Manifeste animaliste de Corine Pelluchon

Manifeste animalisteLa France s’est récemment dotée d’un parti animaliste. De fait, les actions, prises de parole et de position en faveur des animaux se multiplient. Ce que la philosophe Corine Pelluchon explicite dans ce Manifeste animaliste, c’est la situation des animaux exploités dans le monde et ce que nous pouvons faire pour plus de justice envers eux. Il s’agit, comme l’indique le sous-titre de ce court texte, de politiser la cause animale, de la faire entrer dans le débat politique en proposant des mesures concrètes pour que cesse l’exploitation. Presque paradoxalement, c’est donc une philosophe, femme de réflexion, qui propose des mesures concrètes pour passer du débat à l’action.

Assez parlé !

Dans une première partie, Corine Pelluchon dresse le constat d’une situation. Elle n’hésite pas à faire des liens entre esclavage, sexisme et cause animale qui tous reposent sur l’exploitation des plus faibles. Idem pour le capitalisme. Elle n’est pas la première à offrir une réflexion sur la condition animale, laquelle fait l’objet de débats et d’ouvrages intellectuels depuis cinquante ans (pour s’en tenir à notre époque et à l’ère industrielle). Mais ces débats n’ont rien changé aux faits qui au contraire se sont aggravés du fait de l’accroissement démographique des humains.

La difficulté majeure, aujourd’hui, est de passer de la théorie à la pratique. Or l’argumentation rationnelle ne suffit pas à motiver les individus à changer leurs styles de vie ni à installer la question animale au coeur du politique.

Chacun sait le martyre que vivent les animaux d’élevage mais rares sont ceux qui décident de changer leur alimentation. Il faut souvent un choc, souligne Corine Pelluchon, une prise de conscience violente émotionnellement pour accéder à une compréhension lucide qui débouche sur un engagement irréversible. Ce choc peut naître d’un reportage télé par exemple ; pour ma part, il est venu de la lecture d’un roman, Défaite des maîtres et possesseurs de Vincent Message.

Pour cette philosophe, il faut politiser la cause animale : les animaux ne sont pas nos esclaves et nous leur devons justice. Ils ont besoin, et nous de même, d’une théorie politique pour construire une société plus juste. A l’évidence, le capitalisme ne va pas dans ce sens.

Voir ma bibliographie (non exhaustive) sur la condition animale et les droits des animaux

Que propose-t-elle concrètement ? La suppression de tout un tas de pratiques cruelles qui n’ont aucune utilité. La détention d’animaux sauvages dans les cirques et les delphinariums, la corrida, la chasse à courre, la fabrication de foie gras relèvent d’usages barbares qui ne se pratiquent que pour le plaisir de quelques sadiques égoïstes. On ne peut prétendre aimer les animaux et le foie gras et il est plus que temps d’étendre notre pitié au-delà de notre labrador et autres animaux de compagnie.

Il est aussi question bien sûr de nos pratiques alimentaires dans ce manifeste animaliste qui prône le véganisme et un arrêt total de l’exploitation animale. Tous ces changements ne se feront pas sans propositions de reconversions au niveau économique et nécessite une vaste mobilisation.

Sans un puissant mouvement réunissant les forces vives de la société et porté par des artistes et des intellectuels, le combat pour libérer les animaux ne réussira pas.

Loin des discours idéalistes, ce manifeste expose un certain nombre de mesures concrètes. Il explicite les moyens pour faire avancer le combat politique en faveur de la libéralisation animale pour une société plus juste pour tous. Il est stimulant et généreux et n’oublie pas les hommes dans son combat pour les animaux.

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Manifeste animaliste. Politiser la cause animale

Corine Pelluchon
Alma, 2017
ISBN : 978-2-36279-213-7 – 111 pages – 10 €

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8 commentaires sur “Manifeste animaliste de Corine Pelluchon

  1. keisha

    Je vais rester quelque temps sur le Faut-il manger les animaux, très très fort déjà.
    Je te signale aussi
    https://labibliothequedefolfaerie.wordpress.com/2017/05/27/zootherapie-de-jose-sarica/

  2. Les livres se multiplient sur le sujet, ce qui est déjà un signe positif. Et si elle n’oublie pas les hommes c’est encore mieux. C’est un peu le talon d’Achille de certains militants, prêts à éradiquer l’humanité pour sauver les animaux … (j’espère qu’elle a envoyé son livre à Macron, lui qui est prêt à rétablir la chasse à courre …)

    • Sandrine

      Pour une société harmonieuse, mieux vaut en effet se préoccuper de tous. Mais comme pour chaque cause que se défend avec passion, il y a toujours des excès et des extrémistes. Corine Pelluchon parle aussi de douceur dans la façon de parler avec les carnistes les plus féroces.

  3. « C’est un peu le talon d’Achille de certains militants, prêts à éradiquer l’humanité pour sauver les animaux … » c’est ce que j’allais dire…

    • Sandrine

      Les militants les plus passionnés sont souvent prêts à faire subir le pire à ceux qui ne pensent pas comme eux, malheureusement…

  4. Je suis sensible à cette cause mais en ce moment j’aimerais encore plus que les hommes arrêtent de se tuer entre eux. Mes amis chrétiens irakiens pleurent tous les jours des membres de leur communauté tués par des fous.

    • Sandrine

      Je crois que rien n’est incompatible : on peut travailler au bonheur des hommes comme à celui des animaux. Je crois même que pour ces derniers , c’est beaucoup beaucoup plus simple…

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