Borealium tremens de Mathieu Villeneuve

Borealium tremensAh le retour à la terre ! Grand fantasme de l’homme moderne qui devient une réalité de plus en plus commune. Pour nous en conter les espoirs et les difficultés, on a l’incontournable et hilarant cycle de Manu Larcenet et pour la version québécoise, vous pouvez compter sur ce Borealium Tremens, premier roman de Mathieu Villeneuve.

David Gagnon, son héros, vient d’hériter d’une maison du côté maternel. Après avoir erré pas mal de temps sur le continent nord américain, le jeune homme pense qu’un point d’attache lui est ainsi offert par un grand-oncle qu’il ne connaît pas, Auguste Seurin fils. C’est un notaire de plus de cent ans qui l’accueille dans son manoir et l’informe de sa qualité d’héritier. Non sans le prévenir qu’il vaut mieux vendre, la bicoque étant hantée…

Mais David est bien décidé à retaper la Maison brûlée, à cultiver ses terres (pour entre autres faire sa propre vodka…), bref, à s’intégrer aux habitants de Saint-Christophe-de-la-Traverse. Qui eux ne l’entendent pas comme ça. Cousins (nombreux), maire, curé : tout le monde s’accorde à lui dire de raser la maison et d’en construire une autre s’il veut vraiment rester, et que s’il veut partir, personne ne le retient. Mais David fait venir son frère Alexis et son amie Liannah pour les travaux et raconte à qui veut l’entendre qu’il est en train d’écrire un roman. L’histoire d’un gars qui revient à Saint-Christophe-de-la-Traverse et commence à rénover la maison dont il a hérité…

En plus de l’hostilité des locaux, le jeune homme doit affronter son insatiable envie d’alcool et les voix de plus en plus présentes qui le poussent à la violence. Il commence même bientôt à avoir des hallucinations. Est-il fou le David ou assailli par les démons de ses ancêtres ? Il faut dire que dans ce coin du Saguenay, tenir la barre de l’équilibre mental relève de l’épreuve : beaucoup de consanguinité, des prophéties centenaires, des orignaux fous, des invasions de tiques, la fin du monde qui approche… autant de facteurs qui font peu à peu vaciller la raison de notre écrivain en herbe.

Mathieu Villeneuve déroule l’histoire de David Gagnon et Borealium Tremens frôle parfois le fantastique. L’inquiétante étrangeté s’installe et quand les voix s’intensifient dans la tête de David, on pense à Shining. Pourquoi cette maison est-elle si hostile ? Le gentil séjour rural se transforme en descente aux enfers. L’humour est pourtant bien présent, parfois involontaire sans doute. Car enfin, qu’est-ce donc que le festival de la Pitoune ? Et une bibitte ? Le parler terroir que Mathieu Villeneuve s’autorise parfois fait aussi venir le sourire, de notre côté de l’Atlantique :

– T’es pas d’icitte… T’es t’un étranger, pis tu vas toujours le rester. On a rien contre ça, les tourisses, mais faut qu’y viennent dans bonne saison pis qui repartent, tu comprends-tu ? Moé, ma job, c’est de protéger mon monde contre vous autres. Pis je suis prêt à toute pour arriver à mes fins. Tu vas jamais réussir, mon homme.

Les allusions à Louis Hémon et Maria Chapdelaine sont pour moi perdues mais ne m’empêchent pas d’apprécier à la fois l’étrangeté mêlée d’humour et la belle écriture du jeune auteur québécois. Quelques répétitions parfois mais un scénario qui ménage son suspens, joue sur les clichés de la vie campagnarde et croque les ruraux bas du front avec un bonheur réjouissant. Hâte donc d’entendre le son du Québec avec Mathieu Villeneuve au festival America pour le débat « Histoire de familles ».

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Borealium tremens

Mathieu Villeneuve
La Peuplade, 2017
ISBN : 978-2-924519-55-4 – 347 pages – 21 €

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7 commentaires sur “Borealium tremens de Mathieu Villeneuve

  1. keisha

    Le côté fantastique risque de me rebuter, dommage, car ta référence à Larcenet, ça me plaisait bien au départ.

  2. Ah je note ! La Peuplade est toujours présent au salon du livre de Paris, je n’aurai pas de mal à le trouver (et j’ai Hémon en stock, je pourrai le lire avant), je sens que ça peut m’intéresser.

  3. Bonne rencontre avec l’auteur.

  4. Je l’ai acheté en prévision de Québec en novembre, je pense qu’il me plaira.

  5. Ta conclusion me plait alors,je vais essayer de le trouver

  6. Fortement conseillé par la Libraiie du Québec, forcément… donc ce roman a atterri dans mes nooooombreuses piles 😉

  7. Je vais essayer de le voir ce week-end ; je commence à creuser le programme et je me demande comment je vais faire mon choix parmi tout ce qu’il y a et qui me tente !

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