Un océan, deux mers, trois continents de Wilfried N’Sondé

Un océan, deux mers, trois continentsSur le papier, Un océan, deux mers, trois continents avait tout pour me plaire : roman historique se déroulant au XVIIeme siècle, histoire de l’Eglise, esclavage et Afrique, autant de thèmes qui me donnent envie de lire ce roman de Wilfried N’Sondé. Malheureusement, je ne sors pas satisfaite de cette lecture.

Nsaku Ne Vunda est un jeune prêtre catholique, le premier à avoir fait ses études dans son pays d’origine, le Kongo. Baptisé Dom Antonio Manuel, il fédère les Bakongos grâce à sa foi qui combine foi catholique et croyances ancestrales. Mais son pays est en proie à la souffrance car depuis plusieurs décennies, des chasseurs d’hommes capturent des habitants pour les envoyer au-delà des mers où ils seront réduits en esclavage. Dom Antonio est surpris quand le roi des Bakongos le sollicite en son palais puis lui explique qu’il l’a choisi pour être ambassadeur auprès du pape au Vatican : officiellement, il devra être le témoin vivant de l’implantation de la foi catholique en Afrique. Officieusement, le roi lui confie la mission d’informer le Saint Père du trafic humain qui prend des proportions plus qu’inquiétantes.

Fier et naïf, le jeune prêtre accepte la mission. Avant d’ouvrir les yeux sur bien des réalités, comme par exemple que le monde est beaucoup plus fourbe et corrompu qu’il ne croit, du roi des Bakongos jusqu’au saint père. Un océan, deux mers, trois continents apparait donc comme un roman d’initiation qui mène Dom Antonio de désillusion en désillusion. Il faut dire qu’il est brinqueballé sur un bateau négrier puis un bateau pirate et qu’il va passer entre les mains de l’Inquisition. Pas de doute que ça déniaise…

Un océan, deux mers, trois continents aurait pu être un bon roman d’aventure mais plusieurs choses ne fonctionnent pas. D’abord c’est la statue de Dom Manuel, mort depuis des siècles, qui raconte l’histoire. Pourquoi ? Mystère… c’est tout à fait artificiel et oblige l’auteur à ne faire de son roman qu’un long récit, sans aucun dialogue. Le procédé est d’autant plus laborieux que le jeune homme passe son temps à bénir Dieu, ce qui est logique pour un prêtre mais un peu lassant. Il a ainsi plus de recul face à son expérience, il parle « en sage », mais la narration manque de vivacité.

La quatrième de couverture cite Candide pour le côté naïf du personnage. Oui mais Candide, c’est drôle, alors que Un océan, deux mers, trois continents est totalement dénué d’humour (même un sujet aussi grave que l’esclavage peut être traité avec un certain recul). Un peu de distance n’aurait pas fait de mal car le roman au final n’est rien d’autre qu’une hagiographie. Le roman témoigne d’un souci de faire connaître cet oublié de l’Histoire : Nsaku Ne Vunda dit Dom Antonio Manuel a bel et bien existé et bel et bien été envoyé comme ambassadeur auprès du pape.

L’idée est sans doute de montrer la corruption du monde, y compris celle induite par la religion. Il dénonce l’esclavage et les terribles conditions dans lesquelles étaient traités les Africains victimes du commerce triangulaire. Tout ça est louable mais au final assez ennuyeux, essentiellement parce que le point de vue adopté (la statue qui parle) manque de recul et d’humour et surtout de relief.

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Un océan, deux mers, trois continents

Wilfried N’Sondé
Actes Sud, 2018
ISBN : 978-2-330-09052-4 – 267 pages – 20 €

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