Hitler de Johann Chapoutot et Christian Ingrao

Un Hitler en 190 pages, voilà qui pourra étonner le connaisseur. Celui-ci passera son chemin car l’ouvrage ne s’adresse pas à lui mais bien à tous ceux qui ne connaissent du Führer que ce qu’ils ont appris à l’école et ne souhaitent pas se jeter dans un pavé biographique, aussi excellent soit-il. Une brève synthèse donc, par des historiens que pour ma part j’ai déjà pu apprécier à travers la série documentaire La destruction des Juifs d’Europe.

Cependant, le terme « biographie » semble usurpé car s’il s’agit bien du parcours personnel d’Hitler jusqu’au début des années 30, la suite relève d’un aperçu historique sur la nazification de l’Allemagne puis de l’Allemagne en guerre.

Le petit Adolf n’appréciait pas l’autorité paternelle mais sans doute plus la vénération maternelle. Seul survivant après trois aînés morts, il devait être choyé, voire admiré. D’où un sentiment de supériorité qui supportera mal d’être plusieurs fois recalé aux Beaux Arts. Ainsi le jeune Hitler se voit-il en artiste maudit, incompris, sentiment renforcé par son asociabilité. Par ailleurs, il déteste l’Autriche-Hongrie qu’il fuit quand il doit effectuer son service militaire. Il arrive à Munich.

Pas doué pour grand-chose, dilapidant le maigre héritage familial dans une vie de bohème sans aucune créativité (si ce n’est la production de cartes postales) ni travail : on n’est pas loin du bon à rien et du parasite social. La guerre va l’occuper : il s’engage et combat pendant les quatre ans et demi de guerre. Il ne se distingue pas mais fait un soldat efficace. Comme tous les autres, il expérimente dans sa chair ce traumatisme majeur et incompréhensible.

Après la guerre, dans l’Allemagne quasi révolutionnaire, il reste dans l’armée puis travaille à propager des idées pro-nationales et antibolchéviques. Tandis que ses convictions s’affirment (darwinisme social, nécessaire lutte pour la survie de la germanité, antisémitisme), il entretient, comme des millions d’Allemands, sa détestation de l’humiliant traité de Versailles. En tant qu’agent de renseignement politique, il espionne, rédige des rapports et prend de plus en plus souvent la parole en public. Il entre au parti ouvrier allemand (DAP) qui devient bientôt le parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP). Il en devient le chef, le Führer à l’été 1921.

Le putsch de Munich, le 9 novembre 1923, souligne le renouveau national qui agite les rangs du parti nazi : il faut s’emparer du pouvoir, même par la violence pour redonner sa place à l’Allemagne. L’amateurisme de ce coup d’Etat conduit Hitler en prison pour haute trahison. Pendant son incarcération de neuf mois (neuf mois pour haute trahison…), il profite de cette pension gratuite pour écrire son autobiographie : Mein Kampf.

A sa libération, il doit redorer son blason de chef, terni par l’échec du putsch. Il jouit pour ça de deux atouts : son éloquence incontestable en public et son charisme dans les échanges privés. On l’écoute, on se laisse séduire, on le suit. Cependant, en cette seconde moitié des années 20, le parti nazi ne fait pas encore salle comble. Il faudra attendre la crise de 29 pour que son discours obtienne une beaucoup plus vaste audience auprès de la population, au point de le porter à la chancellerie en janvier 1933.

A partir du moment où Hitler est au pouvoir, Johann Chapoutot et Christian Ingrao se centrent moins sur lui : ce n’est plus dès lors une biographie mais un ouvrage sur la situation et l’évolution du pays vers la guerre puis en guerre. Les auteurs présentent le contexte socio-politique, les affrontements internes soulignant ainsi combien Hitler n’a pas fait la guerre à lui tout seul : il est le fruit d’un contexte, d’une période particulière.

On le perd cependant de vue en tant qu’individu. Les derniers chapitres retracent rapidement quatre ans de guerre. On ne sait rien du quotidien d’Hitler pendant la guerre, de ses relations avec ceux qui l’entourent, avec Leni Riefenstahl par exemple. Les auteurs précisent qu’il ne dialogue pas mais éructe et vocifère. C’est un point qu’ils répètent plusieurs fois, comme certains mots ou certains faits. Ces nombreuses répétitions contribuent à une étonnante lourdeur de style.

Cet Hitler se présente donc comme une synthèse biographique dans un premier temps, qui permet de bien situer l’homme dans son contexte. La lecture en est simple, ne nécessite pas de connaissances préalables. Je regrette pour ma part que l’orientation biographie dévie à mi-parcours.

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Hitler

Johann Chapoutot et Christian Ingrao
Presses Universitaires de France, 2018
ISBN : 978-2-13-080029-3 – 212 pages – 13 €

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4 commentaires sur “Hitler de Johann Chapoutot et Christian Ingrao

  1. nathalie

    L’article du Monde des livres affirmait qu’il y avait pas mal d’erreurs factuelles et s’étonnait que Chapoutot (auteur du brillant Les nazis et l’Antiquité – un livre vraiment intéressant) se soit commis là-dedans. Bien sûr, moi je n’y connais pas assez pour me prononcer.

    • Sandrine

      Oui, j’ai constaté après lecture qu’il y avait une polémique autour de ce livre. Mais je suis comme toi : qu’il y ait eu 15 ou 20 millions de chômeurs en Allemagne a tel moment, ça ne signifie pas grand-chose à mes yeux… c’est embêtant pour les 5 millions supplémentaires, mais bon… Ce qui me gène le plus c’est que cet ouvrage soit annoncé comme une biographie et que l’écriture (les tournures de phrases notamment) soit vraiment lourde (j’aurais pu citer au moins une dizaine d’exemples de répétitions, ce qui sur un livre si court fait beaucoup).

  2. Une première approche de l’homme derrière le fûhrer.

  3. j’ai l’impression d’en connaître pas mal sur l’affreux personnage mais pourquoi pas… les erreurs relevées par Nathalie sont étranges. L’écriture lourde m’enchante encore moins.

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