Une femme que j’aimais d’Armel Job

Une femme que j'aimaisClaude Jansens, narrateur de Une femme que j’aimais, est très attaché à sa tante Adrienne. Plus que ça même : il l’admire, la fantasme et la visite chez elle aussi souvent qu’elle le lui permet. Un jour, c’est morte qu’il la découvre dans sa cuisine, la nuque rompue. Chute ?

Claude débute alors une enquête qui n’a pas tant pour but de découvrir les raisons de la mort d’Adrienne que de comprendre cette tante si différente des autres membres de la famille. Cette femme, qui a plusieurs reprises a semblé vouloir confier un secret à son neveu, se révèle terriblement mystérieuse. Pourquoi, elle si intelligente et cultivée, a-t-elle épousé un boucher ? Pourquoi se rendait-elle tous les vendredis dans un café pour regarder la devanture d’un magasin d’électricité ? Qui était Adrienne ?

Claude mène l’enquête et cet admirateur secret ne ménage pas son imagination. Il rend visite à la famille, traque le détail révélateur et échafaude de riches scénarios à chaque nouvelle révélation. Jamais il n’est en manque d’interprétations et de conclusions, qui s’avèrent souvent bien trop hâtives.

Car l’être humain est complexe, même la tante Adrienne, nous dit Armel Job.

C’est avec plaisir que je retrouve chaque année Armel Job et ses suspens psychologiques si bien construits. J’aime aussi sa veine humoristique, ses sorties aussi méchantes que réjouissantes à l’encontre de l’Église catholique. Bref, tous les ans, j’attends le Job. Mais voilà cette année n’est à mes yeux pas du meilleur cru.

Je ne me suis pas passionnée pour la vie de cette Adrienne qui certes est mystérieuse mais ne cache rien qu’on ne pourrait deviner dès les premières pages. Un mystère qui n’en est pas un bien épais.

Elle se révèle être une femme comme les autres, une femme ordinaire avec ses secrets de jeunesse, ce qui pourrait aussi la ranger au rang des héroïnes ordinaires qui ont pu faire les grandes heures de notre belle littérature. Malheureusement, la narration ne sert pas le personnage. Ce Claude Jansens est un fade, voire pire, qui ne connaît rien à la psychologie féminine et n’approfondit jamais bien loin ses conclusions. Il reste à la surface du personnage tourmenté qu’a dû être sa tante, balayant ses angoisses de quelques généralités.

Les autres membres de la famille, ceux qui vont permettre à Claude de peu à peu composer le portrait de sa tante, sont eux aussi des gens ordinaires. Rien d’héroïque ou d’original chez eux, ce qui ne les rend pas inintéressants, au contraire puisqu’ils témoignent d’une époque et d’un milieu. Les mariages sans amour, l’éducation des filles, l’importance de l’Église dans la direction des consciences sont autant de thèmes qui apparaissent dans Une femme que j’aimais et lui confèrent un ton rude au réaliste bienvenu. On n’enjolive pas, on donne à voir, sans excès, par la voix d’un narrateur lui-même trentenaire déjà terni par une vie sans joie.

Il est question d’amour et de passion dans ce roman, mais étouffés par une suite de drames qui se révèlent au fur et à mesure de l’enquête de Claude. Celui-ci découvre sa famille et particulièrement ce que ses parents ont vécu, et c’est certainement l’aspect le plus intéressant du roman : nos parents ne sont pas que nos parents, ils ont eu et ont encore une vie autre que celle vue par leurs enfants qui les réduisent à un rôle. Sans être héroïque, chacun est riche d’expériences qu’il n’est pas toujours souhaitable de dévoiler à ses enfants.

Si Une femme que j’aimais ne m’a pas autant intéressée que les précédents romans d’Armel Job, c’est donc plus par son manque d’intensité narrative et l’absence de profondeur psychologique. Mais rien de rédhibitoire, je serai au rendez-vous du prochain.

Armel Job sur Tête de lecture

 

Une femme que j’aimais

Armel Job
Robert Laffont, 2018
ISBN : 978-2-221-21544-9 – 296 pages – 19,50 €

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6 commentaires sur “Une femme que j’aimais d’Armel Job

  1. Je compte profiter du mois belge l’an prochain pour me pencher sur les romans d’Armel Job. Je n’en ai lu qu’un jusqu’à présent ; je me souviendrai de ne pas commencer par celui-là !

  2. L’auteure fait paraitre un nouveau roman tous les ans ?

    • Sandrine

      Oui. Et c’est un homme.

  3. Je ne connais pas du tout cet auteur, le résumé me tentait beaucoup, mais ton billet me refroidit… Je vais aller lire ton billet sur « Tu ne jugeras pas ».

  4. J’ai du retard dans ma découverte des romans d’Armel Job, celui-ci viendra après les quelques précédents pas encore lus 😉

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