A toute berzingue de Kenneth Cook

A toute berzingueJohn Shaw est un brave type : il voit une fille qui court sur le bord de la route, en plein désert australien et qu’est-ce qu’il fait ? Il la prend à bord de sa petite Honda bien sûr. Parce qu’il le sait : il ne faut jamais au grand jamais sortir de sa voiture dans le bush sous peine de mort en moins de deux heures. Surtout en décembre, c’est-à-dire en plein été.

Il va s’en mordre les doigts John, et pas qu’un peu. C’est que Katie est poursuivie par un type, probablement un autochtone en colère, qui veut sa peau. Il l’a surprise alors qu’elle se reposait, lui a piqué son Land Cruiser particulièrement adapté au terrain et depuis la poursuit armé d’une hache. Il va donc continuer à poursuivre Katie et Shaw, eux dans la Honda, lui dans le 4 x 4. Et le type est un acharné qui n’abandonne jamais. JAMAIS.

Il les poursuivra non plus sur une route mais sur une piste qui s’étend à l’infini et enveloppe les véhicules dans des nuages de poussière qui occultent tout. Deux cents pages de course-poursuite, ça peut sembler long, sauf que Kenneth Cook s’est appliqué à semer la piste d’embûches : pneu crevé, réservoir percé, tempête de sable, kangourous, Aborigène têtu, les obstacles se multiplient et le lecteur serre les dents. Quand ses deux cibles se réfugient d’abord dans une mine d’opale abandonnée, il essaie de les enterrer, et ensuite dans un fantôme d’hôtel, il le détruit à coup de Land Cruiser.

Kenneth Cook est particulièrement connu chez nous pour ses nouvelles du bush réputées humoristiques, mais qui ne m’ont pas fait rire. J’ai tenté ma chance avec ce roman noir, très noir et pas drôle du tout. Bien m’en a pris car c’est dans son genre une réussite. A toute berzingue porte bien son titre qui suggère la vitesse et l’action. On sort de cette lecture complètement échevelé et plein de poussière. Surtout, on découvre l’outback le plus profond, ce qui vaut le voyage.

Le désert se décline en mondes différents. Rocaille. Sable. Pierre. Puis les étranges lignes de brousailles à l’emplacement des anciens soaks. La seule constante, c’est l’isolement extrême. L’isolement et l’immuable soleil assassin.

Les amateurs auront déjà tâté le terrain avec Wolf Creek, film de Greg McKean en date de 2005 (le présent roman de Cook s’il a été écrit en 1982 ne sort qu’aujourd’hui en France comme en Australie). On y voyait déjà des ruraux vraiment acharnés à pourrir les vacances de petits jeunes de la ville.

That's a knife !
That’s a knife ! (John Jarratt dans Wolf Creek)

Donc, je résume. En cas de panne dans l’outback, n’abandonnez en aucun cas votre voiture. Ne prenez jamais en stop une jeune fille même très court vêtue, même très en danger. Et n’oubliez pas votre livre de Kenneth Cook : il y a pire façon d’attendre la mort sous un soleil brûlant !

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A toute berzingue

Kenneth Cook traduit de l’anglais par Mireille Vignol
Autrement, 2016
ISBN : 978-2-7467-4307-6 – 229 pages – 18,50 €

Fear Is the Rider, parution en Australie : 2016

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A toute berzingue de Kenneth Cook

46 commentaires sur “A toute berzingue de Kenneth Cook

  1. Je n’ai pas accroché non plus à cet auteur ( c’était Le koala tueur ) , mais si je me souviens bien je n’ai pas insisté assez, et je pense que je retenterai, peut-être avec ce livre. Je dis peut-être

    1. Moi aussi c’était Le koala tueur : plus je lisais, moins ça me faisait rire… il faut dire que le livre ayant été encensé partout, mes attentes étaient grandes (et je ne ris pas facilement en lisant, il faut l’avouer…). Mais ce roman-ci est vraiment réussi dans son genre.

    1. Je crois qu’en France, il est plus connu pour ses nouvelles humoristiques mais en fait, ce n’est pas sa veine principale : il donne beaucoup dans le noir et avec conviction.

  2. Je fais partie des gens qui ont Kenneth Cook dans leur bibliothèque car pour un moi une petite nouvelle de cette auteur ça me reussit beaucoup mieux que n’importe quelle pillule chimique. Je ris et ça me redonne confiance dans l’esprit humain.

  3. J’avais beaucoup aimé le premier volume de nouvelles, un peu moins le deuxième (on se lasse…) et je ne suis pas sûre d’accrocher à cette course-poursuite. Déjà, je ne comprends pas les motivations de cet autochtone à la hache, alors… 😉

    1. Ce qui intéresse Cook ici ce n’est pas le bourreau mais les victimes. Donc on ne saura pas et on ne s’étend pas sur la psychologie de chacun : c’est l’action qui prime.

    1. Petite curieuse ! Eh bien non. Le roman s’inscrit typiquement dans le genre de film slasher avec tueur fou qui zigouille tout ce qui passe à portée sans qu’on sache pourquoi. Genre en vogue dans les années 80 et qui a donné lieu au pire comme au meilleur. Mais je te rassure ici : pas d’excès d’hémoglobine, tout est dans le suspens : combien d’obstacles vont-ils rencontrer, comment les surmonteront-ils et vont-ils s’en sortir ?

  4. Avais-tu lu « Cinq matins de trop », « Par-dessus bord » et « A coups redoublés » du même auteur ? C’est très très noir et vraiment excellent, tout à fait le même genre que celui dont tu parles (et que je note bien sûr 😉 )

    1. Justement, la préface est signé Douglas Kennedy qui explique qu’il a écrit Cul-de-sac après un voyage dans le bush : donc tu as tout à fait raison !

    1. Et de trois ! Ses nouvelles ont quelque chose de dépaysant, forcément, mais je ne les ai pas trouvées efficaces non plus. Peut-être à cause du recueil qui fait qu’elles sont enfilées les unes derrière les autres, c’est lassant. Essaie donc ses romans noirs, ils sont très efficaces.

  5. Ton billet arrive à point nommé : j’ai justement remarqué ce roman à la librairie il n’y a pas plus tard qu’une heure. Il faut dire que la couv est magnifique ! Je me méfiais néanmoins un peu de la quatrième comme toujours dithyrambique… Mais ton avis me convainc davantage de me laisser tenter.
    Une prochaine fois donc, puisque mon choix s’est porté sur un autre roman (que j’étais venue en fait précisément chercher 😉 )

    1. Pour les amateurs de grands espaces américains, le bush australien fonctionne très bien aussi, même version hostile comme ici. Je crois, à en croire Cook, qu’il est encore plus meurtrier et plus impitoyable par son climat…

  6. Aaah j’avais adoré Le koala tueur moi. Je me bidonnais dans le métro ! Par contre ses suivants dans la série des animaux ne m’ont plus amusée, je devais être lassée, en tout cas, la sauce n’a plus prise. J’ai souvent lu que ses autres livres étaient moins drôles, parfois même sombres, durs, noirs, ça me tentait encore moins. Mais il faudrait que je l’explore dans ce registre, oui, peut-être avec celui que tu as lu, tiens, ça pourrait me plaire. Et puis quel titre !

    1. Sûr que tu ne rigoleras pas avec ce roman, tu flipperas même en disant : « mais magnez-vous bon sang, magnez-vous » ! Tu verras : on y est !

  7. Celui est sympa,réussi dans son genre mais n’est pas du tout représentatif de son oeuvre puisque c’était au départ un scénar pour un tvfilm, genre « duel » version australienne. Mis à part l’outback en commun,ces autres romans sont beaucoup plus pensés que cette montée puissante d’adrénaline. »cinq matins de trop », »le blues du troglodyte »… mettent beaucoup plus en évidence des personnages citadins confrontés, par choix ou par obligation, à la vie dans la fournaise de l’intérieur du continent.En fait, je suis un fan, et les nouvelles,moi,je les trouve très réussies en plus d’être souvent hilarantes.
    S’il était né Ricain,Cook aurait beucoup plus de succès.
    Bonne journée Sandrine.

    1. Je n’en est certainement pas terminé avec cet auteur dont je découvre une (des nombreuses) facette aujourd’hui. Il est bien possible que les lecteurs français en fassent parfois un peu trop avec les auteurs américains (en défaveur des autres anglo-saxons) : tout le bruit médiatique qui se fait par exemple en ce moment autour de City on Fire me fatigue beaucoup…

  8. Bonjour Sandrine, voici un roman que je compte lire dès que je pourrai. A part La bête, j’ai aimé tous les romans de Cook publié chez les éditions Autrement. Bonne après-midi.

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Bonjour,
voici un article à lire sur Tête de lecture : http://yspaddaden.com/2016/02/05/a-toute-berzingue-de-kenneth-cook/