Les grandes marées de Jim Lynch

Les grandes maréesSur la côte pacifique, dans la baie d’Olympia (nord-ouest de l’état de Washington), le jeune Miles O’Malley, treize ans, découvre l’incroyable : un calamar géant. Personne n’en a jamais vu et Miles pense même l‘avoir entendu respirer avant qu’il ne rende son dernier souffle. Un scientifique puis un autre s’intéressent à cette surprenante découverte, et s’interrogent : qu’est-ce qui a poussé ce monstre marin légendaire à venir s’échouer sur ces côtes ?

Miles n’en reste pas là puisqu’il va découvrir d’autres créatures marines presque aussi légendaires. Bientôt, les médias s’en mêlent et l’adolescent devient célèbre. Au point d’être sollicité par une secte et envisagé comme un nouveau messie. C’est qu’il semble entretenir des rapports particuliers avec la mer, des rapports privilégiés le mettant à l’écoute de cette vaste étendue qui recouvre les deux tiers du globe. Ce qui fait de Miles un être particulier.

Pourtant, il a comme d’autres adolescents des problèmes familiaux avec ses parents qui se séparent sans qu’il puisse rien y faire. Il n’est pas en reste du côté des émois sexuels puisque son ami Phelps est obsédé par le sujet et lui fournit détails et illustrations dont il se passerait bien. Lui est secrètement amoureux de la fille du juge d’à côté, son ancienne baby-sitter, plus vieille que lui donc et aux penchants destructeurs. Il n’a pas les mots pour la séduire alors il parle de mer, d’écologie marine et de ces animaux marins qui le fascinent. La mer est son refuge, il en parle pour fuir les sujets embarrassants et la rejoint la nuit quand il ne peut pas dormir. Comme une amante.

Les mot d’amour que prononce Miles ont dès lors un accent tout particulier, peuplés de serpules, de nudibranches, de panopes et autres régalecs. A l’évidence, la zoologie marine renferme une poésie qui lui est propre et dont Jim Lynch aime à manier les sonorités. Peu importe la réalité de la bestiole, le lecteur se réjouit de ces mots étranges, reflets de mystères marins pour certains encore très mal connus. C’est ce goût du vocabulaire étrange et spécifique qui fait un des charme de ces Grandes marées, premier roman de l’auteur, et qu’on retrouve dans Face au vent quand il évoque cette fois la voile.

Ce roman d’éducation est par ailleurs très touchant. La voix de Miles est toujours juste et émouvante, au bord des sentiments. Le jeune garçon fait preuve de beaucoup de sensibilité, sans jamais s’y abandonner et c’est donc avec pudeur qu’il raconte son amour pour Angie, son amitié pour une très vieille dame sur laquelle il veille, sa peine devant la séparation de ses parents. Avec beaucoup d’humour également, basé sur son incompréhension des choses du sexe ainsi que sur sa très petite taille.

Les Grandes marées sont la chronique d’un été de fin d’innocence et de rêves encore possibles, un pied dans l’enfance, l’autre dans le monde adulte. Le regard que Jim Lynch porte sur son jeune personnage en fait un roman triste et doux, traversé par cet humour fait d’autodérision que manient avec aisance certains auteurs américains.

.

Les grandes marées

Jim Lynch traduit de l’anglais par Jean Esch
Gallmeister (Totem n°93), 2018
ISBN : 978-2-35178-575-1 – 273 pages – 9,20 €

The Highest Tide, parution aux États –Unis : 2005

..

..

..

..

6 commentaires sur “Les grandes marées de Jim Lynch

  1. J’ai absolument adoré ce titre ! Et le vocabulaire spécifique lui donne effectivement un charme poétique, pas besoin d’y comprendre quelque chose, ça berce, ça enchante.

  2. Le sujet ne me tente pas, mais on sent que tu as aimé cette lecture.

  3. contrairement à Alex, le thème me plaît et la couverture aussi alors, hop, sur la liste!

  4. nathalie

    Ça a l’air bien ! Et la couverture est magnifique (et le poulpe c’est bon*, je peux enchaîner les arguments sans aucun intérêt, mais je note le titre).
    * désolée, je viens de me rappeler que tu étais végétarienne.

    • Sandrine

      Pas d’animaux dans mon assiette en effet, je les préfère dans leur milieu naturel. Mais bon, croiser un poulpe…

  5. Je sens, d’après ta chronique que tu as beaucoup aimé ce livre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *