L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet de Reif Larsen

extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. SpivetParce que son mentor, l’universitaire docteur Yorn, a envoyé ses dessins à plusieurs revues scientifiques, Tecumseh Sansonnet Spivet, dit T.S. se retrouve lauréat d’une bourse du prestigieux musée Smithsonian. Il est invité à venir chercher son prix à Washington et à faire un discours à l’occasion. Mais ce que le secrétaire du Smithsonian ignore, c’est que T.S. Spivet n’a que douze ans. Et que personne, pas même ses parents, ne sait rien de ces concours et encore moins de sa réussite. Depuis le Montana, T.S. décide de faire le voyage jusqu’à Washington sans rien dire à personne.

L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet se présente donc comme un road movie, sans la route cependant puisque T.S. n’est pas en âge de conduire. Il choisit de prendre le train, et de se faire hobo, autre mythe américain s’il en est. Ce n’est pourtant pas le voyage en lui-même qui compte, puisque caché dans un camping car du train de marchandise, T.S. ne voit pas grand-chose des paysages qu’il traverse. L’important, c’est bien T.S. lui-même, cartographe compulsif, petit bout de génie intarissable qui a bien du mal à se trouver une place dans l’Amérique contemporaine.

Le père de T.S. s’affirme homme de l’Ouest pur et dur. Eleveur de chevaux, c’est un taiseux qui mène son ranch comme au XIXe siècle. La virilité et les armes sont ses valeurs et il a fait de son salon un temple du Far West. Maman n’est pas moins originale : scientifique pure et dure, elle a voué sa vie et sa carrière à la recherche de l’improbable cicindèle vampire. Comment ces deux-là ont pu se plaire reste un mystère aux yeux de T.S. Il y a aussi Gracie dans la famille, la grande sœur, et jadis, un an auparavant encore, il y avait Layton le petit frère. Il est mort alors que les deux garçon faisaient des expériences avec une carabine dans la grange. Plus personne à la maison ne parle de Layton mais T.S. pense sans cesse à lui : est-il responsable de sa mort ?

T.S. est un merveilleux personnage, un surdoué génial qui dessine, dresse des cartes et fait des schémas de tout ce qu’il fait, tout ce qu’il voit. C’est un boulimique pour qui le monde n’est jamais assez grand. Un peu comme Reif Larsen qui ne saurait se contenter d’écrire un banal roman. L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet contient donc une autre histoire que celle de T.S. (celle d’une scientifique de ses ancêtres) ainsi que quantité de graphiques, dessins, explications et autres précisions dans les marges. Un peu comme le cerveau de T.S., le livre explose et se présente sous forme de débordement narratif que les cadres du roman traditionnel ne sauraient contraindre.

Illustrations T S Spivet

L’histoire de T.S. elle-même n’est donc jamais alourdie par des explications ou des descriptions : le lecteur curieux les trouvera dans les marges. C’est aussi à ces marges que l’enfant confie sa détresses après la mort de son frère dont il se sent coupable. Le procédé est habile, parfois et bien souvent instructif. Il peut sembler farfelu, tout comme T.S., il est surtout hors norme, original et très adapté au personnage : à l’image de son activité intellectuelle.

Si T.S. affirme qu’il n’est pas un homme de l’Ouest comme papa, il apparaît qu’il n’est pas non plus un homme de l’Est. Alors que l’Ouest, terre de mythes résonne encore de la grande geste des pionniers, l’Est est terre d’intellectuels, de création et de recherche scientifique. Mais de ce rêve-là il ne reste pas grand-chose et T.S. va le découvrir par lui-même : les institutions les plus éminentes sont gangrénées, c’est donc ailleurs qu’il devra trouver passionnés à sa mesure.

On a donc là bien plus que la gentille histoire d’un garçon qui traverse l’Amérique, même s’il n’est pas interdit d’apprécier plusieurs niveaux de lecture.

Reif Larsen sur Tête de lecture

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L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet

Reif Larsen traduit de l’anglais par Hannah Pascal
Nil, 2009
ISBN : 978-2-84111-409-2 – 374 pages – 21,50 €

The Selected Works of T.S. Spivet, parution aux USA : 2009

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33 commentaires sur “L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet de Reif Larsen

  1. ouais ! Tentant une fois de plus, mais là, je ne vais pas y arriver

    • Sandrine

      Mais si : éteins ton ordi 😉

  2. Je l’ai lu en version poche (mais assez grand, le poche) avec aussi les notes qui débordent. Beaucoup aimé.

    • Sandrine

      Ouch, ça doit être écrit petit dans les marges…

  3. Il est dans ma pile à lire depuis que je l’ai gagné à un concours… et il attend, attend… ce n’est pas celui qui me tente le plus, mais ton avis pourrait me faire changer.

    • Sandrine

      Peut-être te souviens-tu que nous avions gagné un même livre lors d’un concours (de Justin Gakuto Go : Passent les heures) : le mien est toujours à attendre…

  4. J’avais bien aimé surtout les dessins. Je l’avais chroniqué pour un petit journal local dans le cadre des « Étonnants Voyageurs » il y a 3 ans . Je sais que tout en aimant beaucoup ce roman j’avais trouvé que centrer le roman sur un enfant totalement hors norme ne me satisfaisait pas complètement , pour moi l’enfance ordinaire est absolument géniale .

    • Sandrine

      Hum… ça dépend peut-être alors de l’enfance qu’on a vécu. je ne me souviens pas du tout de la mienne avec enthousiasme…

      • Je ne me souviens pas non plus de mon enfance comme un moment génial. Ce n’estpas ce que je voulais dire. Mais la force des enfants c’est d’avoir un côté extraordinaire qu’il n’imagine pas. Le même roman avec un enfant qui ne serait pas surdoué m’aurait davantage plu.

  5. Alors, je l’ai commencé le mois dernier et j’ai du mal, j’avoue. TS est étonnant mais peu attachant et difficile à suivre tant ça bouillonne dans sa tête. Il a aussi un vrai problème dans sa relation aux autres et du coup j’avais senti une vraie barrière que je n’ai pas réussi à passer. Ajoutons à cela un livre érudit et riche en détails, ce qui est très bien quand la narration facilite mais plus compliqué ici.
    Ceci dit, le livre est toujours sur ma table de nuit, le marque page dedans. Je ne m’interdis pas de le reprendre.

    • Sandrine

      Je trouve qu’il en dit plus sur lui dans les marges, sur la mort de son frère par exemple, comme si la pudeur l’empêchait de le dire directement. Je l’ai trouvé très attachant ce gamin, parce que différent et incapable de trouver une place. J’espère que tu vas continuer ta lecture et plus l’apprécier.

      • J’avais eu le même sentiment avec « Le bizarre incident du chien pendant la nuit » de Mark Haddon. La personnalité différente m’était attachante au départ mais sur la longueur j’ai plus de mal. Ses préoccupations m’intéressent, ses difficultés aussi. Mais dans la narration, je trouve ça compliqué à lire.
        Après, tu as raison, je n’envisage pas de ne pas lire les marges, bourrées de détails vraiment éclairants.

  6. Comme je te le disais dans ton billet sur Je m’appelle Radar, j’attends toujours que ma soeur me le prête. Et du coup, entre les deux, tu conseillerais lequel en priorité?

    • Sandrine

      Ils sont vraiment différents… Je m’appelle Radar est je trouve plus réjouissant quand on aime les jeux de références littéraires, c’est dans la veine d’un Borges. Si dans Spivet il raconte une histoire parallèle, celle de l’aïeule, dans radar, il y en a beaucoup plus : il faut aimer se faire raconter des histoires…

  7. J’avais beaucoup aimé !

    • Sandrine

      Il a soulevé de nombreux enthousiasmes !

  8. J’avais beaucoup aimé ce roman, lu lors de sa parution…

    • Sandrine

      Il a un petit grain de folie tout à fait contagieux ce roman !

  9. A prendre en grand format à al bibliothèque du coup 🙂

    • Sandrine

      Oui, je pense qu’on en profite mieux !

  10. J’avais adoré ce roman ! Et surtout le jeu entre les textes dans la marge et la narration principale, qui donne une complexité au personnage et du coup une densité un peu dissonante à ce road movie. Je m’étais du coup précipitée à la sortie du film. Erreur, tout y est aplati !

    • Sandrine

      J’ai préféré ne le regarder : comment en effet rendre ce dynamisme de la narration, la richesse de ce personnage, sans parler de l’autre histoire, celle de l’aïeule ? Je m’en tiendrai au roman…

  11. J’ai aimé l’originalité de ce livre avec des dessins, des explications dans les marges, j’ai apprécié l’histoire. Un beau souvenir

  12. j’aime bien les road movies, c’en est un original. Tant mieux.

    • Sandrine

      Et tu verras, je suis sûre que T.S. te plaira !

  13. J’ai failli l’acheter à Saint Malo. Mais vraiment failli. J’étais à deux doigts de le faire. Mais je ne l’ai pas fait. Pas sûr que je résiste une nouvelle fois si je passe à nouveau devant ceci dit… 😀

    • Sandrine

      Tu aurais dû ! C’est un roman dont l’invention te plaira, le genre de livre qu’on doit parfois retourner pour lire ce qui se cache dans ses marges…

  14. Normalement ce livre est tout à fait le genre dans mon créneau (et il est fort possible que j’adore) mais je ne sais pas pourquoi, depuis sa sortie, quelque chose me fait douter que j’accrocherai (et ce n’est ni son succès, ni le côté pavé). Par contre, l’autre que tu as présenté, « Je m’appelle Radar », aucun doute. Bizarre.

  15. Le concept même du livre est génial, avec ces annotations, ces annexes qui vont au-delà d’un roman traditionnel. Je l’ai en format poche, et je regrette presque car le grand format est un objet en soi !

  16. Si je le trouve, oui

  17. Un livre et un film magnifiques 🙂

    • Sandrine

      Je me suis fait ma petite magie, mon film à moi et du coup, je n’ai pas envie de voir la version Jeunet…

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