L’amour est une maladie ordinaire de François Szabowski

L'amour est une maladie ordinaireFrançois aime Marie et Marie aime François. C’est beau, on écrit des romans avec ça. Oui mais voilà, « l’amour est enfant de bohème », « les histoires d’amour finissent mal », bref, quand François regarde Marie il ne pense qu’à demain, quand elle ne l’aimera plus. Non, François ne connaît pas le « lâcher prise », oui, François est un anxieux, doublé d’un égoïste insensible qui ne pense qu’à lui. On va quand même passer 250 pages en sa compagnie, et de bon gré en plus car L’amour est une maladie ordinaire est avant tout un livre qui se lit avec le sourire. En creusant un peu, il nous dit deux trois choses sur le mâle aujourd’hui, vous savez ce pauvre chéri qui voudrait tant être aimé pour la vie, pour lui-même et pour de vrai. Mais sans souffrir bien sûr, car le pauvre chéri est avant tout sensible… L’amour, la vie : toute une histoire.

Pour ne pas voir s’éteindre l’amour dans les yeux de Marie, François décide de disparaître. Non pas juste de la quitter, mais de mourir. Il part donc se suicider un matin mais finalement, ça ne se fait pas : ils sont comme ça les petits chéris, beaucoup de projets se transforment en vent du soir sifflant dans les roseaux. Pour ne pas cependant en faire un pet foireux, il fait semblant d’être mort et charge son ami Didier d’annoncer la nouvelle à la belle. Très classieux comme procédé…

Et hop, François se donne un nouveau look et le voilà reparti dans la vie parisienne. De temps en temps, il a bien une pensée pour Marie. Il n’est pas rongé de remords, rassurez-vous, il l’imagine juste le pleurant et ça lui réchauffe le coeur de se savoir aimé comme ça… D’ailleurs pour se consoler il a Roxanne : il l’aime, elle l’aime et… ça ne va pas pouvoir durer ! Et rebelote : re Didier, re crémation, re nouveau look et nouvel appart.

François sème derrière lui les amoureuses en pleurs et piétine Didier, son seul ami, complètement neurasthénique, employé au Père Lachaise. A chaque prétendu suicide il l’enfonce un peu plus et le voit souffrir sans l’épargner pour autant. Paumé, amnésique, Didier cherche à savoir qui il est mais cette quête d’identité irrite François.

Tout cela commençait à m’exaspérer, et je lui ai répété que ça ne servait à rien de chercher qui il était. De toute façon, à mon avis, tel que je le connaissais, s’il n’était pas prostitué, il ne pouvait avoir été qu’un sous-fifre, un employé obscur, et un peu obsessionnel, quand on voyait l’intelligence maniaco-compulsive qu’il mettait dans sa pratique du puzzle. J’allais même plus loin : à l’heure actuelle, il pouvait encore rêver qu’il avait été ingénieur dans sa vie passée. Quand il découvrirait qu’il n’avait jamais été rien d’autre que ce qu’il était actuellement, il le vivrait mal.

Vous n’aimeriez pas être la petite amie de François, ni même son ami. Ce type ne fait qu’utiliser les gens sans se préoccuper d’eux le moins du monde. Il devrait être détestable, on devrait le haïr ou le mépriser. Pourquoi l’aime-t-on quand même ce François ? Pourquoi ne balance-t-on par L’amour est une maladie ordinaire par la fenêtre ? Parce ce trouillard de François n’est pas cynique. Fragile oui, comme tous les petits chéris, mais tellement incapable de faire face à la vie qu’on finit par s’émouvoir.

J’avais tellement pitié de moi.

Surtout que son châtiment finalement ne tarde pas : il lui arrive un truc vraiment incroyable qui va plus encore bouleverser sa vie sociale. Si seulement ça pouvait lui mettre du plomb dans la cervelle…

François n’ambitionne rien moins qu’être l’homme idéal, l’homme inoubliable qui marque toute une vie. S’il ne faisait pas souffrir autour de lui, on le prendrait en pitié. C’est qu’il en a des défis à relever l’homme moderne : être apprécié, être populaire, être aimé ? N’exister que par le regard des autres, en oubliant qu’il n’est pas seul à vouloir être aimé, à ne pas vouloir souffrir. La poudre aux yeux des premiers mois se dissout quand madame a soudain la migraine et que monsieur pète le soir dans le canapé. La désillusion s’installe, précédant peut-être l’indifférence. Ou peut-être pas. Peut-être quelque chose de moins clinquant mais de plus réconfortant. Mais peu importe pour François : c’est tout de suite et maintenant.

François Szabowski s’empare de l’amour, grand sujet, qu’il décline sur le mode de la comédie. Mais de la comédie qui gratte. C’est-à-dire qu’on rigole bien, mais quand même, on ne peut pas complètement détester ou se moquer de son François qui nous ressemble tant dans son désir d’amour, de reconnaissance et d’immédiateté. Il est maladroit, voire même malade, mais comment demander de l’amour sans être ridicule ? Il choisit d’être aveugle et cruel et François Szabowski choisit lui de nous le présenter de façon humoristique pour désamorcer ce qui pourrait être tragique.

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L’amour est une maladie ordinaire

François Szabowski
Le Tripode, 2017
ISBN : 978-2-37055-123-8 – 256 pages – 17 €

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7 commentaires sur “L’amour est une maladie ordinaire de François Szabowski

  1. nathalie

    Excellent billet ! Il dit bien tes différents sentiments d’avoir passé quelques heures avec ce personnage peu sympathique.
    Je ne suis pas sûre que je lirai le livre. J’ai de sérieux soucis avec les histoires d’amours, littéraires ou non, mais du coup j’ai quelquefois du mal à me laisser attraper par certains romans.

  2. Un roman plus complexe qu’il n’y parait.

  3. Ah ! J’étais forcément curieuse de ce roman à la couverture on ne peut plus intrigante, voire attirante, haha + le Tripode, ça présageait plutôt bien, mais j’attendais d’en lire quelques avis avant de le noter vraiment. Bon, je ne suis pas sûre d’adhérer au sujet finalement, mais si c’est de l’humour qui gratte, ça pourrait bien me plaire quand même. J’attends encore d’autres avis pour me décider.:-)

  4. j’ai vraiment bien aimé ce roman. Comme je le dis, on aime détester François ! J’apprécie aussi ta chronique 🙂

  5. Un livre ue j’ai beaucoup apprécié, malgré une grande envie de gifler le mec !

  6. Le personnage m’énerve déjà beaucoup trop pour que je songe à me plonger dans ce roman 😉

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