Ré-ensauvageons la France de Gilbert Cochet et Stéphane Durand

Ré-ensauvageons la FranceStéphane Durand, biologiste et ornithologue, et Gilbert Cochet, naturaliste, sont des scientifiques de terrain. Ils ont arpenté et observé la France, ce qui y reste de nature et d’espaces sauvages. Loin des discours alarmistes dont on nous abreuve, ils dressent dans Ré-ensauvageons la France un portrait optimiste du pays et de son potentiel naturel. Incroyable constat qui va à contre-courant du discours défaitiste ambiant.

Oui, bien des espèces ont disparu du paysage et « les décors ont été vandalisés ». Au milieu du XXe siècle, nous disent-ils, il était impossible d’être naturaliste en France tant la nature sauvage avait disparu. Aujourd’hui pourtant, le loup, le lynx, le balbuzard sont revenus en France et le territoire possède toujours la plus grande biodiversité d’Europe. Ce ne sont plus tant ces animaux sauvages qui sont menacés que les moineaux, les hirondelles et les abeilles…

Pour Stéphane Durand et Gilbert Cochet, la France un paradis perdu en raison de l’agriculture intensive (qui uniformise les terres et les appauvrit) et de la chasse. Le monde agricole, même « bio », est anti-nature. Il l’exploite à son profit.

Les deux auteurs prônent un retour de l’homme à la nature, cette « intimité naturelle et originelle qui nous fait tant de bien ». Le monde moderne nous a volé cette proximité avec la nature qui ne pourra nous être restituée qu’au prix d’un changement d’attitude. Ré-ensauvageons la France, reconsidérons « notre modernisme technologique triomphant ». La panacée n’est pas illusoire :

Il suffit que l’homme aménageur et prédateur se retire pour laisser la place à l’homme contemplatif. Celui qui passe et ne laisse pas de traces a toute sa place devant les grands espaces.

Ils ont scruté la France dans toutes ses régions et en dressent les portraits successifs, espace par espace : « Montagnes et falaises », « Méditerranée sauvage », « Marais, côtes et océans »…etc. Ils ne font pas que montrer du doigt ou distribuer des bonnes notes. Ils proposent des solutions, beaucoup sont basées sur le respect de la nature. Mais aussi sur les capacités de la nature à se régénérer. Voici quelques-uns des conseils listés dans le « Petit bréviaire à l’usage des décideurs » en fin de volume :

  • Préserver en priorité les écosystèmes encore naturels ;
  • Interdire la chasse, la pêche, la coupe de bois et le pâturage dans les zones protégées (réserves naturelles, parc régionaux…) ;
  • Donner un véritable statut juridique d’être sensible à l’animal sauvage et libre ;
  • Augmenter considérablement les zones marines protégées…

Il ne s’agit pas de faire croire à ce qui n’est pas mais bien de souligner les signes positifs aujourd’hui et d’établir une liste des possibles basée sur l’observation du territoire et les pratiques des pays voisins.

Il faut certes inverser la tendance mais pour ça, il n’est cependant pas nécessaire d’attendre « les décideurs ». A mon échelle à la vôtre, il est possible d’agir sans accuser les autres et le monde d’une situation dont nous sommes tous responsables. Charity begins at home. Croyons au cercle vertueux de l’exemple, soyons responsables de notre rue, de nos lieux de travail et de villégiature. Alors peut-être nos arrière-petits-enfants contempleront-ils ce spectacle :

D’immenses forêts résonnant du chant d’innombrables oiseaux, des hardes de cerfs, de bisons voire d’aurochs et de tarpans parcourant nos plaines, des chamois et bouquetins caracolant dans toutes nos montagnes, les hurlements des loups résonnant au milieu de la nuit dans tout le pays, des plages accueillant des myriades d’oiseaux migrateurs, de phoques et de tortues marines, des marécages grouillant de colonies d’échassiers, des fleuves et des rivières remplis de poissons migrateurs et de moules perlières, des ours capturant les saumons et les vautours percnoptères nettoyant les cadavres des lamproies marines et des aloses, de grands attroupements de baleines dans le golfe de Gascogne et dont les cadavres échoués nourrissent le pygargue à queue blanche et tous les vautours des Pyrénées…

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Gilbert Cochet est agrégé de sciences de la vie et de la Terre, attaché au Muséum national d’histoire naturelle, expert au Conseil de l’Europe, président du Conseil scientifique de la réserve naturelle des Gorges de l’Ardèche. Biologiste et ornithologue, Stéphane Durand participe comme coauteur et conseiller scientifique aux aventures cinématographiques de Jacques Perrin depuis 1997. Il est directeur de la collection « Mondes sauvages » chez Actes Sud dont Ré-ensauvageons la France est le quatrième volume. Tous deux sont administrateurs de l’ASPAS, l’ASsociation pour la Protection des Animaux Sauvages.

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Ré-ensauvageons la France. Plaidoyer pour une nature sauvage et libre

Gilbert Cochet et Stéphane Durand
Actes Sud (Mondes sauvages), 2018
ISBN : 978-2-330-09616-8 – 167 pages – 20 €

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10 commentaires sur “Ré-ensauvageons la France de Gilbert Cochet et Stéphane Durand

  1. nathalie

    Un chant aux notes positives, en effet cela fait du bien. Je ne regrette jamais de ne pas être née à une époque antérieure (en tant que femme, ce n’est pas difficile) sauf pour ce regret de ne pas avoir connu certains espaces avec moins d’être humains. Difficile de trouver quelques kilomètres carrés qui n’ont pas été aménagés… Mais en effet ça ne m’empêche d’être heureuse de croiser chevreuils et papillons quand je randonne ! Et d’entendre des cuicuicuis dynamiques et pleins d’énergie.

  2. nathalie

    J’ajoute un truc parce que j’y pense : dans Les derniers grizzlys de Rick Bass, l’auteur fait cette réflexion : même sans voir un grizzly ce n’est pas la même chose de marcher dans une forêt où l’ours a disparu et dans une forêt où l’on sait qu’il vit là. Et ça me paraît très important. Même si on ne voit pas les chevreuils (et encore moins les lynx), ça réchauffe le coeur de les savoir pas loin.

    • Sandrine

      Comment ne pas penser à ce qu’on a perdu, à ce qu’on perd… on est comme dans un musée qui peu à peu perdrait ses pièces les plus précieuses parce que les visiteurs se font un plaisir de les fracasser…

  3. Un livre qui ne se contente pas de faire un constat désastreux, voilà qui est tentant. Actes Sud développe des collections très intéressantes.

    • Sandrine

      Il y en a quatre aujourd’hui, dont un sur les cachalots tout à fait passionnant.

  4. keisha

    Ah je viens justement en fermant ma fenêtre (ça commence à cailler à l’intérieur) de voir u n éclair bleu passer devant mes yeux. Martin pêcheur? Dernièrement j’ai aussi joué à un deux trois soleil avec un jeune chevreuil sur les berges du canal (il broute l’herbe, j’avance, il relève la tête, je me fige) J’avoue savourer ma chance d’habiter un coin pareil. Pourvu que ça dure!
    Ta lecture me plairait bien

    • Sandrine

      Il n’y a pas de chevreuils dans les rues de Blois, mais quand je cours le matin en bord de Loire, je croise toutes sortes d’animaux qui me réjouissent…

  5. Des auteurs qui s’y connaissent sur le sujet.

  6. Une lecture qui me siérait parfaitement, moi qui ai la chance de vivre au milieu de la nature

  7. c’est bien d’être optimiste, je le suis de moins en moins…mais je suis d’accord avec ton billet!

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