La meute : l’affaire Polanski par Yann Moix

La meuteEn mars 1977, le réalisateur Roman Polanski, 43 ans et mondialement connu, a une relation sexuelle avec la jeune Samantha, treize ans. En août, il se reconnaît coupable de détournement de mineure et fait un mois et demi de prison puis quitte les États-Unis pour ne plus jamais y revenir : il risque cinquante ans de prison. Il s’installe en France. Ainsi commence ce qui de décennie en décennie deviendra l’affaire Polanski.

En 2009, trente-deux ans après les faits, il est arrêté en Suisse et emprisonné. Entre temps, il a versé 225 000 dollars à Samantha qui lui a publiquement pardonné et a demandé l’arrêt des poursuites. Car, dit-elle, l’acharnement médiatique dont elle est elle aussi victime, lui a fait au final plus de tort que sa relation avec Polanski. En Suisse il est assigné à résidence et porte un bracelet, comme un délinquant. Il a soixante-seize ans.

Aujourd’hui en 2016, la Pologne revient sur la décision du tribunal de Cracovie de 2014 de ne pas extrader le réalisateur franco-polonais vers les États-Unis.

Roman Polanski aura quatre-vingt trois ans dans quelques jours. Les faits qui lui sont reprochés, qu’il n’a jamais reconnus (elle dit qu’elle a été violée, il nie : c’est une parole contre une autre et aucun procès n’ayant eu lieu, personne ne peut affirmer que Polanski a violé cette jeune fille), les faits donc remontent à près de quarante ans. Il semble donc qu’il y ait deux justices : celle pour monsieur-tout-le-monde qui s’éteint par prescription et une pour Roman Polanski qui sera poursuivi jusqu’à sa tombe.

Cet acharnement médiatique et judiciaire ressemble à s’y méprendre à la traque d’un ancien nazi.

Yann Moix écrit sur l’affaire Polanski un texte qui n’est pas qu’une défense contre « ses dégueulasses accusateurs aussi nombreux que sans visage ». C’est aussi une réflexion très intéressante sur notre société, son rapport à la justice, sa bien-pensance, sur les jugements et condamnations portés sur Internet par des masses anonymes, ignares et haineuses. L’information ne se résume-t-elle pas en grande partie de nos jours à des bruits de couloirs et des calomnies montés en épingle par la viralité du net ? A des articles racoleurs mille fois partagés ? Qu’est-on prêts à croire sur des sujets qui suscitent des réactions passionnelles et épidermiques ?

Malgré quelques digressions et diatribes aussi inutiles que méchantes (sur la Suisse par exemple, que pourtant Polanski apprécie beaucoup), La Meute est un texte intellectuellement stimulant. Il décortique l’Affaire Polanski (Yann Moix l’écrit avec ce a majuscule) d’un point de vue tout à fait partisan et amène le lecteur à réfléchir. Il le déclare : Polanski est un génie. L’argument n’est bien sûr pas suffisant et ne l’autorise pas à violer une jeune fille. Il revient donc sur les faits.

Et c’est la partie la plus délicate, là où Yann Moix risque de se faire lyncher : y a-t-il eu viol ? Sa théorie est que la jeune Samantha a en quelque sorte été livrée à l’illustre réalisateur par sa mère, actrice aigrie et ratée, pour lui tendre un piège à lui, et que le piège a fonctionné.
Il souligne par ailleurs qu’aujourd’hui, une relation sexuelle avec mineure s’appelle pédophilie et que le pédophile aujourd’hui, c’est Marc Dutroux. Et de Dutroux à Polanski, il y a un abîme et bien des années durant lesquelles les mentalités ont changé.

Polanski n’a pas enseveli une jeune fille sous la glaise d’un jardin.

 

Dans les années 70, David Hamilton connu une gloire internationale grâce à ses photos de très jeunes filles nues
Dans les années 70, David Hamilton connut une gloire internationale grâce à ses photos de très jeunes filles nues

Il est impossible de résumer en quelques mauvais mots ce que Yann Moix s’applique à exposer à l’aide d’un vocabulaire choisi, ce serait ruiner sa démonstration. Il se montre quoi qu’il en soit convaincant.

L’acharnement juridique et médiatique dont est victime Polanski a-t-il des raisons d’être ?

Après avoir éclairci les faits, avoir recontextualisé l’affaire Polanski, Yann Moix décortique cet acharnement. De fait, il analyse ce qu’Internet permet aujourd’hui grâce à l’anonymat. En quelques clics on se fabrique un site, un blog, une identité anonyme grâce à laquelle on peut juger, pérorer, lancer des anathèmes. A la meute des journalistes s’agrège celle des anonymes du net, où « n’importe quel raté intégral devient éditorialiste », se fait juge et dans le cas Polanski se ferait même bien bourreau : c’est l’e-meute.

La plupart des membres de l’e-meute veulent être célèbres mais pas très. Les autres, sur les forums, prennent des pseudos. On ne le dit jamais assez, mais qu’est-ce qu’une insulte sous pseudonymes ? Une lettre de corbeau. Une dégueulasserie de collabo. Internet jouit (au sens sexuel du terme) de ses milliards de dénonciations journalières. Le Web permet à des milliards d’opinions pseudonymées de circuler : les cerveaux les bien moins faits, les raisons les plus nullement défaillantes, les esprits les plus explicitement bornés ont un droit de cité, un droit de proclamer, d’exiger, de baver, qu’aucune autre époque n’aura connu. Sur le Net, les propos à l’encontre de Polanski et de ceux qui prennent sa défense sont abjects, innommables. Déjections infinies… Poubelle mondiale…

Pour Yann Moix, Roman Polanski, c’est Joseph K : les citations sont nombreuses, les rapprochements pertinents. Car en plus de l’animosité naturelle des masses à l’encontre des génies, Polanski est aussi victime parce qu’il est Juif, estime Yann Moix. Et donc coupable, forcément coupable si l’occasion se présente… La démonstration se fait ici moins pertinente, plus paranoïaque : la meute de l’affaire Polanski s’acharne sur celui qu’elle estime pédophile, non sur le Juif, me semble-t-il.

Yann Moix se laisse parfois entraîner dans des digressions qui pour s’écarter du sujet n’en sont pas moins passionnantes. Il parle de l’ignorance érigée en tendance (« il y a une prime à la nullité et, en même temps, une frime de la nullité. Une Nuls-attitude, extrêmement cool »), alors que les intellectuels sont ennuyeux et ringards. Dans des pages absolument limpides et géniales, il souligne l’emprise des soi-disant humoristes, le règne de la rigolade obligatoire :

… il y a toujours un comique tapi derrière, dans les couloirs d’une chaîne de télé, gourmette et cheveux en bataille, petit look étudié, pour transformer les œuvres réelles et terribles du monde mondial et réel en débilité pétomaniaque, en calembour d’ivrogne. Ceux qui meurent de froid dans les pays impossibles, sous les fusils de quelque guerre, les hommes et les femmes qui prennent des décisions pour l’érection d’un monde moins vulgaire, sont aussitôt, dans les mains des marionnettistes et des  humoristes, malaxés de telle sorte qu’ils deviennent risibles, matière de risibilité. L’accomplissement de l’humour passe perpétuellement par une vision dérisoire du monde : la moquerie n’est qu’une lecture impuissante de la complexité ; elle révèle une pensée écrasée par l’intelligence du monde et de la mémoire du monde. C’est l’inculture, cette crasse, qui, mouillée dans les jeux de mots sempiternellement identiques aux jeux de mots de la veille, de la veille de la veille et ainsi de suite jusqu’à Thierry Le Luron, rend datés, moisis les événements de l’Histoire.

Merci à Yann Moix pour ce texte qui prend parti avec intelligence et donne au lecteur des outils pour réfléchir à ses actes et à son implication intellectuelle.

Et longue vie monsieur Polanski, faites-nous encore de nombreux films !

Roman Polanski

La Meute

Yann Moix
Grasset, 2010
ISBN : 9782246770510 – 266 Pages – 17,30 €

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24 commentaires sur “La meute : l’affaire Polanski par Yann Moix

  1. C’est vrai que le sujet est intéressant par tout ce qu’il soulève de questions, mais de là à lire Yann Moix…

    • Sandrine

      C’est la première fois que je le lis. Je ne le connais pas par ailleurs, je crois savoir qu’il passe parfois à la télé mais je n’en ai pas. Je crois qu’il est plutôt romancier d’habitude, je ne sais pas s’il est convaincant dans ce genre-là mais pour ce qui est de ce texte, il est intelligemment argumenté et donne à réfléchir sur nos pratiques. C’est vraiment un texte intéressant et stimulant.

  2. Comme Papillon, Yann Moix …. mais c’est vrai que certains extraits sont tout-à-fait justes. Quant à Polanski, à partir du moment où la principale intéressée a renoncé aux poursuites, je ne vois pas pourquoi les Américains s’acharnent, alors que chez eux il y a tant à dire sur la protection de l’enfance !

    • Sandrine

      Finalement, c’est certainement un plus de ne pas connaître l’auteur avant lecture : il semble agacer la moitié de l’humanité 🙂 Je n’avais aucun a priori avant lecture, mais en lisant, j’ai pu constater quelques diatribes paranoïaques, à juste titre semble-t-il. Peut-être est-il désagréable à l’écran, en tout cas à le lire, on ne peut que constater qu’il sait argumenter avec intelligence ses convictions. Et au-delà, il pousse le lecteur à s’interroger.

  3. Je ne sais pas s’il « faut » lire Yann Moix ou pas, pour ma part, mais les extraits proposés me semblent bien poussifs ( on enfonce un peu des portes ouvertes, non?) et désagréablement rédigés de plus. Quel intérêt , tout ca ? Et, de grâce, pas de rapprochement avec la traque d’un nazi…

    • Sandrine

      Ça n’est pas un grand styliste mais ses arguments sont efficaces. Peut-être enfonce-t-il des portes ouvertes, je ne sais pas, mais je ne me souviens pas d’artistes, d’auteurs ou de créateurs qui aient pris à ce point parti pour Polanski en France, au point d’aller au-delà de déclarations aux médias pour écrire un livre et le faire éditer, c’est-à-dire quelque chose qui restera et que tout le monde peut lire, et contredire le cas échéant. J’espère qu’il y en a plein d’autres.
      Et la comparaison avec la traque avec les anciens nazi me semble pertinente. Non que je compare Polanski à un nazi ni que ce dont on l’accuse puisse être comparé aux crimes de n’importe quels nazi. C’est dans l’acharnement des poursuites. Qui, quarante ans après les faits, est encore à ce point poursuivi par une machine judiciaire ?

  4. Vaste sujet auquel s’attaque Yann Moix. Il me semble qu’il y a dans cet affaire quelque chose à dire sur le puritanisme américain, mais aussi sur les causes de cet acharnement. Polanski est une figure symbolique de quelque chose, de l’establishment qui se croirait tout permis. C’est une façon d’affirmer que l’Etat n’oublie pas.
    Mais dans ton billet, on a l’impression qu’il parle surtout des médias et des anonymes qui s’en prennent à lui. Ce n’est qu’une partie du problème. Même la Pologne fait un acte politique en voulant le livrer aux EU, sans doute en rapport avec l’OTAN, tout ça tout ça. Moix oublie une partie du problème. (mais j’ai moi aussi un peu de mal avec ce type 😉 )

    • Sandrine

      Mon billet ne reprend pas la totalité de ses arguments. Il est clair que Polanski quelque part paie symboliquement pour d’autres. Il y a là une façon de dire qu’il n’y a pas une justice pour le commun des mortels et une justice pour les riches, que tout le monde est logé à la même enseigne. Or, c’est l’inverse qui arrive : il y a une justice pour Polanski, et une justice pour les autres…
      Et pour la Pologne, le problème est aussi idéologique et politique. Le nouveau gouvernement ultra-conservateur n’en finit pas de renier ce qu’ont fait les précédents pour sortir le pays de sa gangue nationaliste et passéiste. La fermeture est en marche là-bas à une vitesse inquiétante…

  5. Annick M.

    Polanski m’a beaucoup déçue en déclarant à un Festival de Cannes de ces dernières années qu’il était contre la pilule anticonceptionnelle, que l’usage de cette pilule avait rendu la femme trop libre. J’étais plus que déçue, atterrée… Je le croyais tellement plus intelligent…

    Bon. Pour ce qui est de l’affaire dont parle Yann Moix, je ne comprends pas moi non plus que les EU s’acharnent de cette façon depuis tant d’années, alors que la victime, d’après ce que l’on dit, a retiré sa plainte , et ne lui en veut pas, ou moins qu’à tous ceux qui continuent à en parler. De toute façon, il paraît qu’à treize ans, elle était déjà très femme, passablement délurée, et un peu consentante… Ce n’est pas comme un très jeune enfant pas du tout pubère et complétement ignorant, qui ne sait rien, qui ne sait pas ce qui lui arrive, enfin, il me semble… A treize ans, très femme et un peu délurée (pourquoi pas ? je ne dis pas que « c’est pas bien », je ne juge surtout pas…), on sait quand même un peu ce que l’on fait, même avec un monsieur beaucoup moins jeune, on va dire ; à moins qu’il ne lui ait mis un couteau sous la gorge ou un pistolet sur la tempe ?…)

    Quoi qu’il en soit, si longtemps après, je pense qu’en absence de procès et de plainte, et à son âge, on devrait lui foutre la paix à ce grand cinéaste (je sais bien que cela n’a rien à voir…) – un peu idiot parfois… Non seulement je ne comprends pas cette « justice », mais qu’elle puisse exister et surtout s’acharner ainsi et si longtemps me fait peur.

    • Sandrine

      Il est impossible de savoir ce qui s’est passé et beaucoup trop délicat de juger. Le contexte est primordial, celui d’une vaste villa hollywoodienne à la fin des années 70, avec alcool, drogue sexe… clairement pas un lieu pour une jeune fille prude. Mais si en plus elle a été manipulée par sa mère, elle est deux fois victime. 13 ans n’est pas l’âge de l’innocence mais celui des illusions : elle a peut-être été naïve quelques brefs instants avant de vouloir tirer vengeance et bénéfices de sa déconvenue….
      Yann Moix, et il a raison, ne prend pas position sur la culpabilité ou non : il ne dit pas qu’il est innocent des faits qui lui sont reprochés, même si bien sûr, il le pense. Moix se concentre sur le phénomène médiatique et l’analyse avec intelligence et véhémence.
      Quant aux déclarations de Polanski sur la pilule, je ne les connaissais pas et elles sont effectivement étonnantes… le Polonais en lui peut-être, qui ressort à la faveur de l’âge 🙂

  6. Une bien belle critique, même si je ne lirai pas cet ouvrage…

    • Sandrine

      Merci. J’ai travaillé et retravaillé ce billet car ce texte m’a beaucoup intéressée et beaucoup apporté. J’aurais aimé convaincre qu’il faut le lire, mais j’essaierai de faire mieux la prochaine fois 😉

      • Le problème vient de l’auteur, que je connais très mal c’est vrai, mais qui ne me fait pas bonne impression… Je sais, ça ressemble à un délit de « sale gueule »…. mais c’est ainsi.

  7. Oui, j’aime ton commentaire. Je ne connais pas Yann Moix, mais pas certaine d’avoir envie de lire cet ouvrage

    • Sandrine

      Il semblerait, d’après les commentaires, qu’il ne gagne pas à être connu en dehors de ses livres…

  8. C’est vrai que cet acharnement à quelque chose d’étrange….

    • Sandrine

      Yann Moix répond à sa façon à bien des interrogations.

  9. Un sujet intéressant, je me suis posé beaucoup de questions sur cet acharnement tout à fait étrange 🙂 après yann moix est un auteur qui suscite toujours polémique mais justement c’est peut-être l’occasion de le découvrir 🙂

    • Sandrine

      Si tu peux mettre la main dessus, je te conseille le documentaire « Wanted and Desired »

  10. Je ne peux m’empêcher d’être un peu gênée aux entournures par une phrase: c’est une parole contre une autre. Certes, mais il n’a, je crois, jamais nié avoir eu des relations sexuelles avec une enfant de 13 ans (oui, ma fille avait 13 il y a encore tellement peu que pour moi, c’est toujours l’âge de l’enfance) et que c’est lui, dans ce cas, l’adulte responsable. Et que la victime pardonne ou pas ne change pour moi rien au fait qu’il y a eu acte illégal. Je ne vais pas faire l’oie blanche, je suis très mal placée pour en être une, mais au lieu de voir dans cette affaire un exemple du puritanisme américain . on pourrait peut-être plutôt se demander si la France, là dedans, ne joue pas le rôle de la tolérance qu’elle n’est pas capable d’assumer à de très nombreux égards (et une polémique récente le montre, faisant de nous la risée des journaux anglophones bien plus tolérants que nous). C ‘est tellement facile de s’en prendre toujours à ces américains tellement moins bien que nous et encore plus depuis qu’ils ont Trump pour candidat (à en croire qu’on oublie qu’on a eu un Le Pen qui n’était pas moins ridicule que lui pendant des années).
    Bien sûr, ce commentaire un peu énervé n’est pas dirigé contre toi, Sandrine, mais plutôt contre nous tous. Continuons à diaboliser les Etats-Unis et ne regardons surtout pas sous notre palier (ou sur nos plages). Je suis d’accord pour trouver que l’affaire Polanski (et Woody Allen si on étend le sujet) soulève des questions intéressantes et donc pour en parler mais pas pour penser que nous les français, Moix inclus) avons la science infuse sur les enjeux.

    • Sandrine

      On peut difficilement rester zen dans cette affaire. C’est un sujet qui touche, les mères en particulier, et d’autant plus qu’on ne saura maintenant jamais ce qui s’est en fait passé. Non, Polanski n’a jamais nié sa relation sexuelle avec cette jeune fille, il a reconnu le détournement de mineure et a fait de la prison pour ça. Et on se dit qu’un mois et demi, c’est peu et que donc au départ, ça n’a pas paru si scandaleux que ça. La jeune fille venait, consentante et avec l’accord de sa mère, poser nue pour des photos dans la villa de Jack Nicholson sur Mulholland Drive. Toi comme moi, ne laisserions pas faire ça à notre fille de 13 ans…
      Pour les Européens, Polanski est un héros (survivant de l’Holocauste, orphelin) et un réalisateur de génie. Pour les Américains, c’est un profiteur maléfique. Ils ont pensé quelques années avant qu’il était impliqué dans la mort de sa femme tuée par Charles Manson et les siens tout simplement à cause de Rosemary’s Baby, qualifié de film satanique. Il y a quand même parfois quelque chose qui ne va pas bien chez les Américains…

  11. Quel billet intéressant, il ne me donne malgré tout pas envie de lire le livre, mais j’ai lu ton explication avec plaisir.

    • Sandrine

      Si ce billet à pu un peu t’éclaircir cette affaire bien complexe, j’en suis ravie.

  12. Ano

    Quel livre et quel billet incroyables !
    Premièrement, je ne m’étendrai pas sur la nullité des films formatés de monsieur Polanski, car cela n’a rien à voir avec la justice.
    Oui il y a bien deux justices : celle pour monsieur-tout-le-monde qui aurait été jugé depuis longtemps (et condamné ou innocenté, rappelons que monsieur Polanski est présumé innocent) et une pour Roman Polanski qui s’est enfui et échappe depuis quarante ans à la justice américaine, avec le soutien scandaleux d’une partie du monde du cinéma et de l’art, qui estime apparemment que la justice ne peut s’appliquer pas à lui, de certains admirateurs, et même de certains gouvernements, y compris les gouvernements suisse, français, polonais… On a l’impression dans cette affaire qu’il y a deux justices : celle des pauvres et celle des nantis. Il semble inadmissible à certains que la justice s’applique aux nantis.

    La comparaison avec la traque d’un ancien nazi est absolument abjecte. Personne ne déteste monsieur Polanski, monsieur Polanski n’est poursuivi de la haine de personne. Tout le monde souhaite juste qu’il soit jugé et assume ses responsabilités comme tout le monde. Le voir invité, honoré, subventionné partout alors même qu’il est en fuite est simplement scandaleux. Il y avait le même genre de réactions à propos de monsieur Cesare Battisti que la France refusait de livrer à la justice italienne, lui aussi protégé par une partie du monde de la culture.

    Ensuite, monsieur Moix accuse les commentateurs anonymes de s’ériger en juge. C’est exactement ce que lui fait. Monsieur Moix a décidé que la véritable coupable était la maman de la victime et que monsieur Polanski est aussi une victime innocente. Incroyable !

    La comparaison avec Marc Dutroux (ou plutôt, accuser les gens de la faire, pour les discréditer) est honteuse. Qui la fait, hormis monsieur Moix ?

    Accuser ses détracteurs d’antisémitisme est tout aussi dégueulasse.

    Les digressions sur le thème de l’ignorance érigée en tendance me font bien rire, même si je suis plutôt d’accord avec lui, car c’est exactement pour ces raisons qu’un certain nombre de personnalités, notamment politiques (monsieur Sarkozy, monsieur Hollande, monsieur Fillon…), refusent de venir à l’émission de monsieur Ruquier à laquelle monsieur Moix participe, refus que leur reproche vertement monsieur Moix… Pas très cohérent.

    Le fait que la victime ait retiré sa plainte n’empêche pas les poursuites, qui ne sont pas menées seulement au nom de la victime présumée mais au nom de la société (c’est le procureur qui les mène, et le procureur ne représente pas la victime présumée mais la société, c’est sa fonction, sa raison d’être). Mais ce retrait de plainte sera certainement pris en compte par le jugement. Encore faudrait-il qu’il puisse avoir lieu, et donc que monsieur Polanski accepte d’affronter la justice.

    Quand je lis dans les commentaires : « De toute façon, il paraît qu’à treize ans, elle était déjà très femme, passablement délurée, et un peu consentante… Ce n’est pas comme un très jeune enfant pas du tout pubère et complétement ignorant, qui ne sait rien, qui ne sait pas ce qui lui arrive, enfin, il me semble… A treize ans, très femme et un peu délurée (pourquoi pas ? je ne dis pas que « c’est pas bien », je ne juge surtout pas…), on sait quand même un peu ce que l’on fait, même avec un monsieur beaucoup moins jeune, on va dire ; à moins qu’il ne lui ait mis un couteau sous la gorge ou un pistolet sur la tempe ?…) », je tombe des nues. On rejette la faute sur la victime ! Elle était nécessairement consentante ! Ce sont des raisonnements de violeur ! Je ne connais pas le droit américain, mais je rappelle qu’en droit français « le fait, par un majeur, d’exercer sans violence, contrainte, menace ni surprise une atteinte sexuelle sur la personne d’un mineur de quinze ans est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. » On lit encore sur Wikipédia : « Cette infraction est constituée même si le mineur était consentant. […] En pratique, la jurisprudence retient rarement la qualification d’atteinte sexuelle, en motivant sur le terme flou de surprise pour faire valoir qu’un enfant ne connaissant pas la sexualité adulte ne peut consentir à la relation, et est donc nécessairement « surpris » au sens du texte, même lorsque les apparences laissent penser l’inverse. » D’autre part je ne suis pas juge mais à mon avis en droit français seraient sans doute retenues des circonstances aggravantes du fait que monsieur Polanski exerçait « une autorité de droit ou de fait » sur la jeune fille et qu’il agissait peut-être « en état d’ivresse manifeste ou sous l’emprise manifeste de produits stupéfiants. » (je crois que c’est monsieur Polanski lui-même qui avait raconté cela). Enfin, la victime prétend avoir elle aussi été droguée par monsieur Polanski. C’est à la justice de se prononcer, mais ce sont des accusations de viol…

    Enfin bon, quoi qu’il en soit, ce n’est pas à nous d’en juger, mais à la justice américaine. Et pour cela il faudrait que monsieur Polanski se livre aux États-Unis. On peut bien sûr critiquer les États-Unis et leur justice, mais le fait est que c’est un pays souverain, que ses lois et sa justice sont souveraines, et que nous pouvons donc les critiquer tant que nous voulons, sur leur territoire ce sont leurs lois qui s’appliquent. Qu’on refuse la coopération judiciaire avec des pays à moitié dictatoriaux, je veux bien, mais jusqu’à preuve du contraire les États-Unis ne sont pas encore une dictature.

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