Les Douze enfants de Paris de Tim Willocks

Les Douze enfants de ParisAprès La Religion, rien moins que formidable, retour à Mattias Tannhauser, héros sombre et sanglant, dans un décor qui lui sied à merveille : la Saint-Barthélémy. Un maximum de morts très violentes en un minimum de temps dans un endroit clos, voici  Les Douze enfants de Paris qui tient certaines de ses promesses , les surpasse même au risque de lasser.

Voici Mattias, héros sombre et solaire à la fois, qui vient chercher sa douce Carla à Paris. Elle y est arrivée peu de temps auparavant et sur le point d’accoucher, pour jouer de la musique au cours du mariage princier. Mattias arpente les rues de cette capitale inconnue où chacun va pouvoir donner libre cours à ses instincts sadiques et meurtriers. Ça tombe bien, Mattias adore tuer.

Voilà pour le scénario. Ça fait court et c’est l’un des reproches qu’on peut faire à ce roman : Mattias cherche Carla. Le lecteur la trouve avant lui puisqu’elle est recueillie par un certain Grymonde, tueur aussi diabolique que Mattias mais qui lui aussi tombe sous le charme de la belle comtesse.

Deuxième reproche : sans cesse Tim Willocks nous rappelle que ces deux hommes si violents, sombres, cruels (et j’en passe), sont saisis, transmués, transcendés par l’Amour. Tout bestiaux qu’ils sont, ce sont aussi des hommes avec un coeur qui bat pour la belle Carla. Ames damnées sauvées par l’amour… Mouais… Ces envolées d’amour sont tellement en contraste avec les crimes accomplis, elles sont si lyriques et grandioses qu’on finit par trouver que Tim en fait un chouïa trop…

Idem pour la violence. Oui Mattias aime le sang, le meurtre, l’éviscération, la décapitation, la mort et tout et tout. Oui, la Saint-Barthélémy est son terrain de jeu préféré mais on finit par crier stop. On n’en peut plus de viscères, de sang, de torture et de têtes tranchées. La précision chirurgicale des descriptions enchante d’abord mais bientôt lasse, se répétant encore et encore. On comprend que le massacre a duré, duré, duré, que les morts étaient innombrables et les bourreaux sanguinaires, mais à la lecture durant plus de neuf cents pages, le seuil de saturation arrive vite. Surtout quand l’intrigue ne suit pas.

Car enfin, le complot central est-il autre chose qu’un bien mince prétexte ? Est-il dirigé au final contre Carla ou contre Mattias ? Et pourquoi à la Cour se soucierait-on ainsi de ce chevalier de Malte et de sa belle ? Tout ça est assez flou. Pour passer le temps, on compte les enfants, jusqu’à douze. Ce sont ceux que dans son sanglant périple Mattias recueille pour les sauver, ou tenter de le faire.

A l’inverse, Les Douze enfants de Paris est une incontestable réussite en matière de reconstitution historique. On sait quel déchainement de violence a connu la capitale en cette fin août 1572. On imagine la mort, on se souvient de La Reine Margot. Mais Tim Willocks parvient à faire encore mieux qu’un film, encore mieux que Chéreau. Tout est grouillement, sang, puanteur, cris, cadavres et bestialité. L’humanité dans ce qu’elle a de pire : violence politique et religieuse mais surtout violence sadique et gratuite, exutoire de toutes les pulsions, immense carnage que la mort alimente sans cesse.

En deux fois moins long, Les Douze enfants de Paris aurait été tout aussi efficace et moins ennuyeux. Déception donc, mais Tannhauser doit revenir… un jour…

Tim Willocks sur Tête de lecture

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Les Douze enfants de Paris

Tim Willocks traduit de l’anglais par Benjamin Legrand
Sonatine, 2014
ISBN : 978-235584-225-2 – 936 pages – 24 €

The Twelve Children of Paris, parution en Grande-Bretagne : 2013

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4 commentaires sur “Les Douze enfants de Paris de Tim Willocks

  1. C’est pour ça que je ne lis pas Willocks : les éviscérations et les décapitations, personnellement je sature dès la première page…

  2. Pas tentée du tout! Bonne soirée!

  3. Une grosse déception pour moi aussi, mieux vaut en rester à la magistrale religion ! J’avais fini par passer pas mal de scènes de massacres, tellement elles sont répétitives … Du coup, j’hésite pour son dernier titre qui vient de sortir

  4. La Religion m’étant déjà tombé des mains, je passe mon tour sur cette lecture.

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