Big Daddy de Chahdortt Djavann

Big Daddy« Moi, on n’a jamais su qui étaient mes parents, j’étais né comme un chien, abandonné dans la rue, on m’appelait « avorton ». »

Lui, c’est Rody. Condamné à la prison à vie à l’âge de treize ans sans possibilité de libération. Pour le meurtre de trois personnes, de sang froid et avec préméditation. Qui est Rody ? Qui est cet enfant meurtrier ? Et surtout, comment devient-on Rody ?

Celle qui s’interroge ainsi c’est Nikki, avocate pendant vingt ans. Elle s’en veut de la condamnation de Rody, a abandonné le métier pour se faire libraire. Mais elle continue à le visiter. Elle lui demande de lui raconter sa vie, sa vie aux côtés de Big Daddy, ce truand qui l’a pris sous son aile alors qu’il n’était qu’un enfant des rues. Elle lui apprend à lire, à écrire, à s’exprimer. Et l’adolescent qu’il est devenu accepte de faire le récit de sa vie et d’être enregistré.

Les chapitres en italique sont le récit de Rody. Les autres sont l’histoire de Nikki, histoire familiale marquée par la mort accidentelle de son jeune frère dont elle s’est toujours sentie responsable, puis par le suicide de sa mère devenue folle de douleur. Elle prend très à cœur sa « mission » auprès de Rody car elle ne tarde pas à être persuadée qu’il aurait pu bénéficier de circonstances atténuantes.

Lors de son procès, l’enfant qu’il était a en effet passé sous silence bien des épisodes traumatiques qu’il raconte désormais à Nikki. Big Daddy voulait faire de Rody son fils, ayant lui-même pour modèle Hitler et Staline, des hommes forts et inflexibles. Puissants et craints. L’enfant vit entouré de tueurs impitoyables et de pervers psychopathes. Il est contraint d’assister à des scènes de torture ; la violence est son quotidien.

Rody grandit en prison, et Nikki s’attache à lui. Elle se persuade un jour qu’elle peut obtenir la révision de son procès et le sortir de là.

Avec Big Daddy, Chahdortt Djavann nous offre un roman noir impitoyable, avec son lot de scènes très dures. Les chapitres consacrés à la vie personnelle de l’ex-avocate contrastent avec le récit de Rody, et peuvent sembler hors de propos mais tout se lie intelligemment à la fin et de fait, un suspens prenant s’installe jusqu’à la toute dernière page. Qui est vraiment Rody ? Après toute une enfance près de Big Daddy puis dix-sept ans en prison, qui est-il ? En l’écoutant semaine après semaine, Nikki construit la personnalité du jeune homme, s’implique bien au-delà d’une avocate ou d’une visiteuse de prison : quelles en sont les conséquences sur sa vie ?

Un roman à l’américaine atypique dans la production de l’écrivain d’origine iranienne, mais une réussite.

Lire le monde iconeD’autres lecteurs ont décidé de lire Chahdortt Djavann pour une publication commune aujourd’hui dans le cadre du groupe Facebook Lire le monde. Rejoignez-nous pour varier vos lectures !

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Big Daddy

Chahdortt Djavann
Grasset, 2015
ISBN : 978-2-246-85178-3 – 283 pages – 18€

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18 commentaires sur “Big Daddy de Chahdortt Djavann

  1. J’ai découvert cet auteur il y a peu, avec son dernier roman que j’ai vraiment adoré ! Je suis très curieuse de savoir ce qu’elle a écrit d’autre. Ce roman notamment semble très différent de celui que j’ai pu lire. Je prends note 🙂

    • Sandrine

      Je n’ai lu que celui-là qui semble en effet différent de ses livres d’inspiration autobiographique qui traitent du sort des femmes iraniennes. Aujourd’hui, j’organisais une lecture commune dans le cadre de Lire le monde : tu pourras trouver des liens vers d’autres billets lectures de cette auteur sur la page facebook du groupe (si tu as un compte, tu n’as qu’à demander à le rejoindre pour les consulter).

    • Rofaïda

      Le premier roman que j’ai lu de Chahdortt Djavann, « la muette » m’a vraiment marqué et m’a fait découvrir une grande auteur à mon sens.
      Je me suis alors intéressée à cette auteur et j’ai depuis lu d’autres ouvrages dans des styles et thématiques à chaque fois différents : »A mon corps défendant l’occident » sur la question de l’islamisme et la responsabilité de l’occident / « Je ne suis pas celle que je suis » d’une construction impressionnante où deux histoires d’une même femme s’entremêlent entre le divan d’un psy à Paris et les épreuves vécues à Téhéran/ « Autoportrait de l’autre », histoire de la vie et de la mort.
      Je n’attends que le moment de lire ce roman mais avec une certaine appréhension à la lecture des différents commentaires.

      • Sandrine

        Bonjour Rofaïda et bienvenue ici. Je n’ai lu que ce titre de Chahdortt Djavann mais je pense qu’il est différent de ces autres romans puisqu’il s’agit avant tout d’un roman noir. Disons qu’il est moins idéologique que les autres.

  2. Je n’ai pas encore lu cette auteure, me conseillerais-tu celui-ci pour commencer ?

    • Sandrine

      Si tu aimes le roman noir oui. Mais sois prévenue : il y a des scènes vraiment très dures (les scènes de torture auxquelles Rody doit assister enfant).

  3. Pas d’iran là dedans à première vue (j’en ai lu un, plus autobiographique, il y a … longtemps)

    • Sandrine

      La mère de l’avocate est iranienne, mais sinon, l’Iran n’a en effet rien à voir. J’ai encore une fois choisi d’aborder ce pays qui me semble si différent du mien par un titre qui ne m’éloigne pas trop de ma zone habituelle de lecture…

  4. Bon, je pense que ce roman doit être très intéressant, tout comme doit l’être cette auteure qu’il me faut découvrir. Mais la réponse que tu as faite à Aifelle me refroidit un peu. J’en essaierai plutôt un autre. Les scènes de torture, je ne peux pas.

    • Sandrine

      Il y en a deux assez sévères, même moi j’ai froncé le sourcil…

  5. Valentyne

    Hormis les scène de tortures, ce livre pourrait me plaire …

    • Sandrine

      Le genre de scènes qui ne plait pas… Ceci dit, elles sont réussies puisqu’elles révulsent et fascinent en même temps d’une certaine façon. Rien de pire qu’une scène de torture ratée où le lecteur ne frémit même pas un peu…

  6. Hormis le bémol mentionné dans mon billet, j’ai trouvé moi aussi qu’elle s’en sortait tout de même avec les honneurs… il y a du rythme, de la tension, du noir…
    Je suis très curieuse de découvrir sa facette plus « habituelle ». J’en ai acheté un autre, je crois que c’est « Je suis d’ailleurs » ou quelque chose d’approchant.

    • Sandrine

      Je ne pense pas aborder tout de suite ses romans beaucoup plus engagés…

  7. Tu me mets l’eau à la bouche….

    • Sandrine

      Je pense que ce roman te plairait.

  8. je ne suis pas fan des scènes violentes, très dures, je ne suis pas sûr qu’elles apportent toujours quelque chose au récit

    • Sandrine

      Moi non plus, mais j’ai cru comprendre l’utilité de celles-ci : tout gamin, il est contraint d’assister à des scènes très violentes qui évidemment forgent son caractère… Ce que le lecteur répugne à lire, l’enfant doit le vivre : procédé efficace…

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