Vi de Kim Thuy

ViComme à son habitude, Kim Thuy nous propose un roman au titre très court et énigmatique. Vi est le prénom de sa nouvelle héroïne, née au Vietnam à la fin de la guerre et qui a donc grandi dans le Vietnam communiste. En la prénommant ainsi, ses parents dessinent déjà son avenir de femme : précieuse et minuscule, voilà comme ils la voient. C’est d’ailleurs peut-être le mieux puisque sur le pays est tombée une chape de silence en même temps que la dictature communiste.

Vi parviendra à fuir le pays avec sa mère et ses frères. Après les camps de réfugiés, c’est le Canada qui accueille sa famille. Il va falloir apprendre le pays, ses habitants, s’adapter à la langue et à un mode de vie occidental. Dans le cas de Vi, ça signifie s’émanciper.

S’émanciper en travaillant pour un cabinet d’avocat et en voyageant à travers le monde. Et même en retournant au Vietnam, mais dans le Nord du pays ce qui fera d’elle une traitre rouge aux yeux des siens. S’émanciper aussi dans sa vie sexuelle et sentimentale en ne choisissant pas le fiancé prévu par la famille, en rompant ses fiançailles avec celui qu’elle a elle-même pourtant choisi. Une libéralisation qui n’est pas du goût de sa mère qui voit là une honte indélébile. Le fiancé lui-même se satisfait d’avoir pu consommer Vi avant le mariage, mais il n’est finalement pas mécontent de rompre avec celle dont il n’aurait pas fait sa femme en raison de ses mœurs trop légères.

Dans l’exil, elle trouve la force de briser le carcan et d’être elle-même. Mais ce n’est qu’en tombant amoureuse d’un Français au Vietnam qu’elle pourra regarder son pays d’un autre oeil, en découvrir les beautés. Vincent lui en dévoile les richesses grâce à un regard nouveau et bienveillant.

Comme dans ses romans précédents, Kim Thuy met beaucoup d’elle-même dans Vi. Peu importe cependant la part autobiographique, le roman s’apprécie sans la connaître. La rencontrer s’avère pourtant un très chaleureux moment : Kim Thuy est une femme généreuse et volubile, à l’opposé des clichés sur les femmes vietnamiennes dont il est d’ailleurs question dans le roman. Pudique pourtant elle le reste. Le roman ne dévoile pas une vie, ni même une suite d’événements mais plutôt quelques épisodes, des anecdotes d’un parcours qu’on imagine souvent douloureux.

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Vi

Kim Thuy
Liana Levi, 2016
ISBN : 978-2-86746-831-5 – 137 pages – 14,50 €

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24 commentaires sur “Vi de Kim Thuy

  1. Je crois que c’est dans l’émission « l’humeur vagabonde » que j’ai entendu l’auteure et noté aussitôt son livre. J’ai bien l’intention de le découvrir.

    • Sandrine

      Et je pense que la découverte te plaira, même si son style est assez minimaliste.

  2. J’ai lu les deux premiers romans. Les thèmes sont proches mais les personnages et l’écriture sont touchants. Je lirai sûrement celui-ci

    • Sandrine

      Si tu as apprécié les deux précédents, celui-ci ne pourra que te plaire.

  3. C’estune auteure qui sait me toucher je lirai ce roman et je savoure par avance, grâce à ton billet, la problématique qu’il pose.

    • Sandrine

      J’ai d’abord été assez déstabilisée par l’attention portée plus aux détails qu’aux faits eux-mêmes, mais c’est au final aussi une belle façon de construire un personnage.

  4. Je le lirai aussi, à mon aise, je suis ravie que Kim Thuy (adorable, cette auteure, oui) publie un nouveau titre !

    • Sandrine

      Quel dynamisme, quelle générosité et quel entrain communicatif chez cette femme !

  5. J’ai lu Ru, il faudrait que je poursuive puisque cela avait été un coup de cœur !

    • Sandrine

      Tu ne seras pas déçue, il est tout à fait dans la lignée.

  6. Il me tente bien, ce portrait de femme.
    Et en plus, la couv est très belle (d’ailleurs, je dois très sensible aux couv aujourd’hui, car c’est au moins la troisième fois que je fais cette remarque ! Ceci dit, c’est tellement important, une couverture !)

    • Sandrine

      Oh mais oui c’est important et les éditeurs l’ont compris. Je ne compte plus les fois où j’ai craqué sur un livre juste pour sa couverture et les promesses qu’elle suscite à l’orée d’un titre, associée à un auteur…

  7. J’ai adoré Ru, Man m’attends et je pense lire celui.

    • Sandrine

      Je crois que quand on a lu un livre de Kim Thuy, on a envie de lire les autres…

  8. margotte

    Ce livre m’attend tranquillement dans ma PAL spéciale « Etonnants voyageurs »… Il sera lu sans doute durant l’été 🙂 La rencontre avec l’auteure fut tellement sympathique que j’attends cette lecture avec impatience. Bon dimanche à toi.

    • Sandrine

      C’est vrai : quand on entends ou rencontre une auteur comme elle, on a tout de suite envie de la lire !

  9. Je vais bientôt commencer « Ru », s’il me plait (ce dont je ne doute pas) je continuerai avec celui-ci

    • Sandrine

      Tu vas te précipiter sur celui-là !

  10. Des épisodes, des anecdotes, bof bof.

    • Sandrine

      mais au final, elles racontent une belle histoires ces anecdotes, c’est tout le style de Kim Thuy.

  11. ça me plairait je crois, cet insolite!

    • Sandrine

      Le sujet est original car on connait mal cette communauté, et la narration, d’abord un peu surprenante, ne tarde pas à charmer.

  12. J’ai beaucoup aimé comme les deux précédents romans de l’auteure, son style et ses procédés de narrations, en petites chroniques courtes qui s’assemblent peu à peu me touche beaucoup comme ça manière de raconter avec – je ne sais pas – douceur peut être, ds choses aussi dure que les boat people ou les camps de réfugiés. 🙂

    • Sandrine

      Je crois que l’expression « une petite musique » s’adapte bien au style de cette auteur.

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