Nue, sous la lune de Violaine Bérot

Nue, sous la luneLa narratrice de Nue, sous la lune fuit un homme. Au volant de sa voiture rouge elle roule, caresse ses petites statues de bois et se parle. C’est qu’elle a besoin de se persuader, de se redire qu’elle a pris la bonne décision en quittant, définitivement cette fois, son amant dévorant.

Au fil du discours se dessine une relation toxique où la femme est sous l’emprise de l’homme. C’est un artiste reconnu, admiré et sûr de lui. On le devine manipulateur, de ces pervers narcissiques qui dominent et étouffent leurs victimes. Il sait profiter de l’amour et de la totale soumission de celle qui l’aime. Elle aussi sculptrice a abandonné son art pour se consacrer à celui du maître jusqu’à devenir sa bonne et le déversoir de ses ardeurs nocturnes, toujours les mêmes, très mécaniques, limite hygiéniques.

Elle a tué l’artiste en elle pour être celle qui accompagne et admire. Son besoin de supériorité à lui détruit la femme et la créatrice en elle.

Tout ce que tu exiges, je l’accepte. Je ne te refuse plus rien. Je ne sais plus que dire oui, et lorsque tu demandes davantage j’ajoute les phrases que tu veux entendre. Mon amour-propre je l’ai piétiné, écrabouillé, je ne m’autorise d’amour que pour toi. Je me cale dans ton ombre, n’en sors que le soir, dans l’obscurité de ta chambre, pour que te prenne alors le désir de faire avec moi ce que l’on nomme amour.

Ce n’est pas la première fois qu’elle part mais cette fois elle n’en peut plus de n’être rien d’autre que ce qu’il veut qu’elle soit.

Je m’éteignais doucement devant toi qui avais la vedette et que l’on regardait, toi qui captivais l’auditoire. Je sentais les femmes m’envier d’être ta compagne, la compagne de cet homme-là, brillant, ce génie au si délicieux sourire. C’était si simple après tout de t’aimer, il suffisait de se taire, d’anticiper tes besoins, d’abattre consciencieusement sa tâche, il suffisait de se transformer en suivante efficace et discrète, de jouer les bons petits soldats.

La soumission de cette femme est effrayante et totale. Amante généreuse et passionnée, elle aurait pu connaître le bonheur si elle n’avait jeté son dévolu sur un ogre de génie. L’artiste dévore en elle la création, puis la femme. Il la méprise, la rabaisse et l’humilie, lui octroyant parfois quelques regards ou attentions, comme une caresse à un chien. Pour mieux entretenir espoir et illusion. Le pire est sans doute qu’elle connaît sa dégradation et qu’elle n’y peut rien. Si ce n’est fuir encore une fois…

En lisant Nue, sous la lune, en découvrant cette femme amoureuse à la folie, on pense au couple Rodin – Claudel, à l’emprise du génie artistique, à l’injustice de la renommée, à la destruction par l’amour. L’un doit-il étouffer l’autre pour créer ? Vilolaine Bérot ne juge pas mais rend compte de la terrible dépendance de la femme dans une relation artistique et amoureuse.

J’ai pris en toute conscience la décision de m’oublier.

L’amour est effrayant entre les mains d’un génie égoïste avide de reconnaissance et de soumission. C’est ce que Violaine Bérot nous donne à entendre par la voix douce et sans pathos de cette femme qui reste lucide.

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Nue, sous la lune

Violaine Bérot
Buchet Chastel, 2017
ISBN : 978-2-283-02991-6 – 117 pages – 12 €

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13 commentaires sur “Nue, sous la lune de Violaine Bérot

  1. Sujet intéressant. Merci pour cette découverte.

  2. Beau sujet et c’est tout le problème des créateurs, comment respecter son entourage ils ne sont pas tous pervers certes mais tous ont un égo très fort dont ils ont besoin pour se croire artistes.

    • Sandrine

      Il y a parfois peu de place pour l’autre dans l’univers d’un artiste ou d’un créateur. Entendre la voix de cet autre a quelque chose de très touchant, et de dramatique…

  3. Mmouais … J’aime bien les romans qui ont pour sujet la création artistique, ici, visiblement, c’est plutôt la destruction … Pas emballée pour le moment !

    • Sandrine

      C’est ce qui m’a justement semblé intéressant : le revers de la médaille de la création.

  4. Je suis fascinée par ce genre d’histoires : le créateur et sa créature… Je note donc ce titre.

  5. Contrairement à Papillon, je ne suis pas fascinée du tout. C’est même le genre d’histoire qui me fait fuir.

  6. Ce que tu dis de ce roman fait froid dans le dos, cet amour destructeur.

  7. J’ai l’impression que l’histoire fait un peu clichée… J’avoue que cela de m’attire pas plus que ça…

    • Sandrine

      Je n’ai pas tant lu sur le thème donc je ne sais pas. Pour ma part, j’ai trouvé cette voix originale.

  8. Oh, c’est intéressant ça. Le thème est terrifiant et fascinant à la fois.

  9. on ne peut qu’être attiré par ce genre d’histoire. C’est mon cas!

    • Sandrine

      Il te plaira sans doute, le sujet est traité me semble-t-il avec délicatesse, de l’intérieur.

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