Piotrus de Leo Lipski

PiotrusPour une raison qui restera inconnue, Piotrus décide de se vendre sur le marché de Tel-Aviv. Il suspend au-dessus de sa tête une pancarte :

A vendre

Piotrus vêtements compris

Bien qu’il ne soit pas dans un état bien reluisant, Mme Zinn,  « une dame d’un certain âge, de noir vêtue » et puant de la bouche décide de l’acquérir : elle a besoin de quelqu’un pour occuper ses waters. La tâche de Piotrus sera donc désormais de passer ses journées sur la cuvette des VC de sa propriétaire. C’est que la dame cherche à se débarrasser de ses locataires et espère en les obligeant à aller voir ailleurs plusieurs fois par jour les faire déguerpir.

Le vendu ira plus loin dans la dégradation physique puisqu’il servira de chien à Mme Zinn. Autant donc dire que le genre d’humour manié par Leo Lipski est des plus particuliers. Face à la déchéance du héros, bien plus anti-héros, brille la joyeuse insouciance de Batia, jeune adolescente prostituée qui a tout fait, tout vu, même avec les animaux. Grâce à elle, son vieux corps à encore droit à quelques plaisirs. Là encore, l’humour noir de Lipski pourra faire grincer des dents.

Dans une instructive préface à cette édition, Eric Dussert explique qui était Leo Lipski. Il connaît le goulag pendant la Seconde Guerre mondiale dont il parvient à s’échapper pour rejoindre les brigades polonaises. Mais il contracte peu après le typhus qui lui vaudra des années d’hôpital puis une hémiplégie. Enfermé dans son corps  inutile, il se cloître chez lui avec la littérature pour seule issue.

Qu’est-ce qu’un homme ? Un sac de glouglous, tout mou, tout humide, et percé de trous…

Un homme, c’est donc avant tout un corps nous dit l’infortuné Piotrus, un corps enfermé, un corps fantasmé, un corps déchu. Le roman aurait donc pu être plus que dramatique, mais Lipski choisit la voie de l’humour noir et dérangeant qui bouscule si bien nos modes de pensée.

L’Arbre vengeur renforce cet aspect grinçant en associant au texte des illustrations de Joko.

Illustration de Joko pour Piotrus de Leo Lipski
Illustration de Joko pour Piotrus de Leo Lipski

Piotrus

Leo Lipski traduit du polonais par Allan Kosko
L’Arbre vengeur (L’Alambic), 2008
ISBN : 978-2-916-1413-12 – 172 pages – 12 €

Piotrus, première parution : 1960

 

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12 commentaires sur “Piotrus de Leo Lipski

  1. Oooh mais c’est qu’il semblerait que tu aies fait une belle trouvaille là ! Je ne connaissais absolument pas l’auteur ni ce livre mais l’intrigue me plaît bien et je pense que ça pourrait bien me parler tout ça. Noté !

    • Sandrine

      J’ai pensé à toi en lisant ce livre tout à fait dans tes cordes…

  2. un roman pour le moins étrange, j’ai un peu de mal à travers ce que tu dis de m’en faire une idée , je vois qu’il semble déjà tenter une lectrice, je me demande bien ce qui est le déclencheur de son envie. Je reste dubitative.

    • Sandrine

      A Girl aime les livres qui sortent de l’ordinaire. J’ai créé pour ce livre le mot clé « farfelu » (et j’en ai profité pour l’ajouter à d’autres) mais j’ai tourné longtemps autour du bon adjectif : « loufoque » était pas mal aussi mais ça insinue que c’est avant tout drôle, « bizarre » est trop plat, « fantasque » aurait pu convenir, « extravagant »…
      Pour ce texte, il est préférable de savoir qui est l’auteur et ce qu’il a vécu, ce que permet la préface de cette édition.

  3. Je ne pense pas que ce livre soit pour moi ….

    • Sandrine

      Il est assez particulier et vaut lecture… mais il faut pour apprécier je crois avoir envie d’être un peu bousculé…

  4. pas certaine de me précipiter mais tu m’intrigues quand même alors je vais voir si la médiathèque l’a prévu dans ses achats

    • Sandrine

      Je crois que ce titre est épuisé ou en passe de l’être…

  5. Quel dommage, il n’est pas à la bibli, je viens de vérifier. Il m’attire et me repousse en même temps, je serais curieuse de le découvrir tout de même

    • Sandrine

      Avec ce genre de livre, on est à la fois attiré et un peu inquiet de ce qu’on va y trouver… dérageant mais attirant quand même puisque qu’il est presque épuisé (j’ai trouvé cet exemplaire au Salon du Livre de Paris l’an dernier quand deux villes polonaises étaient invitées).

  6. Voilà bien un type de livre qui, s’il ne ferait pas part de ma liste préférée à première vue, est étonnant ; merci de nous faire connaître toute cette littérature polonaise !

    • Sandrine

      Ce que j’aime dans la blogosphère littéraire, c’est qu’on y découvre de vraies pépites. Je ne suis pas une découvreuse moi-même, mais ce titre-là fait partie des auteurs polonais que je me suis mise à vraiment explorer en même que je tente d’apprendre la langue. Ceci dit, ça n’est pas demain que je les lirai en v.o. 🙂
      Bienvenue ici Patrice !

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