La veille de presque tout de Víctor del Árbol

La veille de presque toutLivre après livre, Víctor del Árbol construit un univers. Il n’est désormais même plus nécessaire d’inscrire son nom sur la couverture : ses personnages, ses thèmes et même son écriture (puisque nous avons la chance qu’il soit toujours traduit par le même Claude Bleton) nous sont familiers, tristement familiers. La veille de presque tout s’inscrit dans le sillage des trois précédents romans et ce titre magnifique résume à lui tout seul l’ambiguïté d’une atmosphère de l’inachevé, de n’inaccompli et du regret.

Les personnages sont encore une fois nombreux et incarnés. Le lecteur rencontre d’abord un certain Ibarra, inspecteur de son état. Il a, quelques années auparavant, arrêté un tueur d’enfants grâce à des méthodes qui sur le coup ont fait de lui un héros, mais qui lui sont désormais reprochées. Celui qu’il appelle l’homoncule avait kidnappé et tué Amanda, la fille de l’héritière de l’empire Malher.

Cette femme, Eva, fuit son mari et le monde en s’installant à La Corogne, terre de solitude et de vents. Sur cette côte, son destin croise celui d’autres exilés : Dolores qui l’héberge a fui le Portugal avec sa fille Martina, et le vieux Mauricio a dans les années 30 quitté l’Argentine pour l’Allemagne et un travail. Il était alors accompagné de sa femme et de son ami Oliverio. Mais le rêve a tourné court et le couple est rentré en Argentine peu de temps après Oliverio. C’était en 1976.

La veille de presque tout est loin d’être aussi linéaire que ce résumé le laisse penser. Sans cesse la narration fait des allers-retours et construit l’histoire douloureuse de personnages figés dans leur passé. D’une allusion à l’autre, grâce à un détail qui tout à coup fait sens, le lecteur recompose des trajectoires sinueuses. C’est la dictature argentine qui est ici au coeur des drames intimes, même en ces années 2010 où se déroule l’action principale.

Il est aussi question de femmes, que Víctor del Árbol peint si bien. Blessées, elles n’en sont pas moins encore volontaires et fortes, farouchement libres. Dolores a aimé Julio bien plus jeune qu’elle, tout comme Eva qui succombe au charme adolescent de Daniel, le frère de Julio. Daniel vit désormais seul avec son grand-père Mauricio car père, mère et frère sont morts dans l’incendie de leur maison. Il ne reste que des cendres dans la vie de Daniel, et Martina, fantasme de femme…

Tous ont fait du passé leur présent et flirtent avec une sorte de folie pour le plus sombre plaisir du lecteur.

Víctor del Árbol sur Tête de lecture

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La veille de presque tout

Víctor del Árbol traduit par Claude Bleton
Actes Sud (Actes Noirs), 2017
ISBN : 978-2330-07266-7 – 306 pages – 22,50 €

La víspera de casi todo, parution en Espagne : 2016

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31 commentaires sur “La veille de presque tout de Víctor del Árbol

  1. Je ne comprends pas comment j’ai fait pour ne pas avoir lu jusqu’ici de livres de Victor del Arbol!

    • Sandrine

      Moi non plus !

  2. moi je sais pourquoi j en’en ai pas encore lu…. je ne suis pas fan de la littérature policière , mais je fais des exceptions quand les blogueurs et blogueuses sont enthousiastes , et là je n’ai pas senti le petit frémissement de plus que d’habitude.

    • Sandrine

      Ce n’est pas un roman policier. IL y a bien un flic parmi les personnages, mais pas d’enquête à proprement parler. C’est plutôt un roman noir. Et si tu veux commencer avec cet auteur, je te conseille La tristesse du samouraï

  3. pardi! moi qui suis fan de cet auteur, je suis passée à côté de la sortie de ce roman??!! je suis impardonnable et je cours l’acheter ! heureusement que j’ai lu ton avis qui me conforte encore plus ! 🙂

    • Sandrine

      La sortie est toute fraîche… et elle te ravira, je pense.

  4. J’ai la tristesse du samouraï dans ma PAL mais je ne l’ai pas encore découvert, il va falloir que je m’y mette, j’en ai d’ailleurs lu quelques extraits et l’écriture a l’air magnifique.

    • Sandrine

      Oui, bien sûr qu’il le faut. Prends un peu de temps, les personnages sont nombreux et l’histoire complexe (à ne pas lire dans le métro à mon avis), mais c’est beau et fort.

  5. je suis heureuse de trouver un billet sur ce livre car autant j’avais aimé la Tristesse du Samourai autant j’avais été déçue par son dernier roman trop peu crédible et trop foisonnant à mon goût
    je ne sais pas si je vais me laisser tenter

  6. Mon prochain achat (c’est-à-dire demain !)
    Entre Manoukian et Del Arbol, mes prochaines lectures prévues, je ne suis pas sûre de voir l’humanité sous son meilleur jour. Mais bon, il y a des auteurs auxquels on ne peut pas dire non !

    • Sandrine

      Il y a de beaux personnages chez del Arbol, ils sont surtout un peu coincés dans leur histoire, celle de leur pays. Et les femmes souvent ont un beau rôle (j’espère quand même qu’un jour il imaginera un femme bien retors…).

      • Bon, eh bien, on ne peut pas dire que j’aie été aussi séduite que toi…
        C’est drôle parce que moi, ce titre, je le trouvais déjà très énigmatique avant de lire le roman (et sans doute m’aurait-il tenue à distance si je n’avais pas été familière de l’auteur), mais j’avoue qu’après lecture, je ne le comprends toujours pas et le trouve du coup assez rédhibitoire. Comme quoi…

        • Sandrine

          Le titre ? Je me disais que peut-être, les personnages étaient sur le point de vivre quelque chose qui n’advenait jamais…

  7. Un auteur que je n’ai pas encore abordé. Je le ferai un jour, mais il me semble qu’il y a de plus en plus d’auteurs de polars intéressants .. pas possible de les lire tous.

    • Sandrine

      Non, c’est vrai, mais un Espagnol de temps en temps…

  8. Te voilà devenue fan inconditionnel de l’auteur.

    • Sandrine

      Je crois, en effet 🙂

  9. Oh ben je ne le connaissais pas lui ! Pourtant j’adore cette collection. J’ai lu quelques romans se situant sous la dictature argentine, c’ était assez terrifiant. Je me note précieusement ce titre !

    • Sandrine

      Ici, ce sont plus les traces que cette dictature a laissées dans les vies. C’est d’ailleurs la thématique principale de l’auteur : comment le passé tragique reste toujours présent.

  10. Je fais parti de ces rares personnes qui ne lisent pratiquement pas de polar et pourtant j’ai été au lycée avec un auteur de polar devenu aujourd’hui célèbre… 🙂

    • Sandrine

      Heureusement que ce genre de choses ne s’attrape pas sur les bancs de l’école : Derf Backderf est allé à l’école avec Jeffrey Dahmer !

  11. J’avais noté un autre titre de cet auteur : Toutes les vagues de l’océan. Je prends celui ci également et espère les trouver en médiathèque. Je viens au récit policier peu à peu, par le biais d’auteurs étrangers, souvent, d’ailleurs. C’est un genre qui remue les tripes alors je sélectionne !

    • Sandrine

      Pas de violence explicite chez Víctor del Árbol, c’est un auteur subtil et je qualifierais ces romans de romans noirs plutôt que de romans policiers. Si tu cherches quelques romans noirs/policiers espagnols, tu peux jeter un oeil à cette page.

  12. pauline

    Merci pour votre commentaire du livre de Victor del Arbol. Je trouve tous les livres de cet autour formidables.
    L’écriture est très belle, c’est plus qu’un roman policier, il nous entraîne dans les méandres de l’Histoire de façon érudite. Ses livres sont toujours impressionnants et surtout très bien traduits. Je suis fan absolue de cet auteur

    • Sandrine

      Merci Pauline pour cet enthousiasme. Et effectivement, je n’ai pas assez souligné le fait qu’il évoque très bien l’Histoire dans ses romans, sans alourdir son intrigue, chose qui n’est pas toujours subtilement gérer par les auteurs.

  13. je n’ai lu qu’un roman de l’auteur mais dans mes souvenirs, la lecture était ardue. Quand tu évoques les bouleversements chronologiques, je crains le pire… 🙂

  14. J’adore également del Arbol, et je n’ai pas lu non plus son précédent, que je me gardais sous le coude, et je suis en plein dans celui-ci du coup Sa plume est un régal de délicatesse qui contraste avec le propos

    • Sandrine

      Je ne sais pas si un jour je me lasserai de sa plume, mais après trois romans, c’est toujours un plaisir, que je suis ravie de partager avec toi. Bienvenue ici Olivia !

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