En son absence d’Armel Job

Armel Job sait installer des suspens psychologiques avec maestria et sans les grosses ficelles auxquelles les romans de ce genre ont parfois recours. C’est à nouveau le cas avec En son absence qui ne joue pas au page turner, qui ne regorge ni de péripéties ni de héros prêts à tout. Il fonctionne pourtant à merveille, avec un réalisme qui donne au lecteur l’impression que cette histoire-là est arrivée près de chez lui.

Il s’agit de Bénédicte, quinze ans qui un jeudi matin ne monte pas le bus qui doit la conduire au lycée, comme chaque jour de la semaine. Julien, le chauffeur, l’attend car elle est la seule qu’il prend à Montange. Elle ne vient pas. Malade peut-être… Mais, n’est-ce pas elle qu’il aperçoit dans une voiture quelques kilomètres plus loin ? Marie-Louise, la mère de Bénédicte rentre le soir et ne se rend pas compte tout de suite de l’absence de sa fille. Quand c’est chose faite, elle appelle Medhi, son ex-mari, qui vit dans la ville d’à côté avec leur fils Ferdi. Il faut bientôt se rendre à l’évidence : Bénédicte n’est nulle part. On prévient la police et l’angoisse commence…

Le lecteur lui en sait un peu plus, mais pas assez pour juger du sort de la jeune lycéenne. Il sait qu’elle n’a pas pris le bus car c’est Walter qui l’a prise en voiture pour l’emmener au lycée. Julie, la femme de Walter, le sait aussi car elle a bien senti le parfum de femme qui inonde la voiture et fait une énième crise de jalousie à son mari. Julien finit par comprendre que Bénédicte se trouvait dans la voiture de Walter, celui-là même qui fut en partie responsable de la mort de sa file Annelise quelques années auparavant.

Habilement, se tissent des liens entre chaque couple. Julien et Liesbeth Stoquès qui ont perdu leur petite Annelise ; Walter et Julie Holz, cette dernière traumatisée par l’affaire Dutroux, parents de Laura dont l’ex-petit ami est mort une dizaine d’année auparavant, peut-être s’est-il suicidé par dépit ; Mehdi et Marie-Louise Mazini, les parents de Bénédicte et Ferdi, mal divorcés, lui d’origine marocaine devenu patron d’une entreprise dans le bâtiment. Ils n’ont rien de particulier tous ces gens, ils sont comme nous, ce qui donne d’autant plus de réalisme à l’intrigue.

Armel Job aborde dans En son absence des thèmes aussi variés que les relations de couple, la difficulté d’être parents, les traumatismes de l’enfance, l’impact sur la population belge des scandales pédophiles. Le tout dans un village en apparence tranquille mais où règnent suspicion et rancœur, deux ferments qui s’activent quand un drame a lieu. On croit savoir, on interprète mal, on conclut hâtivement et tout finit beaucoup trop mal.

Le lecteur impuissant suit les mécanismes qui font tomber les uns et les autres dans l’erreur, il comprend comment et pourquoi Untel se trompe sans pour autant savoir ce qu’il est advenu de Bénédicte.  : difficile de trouver plus efficace, non ?

Armel Job sur Tête de lecture

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En son absence

Armel Job
Robert Laffont, 2017
ISBN : 978-2-221-19830-8 – 310 pages – 19,50 €

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Je me souviens avec tant de plaisir du roman de Jean Teulé, Fleur de Tonnerre, que je n'ai pas oublié le nom de cette tueuse en série bretonne : Hélène Jégado. J'ai quasi pleuré de rire grâce à deux perruquiers normands perdus dans une Bretagne qu'ils abhorrent aussi me fallait-il…
A chercher un adjectif pour qualifier Sept yeux de chats, on hésite entre virtuose et vertigineux. Bien d'autres s'imposent pour traduire à la fois la maîtrise narrative de Choi Jae-hoon et l'impression pas déplaisante d'avoir été l'objet d'un jeu. Il est justement beaucoup question de traduction dans ce roman, ainsi…

35 commentaires sur “En son absence d’Armel Job

  1. Je ne l’ai jamais lu mais tu as réussi à me convaincre.

    • Sandrine

      J’espère que la découverte te plaira.

  2. Je ne connais pas cette auteure, mais je vais me pencher sur ce qu’elle a écrit.

    • Sandrine

      Armel Job est un homme. Peut-être qu’en Belgique ce prénom se décline aussi au masculin…

      • J’ai vu ça en faisant une petite recherche après avoir écrit mon commentaire ! 😉

  3. J’ai bien aimé la vérité sur sainte frida de cette auteure, je serais bien tentée même si les disparitions d’enfants m’angoissent.

    • Sandrine

      Armel Job est un homme. Ici ne t’angoisse pas : on est beaucoup moins dans la disparition que dans les interactions entre personnages.

  4. J’ai repéré l’auteur à plusieurs reprises pendant le mois belge d’Anne et Mina. Le thème de celui-ci me tente beaucoup.

    • Sandrine

      Perso, c’est le quatrième titre que je chronique : j’aime beaucoup.

  5. J’ai également entendu parler de l’auteur grâce au mois belge, mais pas encore lu.

    • Sandrine

      Je crois que le prochain mois belge est pour bientôt : profites-en !

  6. Pas la première fois que j’entends parler de cette auteure en des termes plus qu’élogieux… Je sens qu’il va falloir que je la découvre !

    • Sandrine

      J’espère que tu ne commenceras pas par être déçue en découvrant que c’est un homme…

      • Armel ! bien sûr !!!!
        Mais homme ou femme, en matière de littérature, je n’ai pas de préférence 😉

  7. J’aime beaucoup cet auteur, je crois d’ailleurs que nous en avions déjà parlé sur ton blog. Je ne le lis malheureusement pas si souvent car ses livres ne sortent pas en poche, et il n’est pas toujours facile de trouver ses livres en bibliothèque. C’est vraiment dommage.

    • Sandrine

      Ah bon, pas en poche Armel Job : mais que font-ils donc chez Robert Laffont, c’est pourtant une grosse maison !?

  8. Armel est aussi un prénom masculin en France (c’est le prénom d’un ancien petit ami…) bravo pour ce billet il est incroyablement tentateur sans pour autant trop raconter pour celles qui râlent contre les divulgâcheuses

    • Sandrine

      Je laisse le soin aux lecteurs qui ne peuvent pas attendre de découvrir la fin par eux-mêmes, avant la fin parfois 😀

  9. Tu as le chic pour me tenter avec de telles lectures.

    • Sandrine

      Toi qui aimes le roman noir, c’est pour toi.

  10. Angoissée rien qu’à lire ton billet !

    • Sandrine

      Il n’est pas si angoissant que ça, il est surtout très psychologique…

  11. livresetbonheurs

    C’est très tentant, merci pour la découverte !

    • Sandrine

      Je suis ravie de partager et faire découvrir les auteurs qui me plaisent.

  12. je croyais avoir laissé un message j’y dévoilais même qu’Armel est un prénom aussi en France pour les garçons car j’ai eu un ami qui s’appelait ainsi , en Bretagne c’est très courant tu connais Armel Le Clac’h ?

    • Sandrine

      Ton com’ est bien là, j’ai mis un peu de temps à répondre… et je ne connais pas grand-chose à la Bretagne et rien du tout à la navigation (je croyais que c’était « Vendée Globe »…)

  13. Armel Le Cléac’h vainqueur du vent des globes…

  14. Jamais lu Armel Job, tu donnes envie !!! 🙂

    • Sandrine

      Tu as tout à découvrir : fonce !

  15. J’ai un peu peur qu’Armel Job ait repris le filon de « Tu ne jugeras point » (un de mes préférés parmi ceux que j’ai lus de lui), avec disparition d’enfant, suspicion sur les parents, traumatismes belges… mais il m’intéresse quand même, je le choperai bien un jour à la bibliothèque.

    • Sandrine

      Rha la la… je ne peux rien te dire de plus, ça serait gâcher le roman, mais non. J’ai lu aussi Tu ne jugeras point et le point de vue n’est pas le même. Dans En son absence, il n’y a pas d’enquête, pas de policier, ce sont vraiment les premiers jours de la disparition, les premières heures même, auprès des familles. Et s’il y a du Dutroux en fond, c’est je crois pour signaler la persistance du traumatisme.

  16. un auteur que je ne connais pas du tout (j’ai bien dit UN auteur hein ^^) mais ton avis est vraiment très tentant!

  17. cela me tente bien 🙂

  18. Moi aussi je suis convaincue par ton billet, je le note.

    • Sandrine

      Ça me fait plaisir : j’espère que vous serez nombreux à apprécier Armel Job.

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