Le gang des rêves de Luca di Fulvio

Le gang des rêvesUn roman italien, oui, mais à l’américaine ! Car Le gang des rêves débute dans l’Italie profonde et miséreuse du début du XXe siècle. Comme sa mère avant elle, Cetta se fait violer par un Môssieur à l’âge de quatorze ans. Mais à l’inverse de sa mère, cet enfant elle va l’aimer. Elle l’appelle Natale, qui devient Christmas une fois l’atlantique franchi. Car Cetta est prête à tout pour avoir une vie et donner un avenir à son fils.

Dès Ellis Island, elle est prise en main par Sal, qui accepte contre toute attente qu’elle garde son fils avec elle, l’installe chez un vieux couple de sa connaissance et la fait travailler dans un bordel. Elle n’est qu’une toute jeune fille et elle peut gagner sa vie et celle de Christmas.

Parallèlement à la vie dramatique de Cetta, nous est contée la vie de Christmas jeune garçon puis adolescent. Il a un bagout pas possible et un aplomb qui lui permet de faire croire pas mal de choses. Comme le fait qu’il soit le chef des Diamond Dogs, une bande qui ne compte qu’un autre membre, son copain Santo qu’il a embobiné. Christmas grandit dans la rue, empruntant les chemins dangereux de la petite délinquance puis des truands.

Un jour, sa route croise celle de Ruth Isaacson, jeune fille Juive qui vient d’être violée. Elle est la petite-fille bien-aimée d’un homme qui a fait fortune dans le textile. Mais toute la puissance du vieil homme n’a pas empêché Ruth d’être violée par Bill le jardinier avec lequel elle faisait une virée clandestine, histoire de se sortir de sa famille. Le gang des rêves, ce sont aussi les destinées de Ruth et de Bill. Ruth sera le grand amour de Christmas et Bill le méchant de l’histoire, mais quel personnage passionnant ! Sa route sanglante le conduit à Hollywood où il va tourner dans des films pornographiques très violents et même des snuff movies où les actrices ne savent pas ce qui va leur arriver. On est à Hollywood d’avant le code Hayes, alors que la débauche est partout et s’affiche sans complexe. Quelques années après, les acteurs devront fournir un certificat de moralité et les films suivre des règles dont une interdit de montrer les truands comme des héros.

Heureusement pour Christmas, rien de tel encore alors qu’il triomphe à la radio new-yorkaise puis au théâtre.

Le gang des rêves souffre sans doute de quelques faiblesses. Par exemple, l’intrigue compte quelques coïncidences improbables (Bill et Ruth se retrouvant tous deux à Hollywood) et des longueurs sentimentales qui ont pesé sur ma lecture, surtout sur la fin. Mon exemplaire présentait quant à lui un défaut d’imprimerie qui a suspendu ma lecture, mais l’éditeur a désormais résolu ce problème. Outre ces détails qui restent minimes, quel plaisir ! On vit au jour le jour auprès de tous ces personnages, ces gens de rien du tout qui ont fait New York et l’Amérique en partant de rien pour les uns, en partant de haut pour les autres et dont les destins tout tracés ont été contrariés. Christmas aurait dû végéter dans le marasme social du Lower East Side ou pire, perdre son intégrité en devenant un petit truand de bas étage, prêt à s’avilir pour plaire à plus puissant. Il se prend de grosses claques, supporte le mépris et l’arrogance des riches et se hisse peu à peu bien plus haut.

On se doute dès le début qu’il ne restera pas ce fils de pute méprisé. On se doute qu’il retrouvera Ruth après bien des épreuves et que le méchant Bill finira mal. Parce que c’est l’Amérique et que même si tous ces gens qui vivent en marge de la loi enterrent régulièrement le rêve américain, le conspuant à longueur de journée, ils finiront par s’en sortir et le Bien triomphera. Oui, on le voit le scénario, mais on lit pour tout le reste, pour l’épaisseur des personnages, pour les multiples détails de leur vie qui nous les rendent si réalistes et donc si familiers.

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Le gang des rêves

Luca di Fulvio traduit de l’italien par Elsa Damien
Slatkine & Cie, 2016
ISBN : 978-2-88944-006-1 – 715 pages – 23€

La gang dei sogni, parution en Italie : 2015

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10 commentaires sur “Le gang des rêves de Luca di Fulvio

  1. suis d’accord, gros plaisir de lecture

    • Sandrine

      Je crois qu’un autre roman de l’auteur sort très bientôt chez le même éditeur.

  2. ah ! je prends note !

  3. parfois je me demande ce qui me pousse à lire tous ces billets qui me poussent à vouloir lire et encore. Je n’ai plus de place dans mes lites ni dans mon emploi du temps c’est vraiment dommage car ce roman ma plairait j’en suis sûre !!!!

    • Sandrine

      Moi aussi j’en suis sûre : il faut que tu le proposes à ton club de lecture !

  4. ça fait fresque historique … et j’adore les fresques historiques !

    • Sandrine

      La période est relativement courte (enfance et adolescence de Christmas), mais la fresque est belle.

  5. J’avais lu ta chronique mais je n’ai pas eu le temps de me manifester. Je l’ai acheté aujourd’hui et il me tarde de le lire ! J’ai hâte de me plonger dans ce gros pavé qui relate un grand pan de l’histoire en plus.

    • Sandrine

      Eh bien voilà que s’ouvre un nouveau long week end de mai, très pluvieux ici pour favoriser la lecture, j’espère qu’il te donnera l’occasion de faire connaissance avec Christmas !

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