Un long week-end dans les Ardennes de Hella S. Haasse

Un long week-end dans les ArdennesLecture de Un long week-end dans les Ardennes dans le cadre de Lire le monde, pour ouvrir mes horizons littéraires. Les Pays-Bas tout proches me sont méconnus mais malheureusement, la lecture de ce roman d’Hella S. Haasse, saluée comme une grande dame des lettres néerlandaises, me laisse sceptique tant dans sa forme que dans son propos.

A Amsterdam, un jeune journaliste encore tâcheron s’intéresse aux loups à ses heures perdues. Alors qu’il assiste à un concert de la célèbre pianiste Edith Waldschade, il apprend qu’elle en possède trois dans sa propriété des Ardennes belges. Peu après, il rencontre par hasard un ami perdu de vue depuis longtemps. Celui-ci lui apprend entre deux bières (cinq en fait), qu’il a été contacté par une jeune fille pour abattre des loups dans une propriété des Ardennes belges.

Oui, ce sont ceux de la pianiste, qui vit avec sa soeur Gerda, son mari et leur fille Sif, la jeune fille en question. Edith Waldschade admire son père décédé, spécialiste des vieux textes sur les légendes divines et poèmes épiques scandinaves et celtes, ayant étudié les vieilles cultures germaniques. Surgit un jour un homme qui affirme à Edith qu’il est lui aussi le fils d’Erik Waldschade, d’un premier mariage avec une Allemande. Il sème le doute dans l’esprit de la pianiste : l’éminent universitaire n’a-t-il fait qu’étudier les vieux mythes ? A-t-il contribué à la renaissance du mythe aryen ? Ses travaux sont-ils aujourd’hui à l’origine des relents néonazis ? Gerda elle se consacre au retour des Celtes et organise en l’absence de sa soeur de vastes reconstitutions un peu new age qui attirent des indésirables violents.

J’ai eu du mal à cerner les aspirations de chacun. Les nombreux personnages sont trop superficiellement abordés pour qu’on puisse les comprendre. Certains semblent bel et bien parachutés, d’autres très caricaturaux. Un long week-end dans les Ardennes est un roman bien trop court pour l’ampleur des thèmes abordés. Le parallèle entre les loups (liberté, sauvagerie, grandeur…) et la situation d’Edith est tout à fait pertinent mais pas assez creusé.

Alors que le roman s’ouvre sur une narration traditionnelle, il bascule parfois dans des scènes quasi théâtrales, avec indications scéniques, situations, etc… en ouverture de chapitre puis une suite de répliques entre les personnages. C’est très étrange, comme si Hella S. Haasse avait voulu faire de ce roman une adaptation pour la scène. Le résultat détonne et on peine à comprendre l’intérêt de telles ruptures.

Le roman se termine sans que rien ne soit résolu, comme s’il appelait une suite ou comme si l’auteur nous disait que l’intrigue, les intrigues plutôt, ne sont pas ce qui importe. Il est pourtant aussi question d’enfants juifs cachés pendant la guerre, de construction de maisons d’accueil pour réfugiés, d’une tentative de meurtre. Bref, beaucoup trop de thématiques esquissées qui n’aboutissent à rien.

Le vrai thème me semble être la mémoire familiale : comment les uns et les autres se souviennent de leur éminent père, quelle image il a laissée à chacun et pourquoi, comment le présent et l’actualité s’emparent de lui et travestissent ou utilisent ses travaux aux sujets sensibles. La propriété où vit Edith Waldschade, très isolée et presque hostile, est un lieu propice où se croisent justement magie, histoire et croyances anciennes, nature et solitude. Mais là encore, on reste à la surface du sujet.

Je voulais à l’origine lire En la forêt de longue attente qui s’intéresse à Charles d’Orléans. Je reviendrai donc à Hella S. Haasse, avec je l’espère plus de plaisir et d’intérêt.

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Un long week-end dans les Ardennes

Hella S. Haasse traduite du néerlandais par Annie Kroon
Actes Sud, 2001
ISBN : 978-2-7427-3415-5 – 194 pages – 16 €

Fenrir, parution originale : 2000

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9 commentaires sur “Un long week-end dans les Ardennes de Hella S. Haasse

  1. Dommage, je suis toujours dans la forêt de longue attente, j’aime mais c’est un sacré pavé

  2. Ce roman a l’air vraiment compliqué… Sais-tu en quelle année elle l’a écrit ?

    • Sandrine

      Il est complexe oui, et je pense que je suis passée à côté de certains faits et allusions propres à la région et à l’époque (le livre est paru en 2000), ce qui n’a certainement pas amélioré ma compréhension…

  3. comme Yueyin, je dis dommage, je l’aurais bien tenté
    je viens de lire Les routes de l’imaginaire et j’ai aimé son écriture

    • Sandrine

      Certains autres lecteurs qui ont participé à notre lecture commune de Hella Haasse ont lu d’autres titres et les ont appréciés 😉

  4. Le genre d’auteur où il faut choisir le bon livre, quoi. Je viens de lire le billet d’Ingannmic, elle semble avoir quelques réserves aussi. Bon, ce n’est pas très engageant tout ça.

  5. j’ouvre souvent avec hésitations mes blogs préférés car je crains de devoir noter un nouveau titre que je ne lirai peut-être pas sauf de temps, ça me fait un bien fou de voir que je peux laisser tomber certains titres sans aucun regret…

  6. Ce long week-end ne t’a pas plu, alors.

  7. Il semblerait qu’Hella S. Haasse ait pour l’instant fait deux déçues… mais comme toi, il est probable que je reviendrai vers cette auteure avec son titre sur Charlesd’Orléans. Et merci de t’être chargée de poster le lien vers mon billet sur facebook !

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