution : 2011

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16 commentaires sur “Le secret de Tristan Sadler de John Boyne

  1. Pourquoi pas, bien que j’ai un peu une impression de « déjà-lu »…

    • Sandrine

      Dans un roman qui aborde la Première Guerre mondiale, il y a des passages un peu obligés… c’est le reste que j’ai trouvé bien mené et notamment la difficulté de Tristan à expliciter ses secrets. Les personnages ne sont pas superficiels, c’est un plus aussi.

  2. un roman que j’aimerais lire , vais-je avoir le temps? Mon vœu pour 2016 augmenter de deux heures toutes mes journées….

    • Sandrine

      Dors moins ! 😀

  3. Je note l’auteur mais un roman « sur » l’homosexualité, bof…

    • Sandrine

      C’est un des aspects du roman, et qui en fait son originalité. Personnellement, je n’avais jamais lu de romans sur les homosexuels pendant la Première Guerre mondiale.

  4. Je suis tombée dessus en bouquinerie cette année et l’ai embarqué, j’espère que ça me plaira.

    • Sandrine

      Je l’espère aussi, et je le pense : bonne lecture !

  5. Un auteur qui manie le thème de la guerre avec beaucoup de délicatesse, la thématique de l’homosexualité pendant cette période, roman psychologique dans ce contexte, voilà qui n’est pas banal. Dans une période « curiosité sur les romans autour de la 1ère guerre mondiale », je me souviendrai de celui-ci.

    • Sandrine

      Je me demandais justement si les lecteurs n’en avaient pas complètement marre des romans sur la Grande Guerre… Il y en a eu beaucoup et il en sort encore, les lecteurs deviennent plus exigeants. Il me semble que celui-ci saura les satisfaire.

  6. Je ne connaissais pas du tout mais ton billet me donne envie de découvrir ce roman. J’aime quand la psychologie des personnages est fouillée.

    • Sandrine

      Alors il devrait te plaire en effet. A le lire, on constate que le statut des homosexuels même après la guerre n’était pas différent de celui qu’a connu un Oscar Wilde quelques années avant…

  7. Les objecteurs de conscience, on en parle peu, finalement.

    • Sandrine

      Il faut dire qu’en ce qui concerne la Première Guerre mondiale, il y en avait très peu au départ (0,3%) : la mobilisation a bien été générale. C’est la prolongation de la guerre, les massacres inutiles et l’incurie de certains officiers qui ont initié le mouvement.

  8. Le thème est prometteur. Je commence à avoir pas mal lu de romans sur la première guerre, mais si c’est bien traité, un de plus n’est pas pour me déplaire. Et on n’évoquera jamais assez la souffrance infligée aux hommes.

    • Sandrine

      Oui tout à fait, et ce point de vue-là, je ne l’avais jamais abordé. Et puis j’ai de plus en plus un faible pour cet auteur, grand public par les thèmes qu’il aborde et son style, mais que je trouve très fin.

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