Eclipses japonaises d’Eric Faye

Eclipses japonaisesLe long des côtes japonaises dans les années 70, des gens se font enlever. Les familles n’entendent plus jamais parler d’eux. Eric Faye dans Eclipses japonaises s’intéresse à ces disparus dont certains n’ont jamais revu leur pays. D’autres ont été enlevés dans d’autres pays, avec pour destination la même Corée du Nord. Grâce aux destins croisés de plusieurs personnages, l’écrivain met en lumière les déchirements et les vies bouleversées de ceux qui se sont trouvés au mauvais endroit au mauvais moment.

Sae-jin elle est nord-coréenne. Brillante étudiante, on lui demande de servir son pays et elle n’hésite pas : formée à l’Ecole militaire, elle côtoie pendant un certain temps de jeunes Japonaises qui lui apprennent leur langue et les coutumes de leur pays. Sae-jin ne sait pas qu’elles ont été enlevées pour ça, pour apprendre à des agents secrets nord-coréens à se faire passer pour des Japonais. Elle ne l’apprendra que plus tard, quand elle se fera arrêter à l’aéroport de Berlin après avoir posé une bombe dans le vol Berlin-Séoul afin de discréditer le régime sud-coréen.

L’habile narration ne met que progressivement en lumière les différents protagonistes. Le lecteur découvre d’abord la très jeune Naoko, puis Setsuko. Celle-ci est mariée à un Américain et tous deux ont l’air heureux. Mais comment un Américain et une Japonaise se retrouvent-ils mariés en Corée du Nord ? Comment peuvent-ils y être heureux ? On apprend bientôt que Jim Selkirk est un déserteur de l’armée américaine… Et on comprend le désespoir de la jeune Naoko.

A force de parler, Naoko Tanabe avait la sensation de se vider de sa langue maternelle comme de son enfance. Tout laissait croire qu’elle témoignait d’une planète lointaine à laquelle elle avait été arrachée à des fins ethnologiques, et qu’elle continuerait ainsi jusqu’à ce que mort s’ensuive. C’était bien cela, Naoko Tanabe s’écoulait en eux : c’était une transfusion d’elle-même – souvenirs et jours anciens qui glissaient d’elle à eux -, transfusion de mots, de noms, d’événements. Quand ses élèves seraient devenus des Naoko Tanabe, elle-même aurait tari. C’en serait fini d’elle

C’est avec les outils du romanesque (suspens, narration alternée, psychologie des personnages…) qu’Eric Faye fait de cette période sombre et de ces événements mal connus œuvre littéraire. La matière brute est austère (rapts, attentats, espionnage, endoctrinement…) mais la multiplicité des points de vue greffe sur cette base sa densité psychologique. La sobriété du style d’Eric Faye reflète l’austérité de toutes ces vies volées, enfermées, erronées.

Aujourd’hui, ces enlèvements font toujours débat.

Vous le savez bien, ce pays nous donne du fil à retordre, et ce n’est pas près de s’arrêter.

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Eclipses japonaises

Eric Faye
Seuil, 2016
ISBN : 978-2-02-131849-4 – 228 pages – 18 €

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21 commentaires sur “Eclipses japonaises d’Eric Faye

  1. Un sujet intéressant, je n’étais pas au courant de cette page de l’histoire, comme beaucoup d’autres pages d’ailleurs. C’est bien d’en faire un roman.

    • Sandrine

      J’apprends toujours beaucoup en lisant des romans historiques 😉

  2. J’ai adoré ce roman passionnant et cette page d’histoire peu connue.

    • Sandrine

      Le Pont sans retour de Vincent-Paul Brochard chez Picquier aborde aussi ce thème des enlèvements (pru au début de cette année).

      • merci pour la suggestion. Un peu différent mais parlant également de la Corée du Nord, j’ai beaucoup aimé « Princesse Bari » de Hwang Sok-Yong, aussi chez Picquier.

  3. Je l’ai noté dès sa sortie et il est à la bibliothèque. Reste à lui faire une petite place.

  4. J’ai beaucoup aimé le thème mais moins son traitement.

  5. j’ai beaucoup aimé ce roman.

  6. Il est dans ma PAL depuis sa sortie celui-là. Je ne sais pas ce que j’attends pour le lire ! (d’arriver à le caser sûrement^^)

  7. C’est peut-être l’occasion de lire enfin Eric Faye…

  8. Cet épisode de l’histoire japonaise m’était complètement inconnu… je croyais que ce roman évoquait les disparitions volontaires dont parle également Thomas Reverdy dans Les évaporés !

  9. Est-ce que tu as aimé ?

  10. Je l’ai lu, mais pas réussi à en parler (comme souvent avec les romans qui me plaisent sans que je sois enthousiaste) Ceci dit, il est bien fait et très intéressant.

  11. le thème m’intéresse depuis longtemps et c’est un auteur que je n’ai toujours pas lu !

  12. Bonjour Sandrine, j’avais bien apprécié ce livre bien écrit. J’ai découvert Eric Faye avec ces eclipses et je pense avoir appris quelque chose. Je ne connaissais pas du tout ces faits. Bonne après-midi.

  13. Un auteur qui parle très bien du Japon

  14. J’aime bien Faye, c’est un romancier discret, mais ces livres sont de bonne tenue.

  15. J’avais apprécié « Nagasaki » du même auteur, particulièrement à cause de la sobriété de son écriture. Je ne connaissais pas l’histoire de ces enlèvements. Ca m’intéresse beaucoup.

    • Sandrine

      Personnellement, je ne suis pas très portée vers la littérature asiatique mais je crois que j’accroche plus quand ce sont des Occidentaux qui me racontent l’Asie.

      • Je suis un peu comme toi. Le choc culturel et l’approche de la littérature sont trop grands parfois, même si en se poussant on fait de très belles découvertes.

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