Neverhome de Laird Hunt

Neverhome« J’étais forte, lui pas, ce fut donc moi qui partis au combat pour défendre la République. »

C’est aussi simple que ça et aucune autre explication ne sera fournie à l’engagement de Constance. Son Bartholomew n’a pas la carrure ni les nerfs d’un soldat, elle est une femme forte et la voilà partie. Mais elle ne doit pas se montrer pour ce qu’elle, une femme car si l’Amérique est prête à reconnaître les Noirs comme des êtres humains à part entière et donc ayant le droit d’être libres, il n’en va pas de même pour les femmes. Une femme n’est pas l’égale d’un homme, elle ne peut mourir pour la patrie ou pour défendre ses idées armes à la main. Une femme sur les champs de bataille de la guerre de Sécession est une prostituée, une espionne ou une folle. Il n’y a pas d’alternative à ça.

Pour les besoins de la cause, Constance de vient donc Ash Thompson. Elle se bat comme un homme, voire mieux car jamais elle n’abandonne ni ne recule sous la mitraille. Quasi soldat d’exception, elle est remarquée par celui qu’elle appelle son colonel, qui cherche à faire d’elle, de lui, son tireur d’élite. Il comprend lui qu’elle est un homme à part, bien différent des autres…

… des hommes capables de pisser sur un chat à l’agonie. De violer une femme entrée dans l’automne de sa vie. De faire brûler une maison appartenant à des femmes d’église. De vous boucler dans une taule à fous et de vous y laisser pourrir.

Constance sera blessée, soignée par une infirmière qui s’attache à elle au point de refuser de la laisser simplement partir une fois guérie. Dans une seconde partie, Neverhomme relate l’internement de Constance dans une maison de fous, dont on sort forcément perturbé quand on y entre sain d’esprit comme elle.

Lair Hunt raconte la guerre de Sécession d’un point de vue inusité, extraordinaire voire même dérangeant tant on s’accorde à penser que les femmes n’ont pas leur place sur les champs de bataille. Elles ont été pourtant plusieurs centaines à prendre part sous l’uniforme à cette guerre-là. Laird Hunt ne juge ni explique, il raconte.

Il rejoint ainsi quelques beaux romans qui relatent le destin des femmes pionnières, que les westerns ont stéréotypé. On a lu dans Homesman le destin de celles qui n’ont pas supporté la violence de la vie et des mœurs et ont dû être internées. Dans Mille femmes blanches, il était question des femmes de mauvaise vie ou prétendues hystériques qui pour se sortir du bordel ou de l’asile ont accepté de partager la vie des « sauvages » indiens. Et voilà Constance, qui choisit son destin, surmonte la violence mais plie sous la loi des hommes. Dans une certaine mesure…

Neverhome c’est aussi une tragique histoire d’amour qui se lit dans les souvenirs de Constance qui chaque jour pense à son Bartholomew qu’elle rejoindra une fois son devoir accompli, pense-t-elle. Elle lui écrit et l’aime d’un amour sans faille. Mais quand elle rentre, les choses ont changé chez elle et elle n’est plus la Constance qui est partie. Elle est comme ces milliers, ces millions de soldats qui rentrent et pour qui la vie ne sera plus jamais la même, que la guerre soit celle d’hier ou celle d’aujourd’hui. Pour eux tous : neverhome, jamais plus rien ne sera comme avant.

America 2016

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Neverhome

Laird Hunt
Actes Sud, 2015
ISBN : 978-2-330-05302-4 – 261 pages – 22 €

Neverhome, parution aux Etats-Unis : 2014

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26 commentaires sur “Neverhome de Laird Hunt

  1. Beau billet ! Constance est un personnage qui me trotte encore dans la tête, j’ai énormément aimé cette lecture sur un thème que je ne connaissais pas.

    • Sandrine

      C’est femme sont semble-t-il largement oubliées, voire même cachées. Avons-nous eu nos combattantes en 1914 ? Mystère…

  2. Je suis contente que tu aies aimé, et j’aime bien le rapprochement avec Homesman et Mille femmes blanches, deux très beaux livres aussi !

    • Sandrine

      Ce qui me pose cependant question c’est : pourquoi que des écrivains hommes pour écrire sur le sort de ces femmes ?

  3. je suis moins enthousiaste, j’ai eu beaucoup de mal avec la deuxième partie du livre quand la folie envahit son cerveau, ma lecture est devenue très laborieuse .

    • Sandrine

      C’est je crois la partie que j’ai le plus appréciée… Il faut dire que j’aime assez l’histoire de la folie, ce qu’on considérait comme fou au regard de telle ou telle époque. Ça en dit beaucoup sur l’image qu’une société veut renvoyer.

  4. Beau billet et je note de sortir Mille femmes blanches de ma PAL !

    • Sandrine

      Oh mais oui, il le faut : c’est un très beau roman qui ne pourra manquer de te plaire.

  5. Tiens, le thème me tente, l’écriture à l’air fluide et les autres avis positifs. Je note !

    • Sandrine

      Constance est la narratrice du roman, ce qui donne effectivement beaucoup de fluidité au texte et nous la rend très proche.

  6. Que voilà un thème différent qui sort des sentiers battus, les livres de guerre ce n’est pas trop ma tasse de thé mais pour le point de vue :-)….

    • Sandrine

      On est moins sur les champs de bataille ici qu’avec les « hommes » quand ils marchent, attendent, mangent…etc, leur vie quotidienne. Puis cet horrible asile qui transformerait n’importe quel sain d’esprit en cinglé… Ce livre-là devrait te plaire.

  7. Une lecture bouleversante.

    • Sandrine

      J’ai dû relire la fin plusieurs fois pour me persuader de ce qui arrivait 🙁

  8. Très beau billet ! Un roman qui est déjà dans ma PAL suite au billet d’Aifelle et j’ai de plus en plus envie de le lire, il devrait être une des mes prochaines lectures (en tout cas il est tout en haut de ma pile ;0) Je rajoute le lien vers ton billet avec celui d’Aifelle, bises

    • Sandrine

      C’est le roman qui a remporté le premier Grand Prix de littérature américaine organisé entre autres par Francis Geffart qui est aussi l’organisateur du festival America : il y a des chances pour que l’auteur soit à la prochaine édition en septembre à Vincennes !

  9. Je suis restée un peu en dehors… (pas de billet). Il faut dire que dès le début j’ai eu du mal avec cette femme qui s’engage à la place du mari.

    • Sandrine

      Dans la mesure où il y a eu plusieurs centaines de femmes soldats durant cette guerre, j’arrive à imaginer celle-ci même si effectivement, la situation est étrange. Mais plus je lis et plus je pense que la fiction est loin d’être aussi étrange que la vraie vie…

  10. Déjà repéré, il va falloir que je me le procure, un très beau billet.

    • Sandrine

      Nul doute que c’est un livre à avoir dans sa bibliothèque…

  11. Je crois qu’il y a tout ce que j’aime dans ce roman…!

    • Sandrine

      Je crois aussi qu’il devrait te plaire 😉

  12. IL dicise ce roman ! J’avais aimé le premier roman de l’auteur mais j’hésite toujours.

    • Sandrine

      Et moi je n’hésite plus : il faut que je lise le premier !

  13. Je ne l’avais pas du tout repéré, mais il me tente bien finalement. Et puis j’ai lu de très beaux romans sur le quotidien des soldats ces dernières années, même si le thème ne me plaît pas a priori.

    • Sandrine

      Son quotidien à elle est vraiment exceptionnel, évidemment différent. C’est un beau texte qui devrait te plaire.

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