La vengeance des mères de Jim Fergus

La vengeance des mèresDix-huit ans après, Jim Fergus nous permet avec La vengeance des mères de retrouver ces femmes parties vivre avec les Sauvages. Souvenez-vous, elles avaient intégré le projet Femmes Blanches pour les Indiens (FBI…) : l’idée du gouvernement américain était qu’elles donnent aux Cheyennes des enfants de sang-mêlé, plus facilement assimilables. Elles ont fait ces enfants et se sont si bien intégrées qu’elles ne veulent plus quitter leurs Indiens de maris.

Le gouvernement américain quant à lui a bel et bien oublié ces pacifiques projets d’intégration. On se souvient que Mille femmes blanches se termine sur un carnage : femmes, enfants, nouveau-nés et vieillards massacrés dans le camp de Little Wolf. Certaines femmes blanches se sont enfuies, ont marché dans le froid de février avec leurs bébés agonisants dans les bras. Parmi elles : Meggy et Susie Kelly, jumelles irlandaises pâles et rousses. C’est en partie elles qui tiennent la plume dans La vengeance des mères.

L’autre narratrice, c’est Molly McGill, forte femme elle aussi, meurtrière sortie de Sing Sing pour peupler les terres indiennes de petits sang-mêlés. Car, cafouillage administratif, le projet FBI continue et un nouveau groupe de femmes en rupture de ban est acheminé vers l’Ouest. Mais leur convoi est attaqué par des Indiens : beaucoup sont tuées, d’autres faites prisonnières. C’est le cas de Molly et de quelques-unes de ses compagnes qui sont emmenées dans un village lakota. C’est là qu’elles rencontrent les survivants du camp de Little Wolf.

Ce nouveau groupe de femmes est d’origines très diverses : norvégienne, britannique, mexicaine, française, américaine… elles ont échappé à un sort peu enviable espérant trouver une vie meilleure. Leur situation pourtant ne fera qu’empirer :

D’abord, nous nous sommes inscrites à un programme gouvernemental, destiné à assimiler les Cheyennes… pour nous retrouver prisonnières des Lakotas… puis simples fuyardes, sans patrie… et voilà soudain que l’armée américaine nous déclare hostiles. Tout cela sans que nous ayons remué le petit doigt.

Les femmes blanches sont en effet devenues des ennemies du gouvernement américain. Comment pardonner le massacre de leurs enfants ? Comment accepter d’être traquées ? Elles décident de prendre les armes elles aussi, fondant une société de femmes guerrières, pour se joindre aux milliers d’Indiens qui se dirigent en ce mois de juin 1876 vers les Bighorn Mountains…

Jim Fergus ne s’intéresse pas aux batailles. Si nous vivons pour partie la victoire indienne de la Rosebud, celle de la Little Bighorn ne sera pas rapportée dans La vengeance des mères. C’est qu’il s’attache aux femmes, les suivant pas à pas à travers leurs carnets : les points de vue de Molly et de Meggie Kelly alternent, permettant ainsi de confronter les impressions des nouvelles venues et des anciennes, celles qui ont déjà survécu à un massacre. Toutes ont un passé difficile, souvent fait de violence et de discriminations. Toutes comprennent donc l’injustice faite aux Indiens et rallient leur cause : femmes et Indiens sont des minorités opprimées qui ont des intérêts communs. Pour elles, le Peuple est une chance de vie libre et donc un danger pour le gouvernement américain qui veut tout contrôler.

Une fois de plus, on frémit et on s’insurge. Certaines femmes deviennent à moitié folles mais celles qui décident de se battre ont un sacré tempérament. On les admire et on les suit à travers ces carnets, même si le procédé semble assez artificiel et bien peu réaliste (écrire au quotidien alors qu’on est poursuivi par l’armée américaine ?). Elles ne mâchent pas leurs mots ni leur détermination.  Les survivantes sont animées d’un désir de vengeance qu’elles communiquent aux nouvelles mais petit à petit, c’est la vie plutôt que la mort qui les motive : se battre pour survivre et défendre un mode de vie oui, se battre pour tuer et perpétuer la guerre, non.

Jim Fergus déclare écrire ces romans sur les Amérindiens car ses compatriotes ne connaissent rien à leur histoire, rien des modes de vie des peuples autochtones et n’ont en tête que des clichés. Mais Custer, ils connaissent puisque le général « est la personnalité américaine sur laquelle le plus de livres ont été publiés à ce jour, devant le président Abraham Lincoln« . Univoque l’Histoire ? A travers ces romans, il fait en quelque sorte œuvre d’historien même si lui, comme de nombreux autres écrivains américains, est beaucoup plus connu en France que dans son propre pays.

Jim Fergus sur Tête de lecture

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La vengeance des mères

Jim Fergus traduit de l’anglais par Jean-Luc Piningre
Le cherche-midi, 2016
ISBN : 978-2-7491-4329-3 – 389 pages – 22 €

 

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25 commentaires sur “La vengeance des mères de Jim Fergus

  1. beaucoup, beaucoup aimé moi aussi.

    • Sandrine

      Jim Fergus a indéniablement un don pour nous rendre ces femmes si familières : il nous transporte et c’est un beau voyage…

  2. keisha

    J’avais lu Mille femmes blanches il y a très très longtemps. Là on verra, tout dépend des biblis!

    • Sandrine

      « il y a très très longtemps » : pas plus de 16 ans (paru en France en 2000) 😉

      • keisha

        Le temps passe vite, alors. ^_^

  3. Peut-on lire celui-ci sans voir lu Mille femmes blanches?

    • Sandrine

      Je pense que oui, malgré les nombreuses allusions à May Dood, héroïne du premier tome. Et ce serait vraiment TRÈS dommage…

      • j’allais poser la même question que Clara – je n’ai pas lu Mille Femmes Blanches, même si je me souviens avoir vu ma mère le lire (et j’avais aussi l’impression qu’il était sorti il y a une 20aine d’années alors que finalement ce n’est pas si vieux)

  4. Je ne savais pas u’il avait écrit une suite, j’avais adoré « mille et une femmes blanches » ! merci !

    • Sandrine

      Ravie d’être la porteuse de bonnes nouvelles !

  5. Il me tente de plus en plus….

    • Sandrine

      N’hésite plus !

  6. Complètement hallucinant cette histoire… je n’ai pas encore lu mille femmes blanches mais ça ne saurait tarder !

    • Sandrine

      Ce n’est pas un fait historique mais une anecdote. Si un chef indien a jadis bien proposé au gouvernement américain cet échange de femmes contre des chevaux, il n’a pas eu lieu. Sauf dans l’imagination de Jim Fergus…

  7. D’accord ! Je comprends mieux 🙂 Une formatrice nous a présenté ces romans comme des vrais témoignages… Elle était drôlement renseignée 😉

    • Sandrine

      Ah, ben voilà ce que c’est de prendre n’importe quel formateur 😀 Moi, j’en connais très bien une qui fait des merveilles, entre autres en littérature américaine : n’hésite pas à consulter mon catalogue !

      • Héhé mais moi je ne fais que suivre les formations 😉 Si tu désires donner des formations en Belgique par contre je peux te donner des contacts par mail 😉

        • Sandrine

          J’étais ce matin en contact avec la bibliothèque départementale des Hautes-Alpes pour une éventuelle formation : 9 heures de voyage pour moi. Je serais sans aucun doute bien plus vite arrivée à Bruxelles qu’à Gap !!

  8. J’avais beaucoup aimé « mille femmes blanches », je vais essayer de me procurer celui-là

  9. Brigitte

    Jim Fergus vient dans ma librairie mercredi prochain ( Gibert à Poitiers) je ne vais pas manquer son intervention, ayant beaucoup aimé Mille femmes blanches, La fille sauvage toujours sur le même thème, ainsi que ses livres sur sa famille « française » .

  10. Jz vais l’offrir à mon mari qui avait beaucoup aimé le précédent

  11. ils n’ont eu peur de rien ces américains! j’avais lu le précédent je vais le relire avant de lire celui-là.

  12. Je n’ai pas lu ton billet en entier parce que je viens d’acheter La vengeance des mères, mais j’avais beaucoup aimé Mille femmes blanches, je reviendrai lire ton avis après ma lecture.

  13. Il vient d’arriver dans ma pile. Je vais m’y mettre bientôt; très, très bientôt 😉

  14. Je n’ai pas lu le 1er et à la sortie de celui-ci, j’ai jeté un oeil à sa 4ème de couverture. Résultat : Très mauvais pour mon porte-monnaie ! J’ai très envie de lire ces 2 romans maintenant !

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