Attends-moi au ciel de Carlos Salem

Attends-moi au cielA l’aube de ses cinquante ans, alors que son mari vient de mourir, Piedad a une révélation : il y a une autre femme en elle. Depuis toutes ces années, confite en dévotion, elle va à la messe et à confesse, dit oui à tout et plaint tout le monde. Mais la mort de Benito réveille l’autre femme qui sommeille en elle et qui se met à lui parler, à la pousser… au crime. Ou aux crimes plus exactement. Elle commence par écraser le chien des voisins, pour soulager cette pauvre bête de la solitude. Et très vite, ce qui sautait aux yeux de tous devient une évidence aussi pour elle : Piedad c’est « une fille avec un corps à se damner et le cerveau d’une nonne« .

On a là deux des ingrédients principaux du dernier roman de Carlos Salem, l’Argentin espagnol : la religion et le sexe, ce dernier étant bien plus important puisque Piedad a décidé de s’affranchir du poids de la première. Quoi qu’elle ne cesse de répéter qu’elle doit se confesser auprès du père César… Autre ingrédient capital : le roman noir, à peine un roman policier. Le défunt a laissé à sa veuve un message codé grâce auquel elle doit mettre la main sur un pactole. Elle va donc tenter, entre deux sauteries, de déchiffrer les énigmes en forme de jeu de piste, et accessoirement de comprendre qui a tué son mari.

Oui mais voilà, Piedad n’a pas affaire à des amateurs et sa première victime (après Toby, le chien solitaire) sera un tueur à gages. Et il y en aura d’autres. Car depuis qu’elle a fait sauter les verrous, Piedad n’a plus peur de rien : elle collectionne cadavres et amants à un rythme effréné, pour le plus grand plaisir du lecteur car Carlos Salem c’est ça : l’humour sans limite, complètement loufoque.

Il joue pourtant un jeu dangereux avec Piedad. On sent qu’il l’aime son héroïne, elle ne doit donc pas être ridicule. Mais avec une cinquantenaire bigote depuis toujours qui se change en dévoreuse d’hommes, c’est délicat de ne pas tomber dans la caricature. Alors le côté ridicule, c’est la copine JR qui l’endosse : elle aussi cinquantenaire, chaude bouillante au moindre pantalon et sapée comme à vingt ans. Piedad n’est pas ridicule : elle s’épanouit. S’affranchissant à la fois du mariage et de l’Église, elle peut enfin écouter son corps et ses envies. Et il n’y a rien de mal à ça… bon sauf que Piedad tue des gens et bien sûr, c’est mal… Mais elle le fait presque à contre-coeur, pour se défendre, et dans la bonne humeur !

On trouve dans Attends-moi au ciel des échos d’un précédent roman de Carlos Salem : Aller simple. Dans ce dernier, Octavio le narrateur perd subitement sa femme après vingt-deux ans de mariage et décide de faire tout ce qu’il n’a jamais fait durant toutes ces années (c’est le pendant de Piedad au masculin). Et figurez-vous qu’il rencontre dans le désert marocain un certain Argentin nommé Soldati avec lequel il rencontre Carlos Gardel (qui n’est pas mort dans un accident d’avion comme d’aucuns le pensent…). Ce même Soldati qui est un des amants de Piedad et qui lui parle bien sûr de Gardel !

Au rendez-vous de la bonne humeur, Salem répond toujours présent avec des personnages toujours aussi déjantés mais attachants. Piedad est une formidable héroïne, un splendide papillon sorti décomplexé de sa chrysalide de tabous et de péchés. Et bon sang, quelle femme !

Carlos Salem sur Tête de lecture

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Attends-moi au ciel

Carlos Salem traduit de l’espagnol par Judith Vernant
Actes Sud (Actes Noirs), 2017
ISBN : 978-2-330-07596-5 – 324 pages – 22 €

Muerto el perro, première parution : 2014

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12 commentaires sur “Attends-moi au ciel de Carlos Salem

  1. Je n’ai lu qu’Un jambon de calibre 45, mais j’ai beaucoup aimé le côté décalé, je lirai avec plaisir un autre titre.

    • Sandrine

      Je crois que le polar décalé est la marque de fabrique de Carlos Salem 😉

  2. keisha

    Purée, tu as écrit TOUS les mots qui me font craquer!!!

    • Sandrine

      Je te le mets de côté pour notre prochaine rencontre ou c’est pressé ? 🙂

      • keisha

        Pourquoi pas? (j’en ignore la date d’ailleurs; il te faudrait une deuxième chance pour la SF grecque aussi!)(rien à la bibli aussi…)
        Sans rapport : absolument rien de l’éditeur du mois!!! Je vais sortir mon joker en mai. ^_^

  3. pas trop tentée par ce roman mais c’est un billet que j’ai lu avec grand plaisir

    • Sandrine

      Il vaut pourtant la peine ce Salem : c’est du roman noir mais pas glauque, et surtout très drôle !

  4. « Mais avec une cinquantenaire bigote depuis toujours qui se change en dévoreuse d’hommes, c’est délicat de ne pas tomber dans la caricature » Oui j’avoue ^^
    Ce roman ne m’attire pas spécialement, voire pas du tout, même si je suis persuadée que tu as dû passer un bon moment de rigolade 😉

    • Sandrine

      J’imagine que le lectorat de Carlos Salem est plutôt masculin… mais m’en fiche, j’ai en effet bien ri 🙂

  5. J’ai déjà noté plusieurs titres de cet auteur sans m’être décidé à en lire un. Je vais commencer…un jour.
    Le Papou

    • Sandrine

      Oh, toi, tu n’as pas lu Carlos Salem ?! Mais il a tout pour te plaire cet auteur, n’hésite pas !

  6. Beaucoup aimé aussi.

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